dimanche 21 octobre 2012
Choosing a new Secretary General for ESTEP
I am a candidate for the job of secretary general of ESTEP. I therefore believe that a few words about the way I see that job might enlighten ESTEP's membership.
First of all, following on the steps of Jean-Claude Charbonnier and Bertrand de Lamberterie will in itself be a big challenge. The first Secretary General has given birth to ESTEP, after participating in its conception, and raised the child until it became a healthy youth. The second SG has reinforced ESTEP and pushed it into adulthood along new paths, of which the SPIRE initiative is a brilliant example. Both have efficiently and smoothly run a complex organization based mostly on the voluntary participation of its members.
Today, the originality of ESTEP, among the 36 European Technological Platforms, is that as one of the early platforms it has accumulated invaluable experience.
ESTEP is a tool for dialoging with the EU Commission and helping it build its research agenda. Its mission is to formulate a vision of the future of the steel sector in terms of technological change in order to foster the growth, competitiveness and sustainability of the region. Moreover, that growth should be "smart, sustainable and inclusive". The vision should be translated in terms of a research agenda for the steel sector projecting at least until mid-century and this SRA turned into research programs and projects, carried by ESTEP's membership and empowering members to lead the change.
ESTEP's membership includes steel and its value chain.
Moreover, ESTEP has established connections with other industries that produce core commodities, those that are embedded in almost any artifacts of modern life, what used to be called called "heavy industry", then "energy and resource intensive industry" and now, more neutrally, process industry - most notably in A.SPIRE.
This is what should be managed in the next few years, to keep it working and moving forward with thrust and momentum. And to use it as a laboratory for exploring new ideas, new threats, new opportunities and new challenges in order to come up with a renewed vision, when the crisis will have waned.
The challenge is high. Because the steel industry in Europe is diverse, composed of global and regional corporations. Because growth has deserted Europe and it is not clear when and how it will come back. Because society stakeholders are not yet all fully convinced of how unique, essential, irreplaceable, enduring and cumulative, for ever changing and providing new properties and functions our material is.
Because the strong plant designers and manufacturers based in Europe have their main customers overseas. Because our future is for us to write!
ESTEP is one of the ways to help write our future, in a collective manner.
Another challenge is our connection with the Commission. On the one hand, the Commission is responsible for defining legislation, which sometimes raises issues for business. On the other hand, the Commission endeavors to project a vision of our collective future towards the second half of this century and gives us an opportunity to be part of the construction of this future, something that is rare in our daily professional life. Exchange at this level cannot be angelic nor simple. What is important is to make sure that there is indeed an exchange, that one party is not pushing a purely intellectual or bureaucratic vision!
The last challenge is that of running a collective organization, which is composed of strong and powerful members, and still help it keep a strong personality of its own; of balancing centrifugal and centripetal forces....
The Secretary General's job is not to provide answers to all these questions, but to help the organization and its Chairman do it.
I believe that I can do this job, for several reasons.
I understand the inner working of the industry at a detailed level, both technological and economic/business. I am familiar with the European ecosystem, having played various roles in ESTEP and RFCS and run very many research programs myself, including fairly big ones like ULCOS. I am a convincing speaker and I can lead teams forward through complex issues and with a sense of collective imagination. I have accumulated experience over years and I feel at the top of my abilities, as creative as ever. I also feel multicultural - as a matter of fact I have taught intercultural management at the University.
What is particularly appealing in this role is that steel is one of the invariants of our societies, that it provides a kind of ecological service to the anthroposphere and has to continue doing it for a long time. And the fact that Europe is the strongest region in the world in terms of GDP, of the well-being of its people and, surprisingly enough, of consumption of steel per capita. In spite of its current pessimism and of the depth of the crisis in which it is lingering.
samedi 20 octobre 2012
Florange, le canard boiteux ?
La future Banque publique d'investissement, qui doit ouvrir ses portes début 2013, apportera-t-elle son soutien à l'aciérie ArcelorMittal de Florange qui vient d'annoncer la fermeture de ses hauts fourneaux ? Réponse de son futur président, Jean-Pierre Jouyet, sur Europe 1 : "La BPI aura vocation à maintenir l'activité et non pas à aider les canards boiteux". (site france info, LE VENDREDI 19 OCTOBRE 2012 À 11:28)
Pas sympa pour les canards, cette expression de canard boiteux, qui désigne celui qui sort de la norme, dont on a honte, le clou qui dépasse, le vilain petit canard !
Florange sort-il donc de la norme ?
Question pertinente et intéressante.
Il y a dix ans, quand Arcelor faisait de la stratégie, Florange sortait de la norme de façon évidente. On prévoyait une surcapacité de production d'acier en France et en Europe et on avait prévu de tirer un trait sur les usines au coût de production le plus élevé, donc celles qui n'étaient pas au bord de la mer - ou du Rhin : cette vision stratégique portait le nom de plan Appolo. Florange et Lièges étaient ainsi sur la liste noire des sites à euthanasier.
Quand Mittal est arrivé, porté par la vague de renouveau de la sidérurgie, que tirait le réveil sismique de la Chine, le plan Appolo est parti au placard, car toute tonne produite était absorbée par le marché et les sidérurgistes avaient transformé toutes leurs usines en machines à cash. Preuve d'ailleurs, que la vision d'une contraction du marché européen n'était pas pertinente, hic et nunc.
Dix ans plus tard, l'économie est en crise profonde, majeure, durable, et les besoins d'acier sont tombés de 25% en Europe et de 50% en France. Les usines sont donc à l'arrêt et Mittal annonce la fermeture définitive de certaines d'entre elles. En expliquant que cela va de soi... Il applique donc le plan Appolo, dix ans après qu'il ait été conçu, et en expliquant qu'il allait tout autant de soi de l'ignorer à l'époque de sa mise au placard.
Mais rien n'est évident, hélas ou fort heureusement.
Premièrement, l'acier n'est pas un matériau ringard. Voir un blog précédent.
Deuxièmement, l'usine de Florange n'est pas un canard boiteux. L'idée qu'une usine doive être au bord de l'eau, à quelques encablures des mines de fer mesurées en dollars de freight, c'est ça l'idée ringarde, ou, plutôt, une idée qui a fait son temps parce que d'autres modèles sont apparus : celui de produire des aciers de haute couture, de luxe, de haut de gamme dans un site proche de ses clients et pas de ses matières premières. La spécialité en opposition à la commodité. En outre, si l'historique deverminé des prix de revient de cette usine par rapport aux sites côtiers étaient accessible en public, on verrait que Florange s'est situé dans les 3 meilleures usines du groupe en termes de prix de revient. Ça veut dire que le site était rentable, ce qu'a redit récemment le rapport Faure.
Troisièmement, pour des raisons que seuls des historiens pourront expliquer, Mittal à cessé de croire à Florange. Les tableaux de bord se sont chargés d'opacité, avec des prix de transfert des matières premières à coûts fixes, maximaux et identiques pour tous les sites rendus au porc maritime, et des prix de cession tout aussi uniformes, pour réaliser de l'optimisation fiscale - c'est à dire domicilier les plus values là où l'impôt est le plus bas, entre Luxembourg et Bahrain. Les bénéfices sont mutualisés au niveau du groupe, qui les réaffecte selon son bon plaisir, et la partie qui est ré-attribuée aux sites ne l'est plus en fonction de leurs mérites propres. Par exemple, les investissements de maintien de l'outil de travail et maintenant la simple maintenance sont au point mort. Par la vertu de ce mécanisme pervers, certains sites vieillissent vite, comme jadis Gandrange et maintenant Florange. En quelques années, un site phare devient ainsi un destructeur de valeur. D'un coup de baguette magique, un site rentable cesse brusquement de l'être, en un clin d'oeil! Magie au sens propre, parce que les mots prononcés par le patron suffisent à basculer dans cette nouvelle réalité. La preuve, c'est que personne ou presque ne la conteste!
Quatrièmement, il y a la crise, cette crise qui n'est pas près de finir, ni à l'échelle du temps de la bourse, qui examine chaque trimestre les performances (métaphore sportive) des entreprises, ni à celui des emprunts qu'il faudra refinancer par exemple dès 2014. Dans ce contexte difficile, impitoyable, il faut survivre, si c'est possible, et cela implique de se mutiler, de s'amputer, de couper des branches, de ne conserver que des rameaux vivaces. Peut-on le faire avec vision, originalité, sens de l'avenir ou doit-on se raccrocher à des concepts mûrs, au risque qu'ils soient dépassés et même déjà vidés de toute substance ? La seconde option est rassurante, plus facile, plus parlante pour les banquiers, les parties prenantes dont on a besoin à court terme ? Choisit-on de tuer Florange, parce qu'elle n'est pas au bord de la mer, déclaration parfaitement incontestable quand on en reste à cette litote, ou au contraire de le garder, de le faire vivre et évoluer, parce qu'il préfigure le modèle de l'industrie à venir, celle qui stocke son CO2 localement - c'est cela l'ancrage géographique -, et qui a réduit ses émissions de gaz à effet de serre d'un facteur 4 au moins ? D'autant que cet avenir est déjà notre présent - mais qui prend le temps de le savoir ?
Cinquièmement, parce que l'économie de marché, si elle perdure encore longtemps ce qui est probablement le plus vraisemblable, va s'adapter à la réalité et au danger que constitue l'effet de serre et développer les outils pour en internaliser le risque, ce qui permettra à ceux qui auront eu cette vision d'en profiter, au sens de produire des valeurs extraordinaires, ce qu'on appelle, dans certains milieux, des couilles en or!
*********
Donc, haro sur le baudet ? Le Jouyet ?
Il n'y aurait qu'un âne pour faire un aussi mauvais procès à un canard. Il ne devait pas savoir que nos canards modernes s'appelaient anes au moyen âge... Lol !
Mais c'est assez cruel d'être en ambuscade et de rediffuser en temps réel puis de les repéter en boucle, ad nauseam, toutes les paroles publiques ou privées des gens qui ont du pouvoir, surtout quand ils débutent dans le métier... Ils sont hyper-doués, mais leur laisser un état de grâce de 24 heures ne serait pas exorbitant ! Sans ces radios en continu, qui ont besoin de chair fraîche, de mots frais de travers à chaque instant, on pourrait peut être leur ficher la paix et ne pas obliger les syndicalistes à intervenir sur un mot, immédiatement...!
dimanche 14 octobre 2012
... et les entreprises, dans tout cela ?
L'ambiguité liée au statut de l'Europe se retrouve de différentes façons au niveau des entreprises.
Prenons, au hasard bien sûr, l'épisode de la fermeture des hauts fourneaux de Florange, annoncée officiellement la semaine dernière.
Mittal, plutôt qu'ArcelorMittal - car le double nom a cessé de faire illusion et autant revenir aux fondamentaux, comme disent les économistes des média -, constate donc que la croissance en Europe n'est plus qu'un souvenir et qu'on ne peut rien dire avec précision ou certitude sur son retour. Constat assez basique et simplissime, sur lequel à peu près tout le mode peut être d'accord.
Pas possible donc d'engendrer des retours sur capital investi de 15%, ni plus simplement des marges ou des profits suffisants, du même ordre de grandeur. Malgré les mesures de conservation déjà prises, c'est-à-dire réduction de toute dépense extérieure qui n'engage pas le pronostic vital, gel des investissements et réduction à la portion congrue de la maintenance, façon syndrome de l'âne de Buridan. En pratique, cela revient à déprécier la valeur des actifs beaucoup plus rapidement que l'obsolescence naturelle ne l'aurait fait - un effet, qui semble échapper assez largement à la vigilance des partie prenantes, syndicats, analystes financiers et actionnaires minoritaires (fovéa, qui est un point essentiel de mal-gouvernance !).
Cette dégradation consciente de l'outil de travail, au nom de la création de liquidités disponibles pour le groupe, n'a pas conduit à un renversement de la situation économique de l'entreprise : la raison, assez évidente, est que celle-ci est très largement exogène, extérieure au secteur et extérieure à la société, donc entièrement pilotée par la crise. Toute action d'AM pour tenter de la freiner ne peut conduire qu'à engloutir des sommes d'argent colossales, comme les gouvernements s'en aperçoivent eux aussi quand ils traitent une crise structurelle et durable comme une crise conjoncturelle et passagère. Réduire la production, ne pas réduire les prix est voué à l'échec et conduit à des pertes de parts de marché dont la reconquête dans un avenir lointain sera ardue, voire impossible (effet de cliquet).
L'économie réelle est ainsi entraînée dans une spirale de volumes et de prix décroissants, qui engendrent un traumatisme au carré dans les comptes des entreprises.
Le fond du sujet est que la liaison entre la sphère financière et celle de l'économie réelle est pilotée par l'attente d'un rendement de 15% des capitaux, alors que la croissance, qui est avant tout réelle, ne dépasse pas quelques % quand tout va bien, et est négative en Europe aujourd'hui : hiatus s'il en est, qui ne peut se résoudre que par des à-coups violents et des dévissages catastrophiques, qu'on appelle crise, éclatement de bulle ou autre chose. Tenter de réparer les dégâts en réduisant la part de l'état et en augmentant les impôts ne peut pas "faire le job" !
On pourrait continuer longtemps sur ce registre de la gestion à court terme de la crise, mais revenons à l'Europe.
Donc, l'Europe n'est plus un terrain de jeu sur lequel les entreprises comme Mittal peuvent poursuivre leur rêve des 15%. C'est embêtant, car le groupe y réalise 53% de ses ventes et donc de son CA, un point qu'on a tendance à oublier quand on ne voit l'entreprise qu'à la marge, c'est-à-dire là où elle créée du fric (pardon "de la valeur"), donc au travers de son EBITDA.
Donc, "on se désengage", expression floue, qui pourrait signifier qu'on vend ce business, avec un management de type noeud gordien, mais de facto signifie simplement qu'on cesse de s'y intéresser vraiment et qu'on le laisse dépérir. Il y a en Lorraine un exemple fameux de cette façon de faire : l'usine de Gandrange de Mittal, qui a pourri sur place, jusqu'à ce qu'on constate qu'elle ne pouvait que perdre indéfiniment de l'argent et qu'on l'arrête en prenant l'univers à témoin qu'il n'y avait rien d'autre à faire.
Y-a-t-il d'autres espaces mondiaux où le rêve est encore possible ? Pas si sûr, hélas. La crise, qu'on dit venue de la sphère financière US et qui aurait migré en Europe du fait des dettes souveraines, envoie ses métastases dans le grand corps planétaire et ralentit la croissance chinoise : pour ce qui est de la sidérurgie, ce n'est pas une croissance ramenée à 7% au lieu de 8,5% (commentaire classique : pas si grave !), c'est une vraie récession, car la sidérurgie chinoise perd de l'argent, pire que Mittal ! Les autres pays émergents souffrent eux aussi et rien ne laisse entendre qu'il y ait des relais de croissance possibles pour Mittal, en Inde ou Amérique du Sud ou en CIS.
Ce qui est le plus probable, c'est que la souffrance de la sidérurgie va se poursuivre, donc volume et prix bas pour l'acier et volume et prix bas pour le minerai de fer, la ferraille, etc. Ce dernier point est une bonne nouvelle quand on coincé dans le ciseau des prix matières premières/acier, mais nenni point du tout lorsqu'on s'est diversifié vers le métier de mineur et qu'on l'a fait en période haute conjoncture, quand les prix (du minerai ET des mines) étaient élevés.
On a l'air coincé, à la merci, comme un ludion, de cette crise omniprésente...
Il faut donc développer une vision prospective et politique du futur et de la planète. L'avenir n'est plus au pilotage de la croissance trimestre après trimestre, comme le fait la bourse et son cortège d'analystes bavards et hyper-médiatisés, mais à une vision plus réaliste des causes de la crise actuelle et de la façon dont on pourra s'en sortir.
Allons-y donc.
La crise va durer, ou s'atténuer pour revenir encore plus dure, comme on vient de le voir après un semblant de rémission de la crise de 2008 - l'analogie avec le cancer est riche, tant qu'on n'aura pas traité la question de l'interface entre sphère financière et sphère économique! Comme c'est un très gros morceau, où les intérêts sont si grands que les états sont prêts à déclencher des guerres pour faire avancer leurs intérêts ou leur bon droit, il n'y aura pas de solution rapide. Sorry folks!
Donc, il faut penser à la suite, car la fuite en avant pour aller voir ailleurs, dans de plus verts pâturages, n'est plus possible. Il faut accepter que l'Europe est la région du monde la plus riche et la plus dynamique, régionalement, de la planète, y compris en termes de consommation d'acier par habitant (constat hic et nunc, objectif! simplement, les journalistes et les politiciens, eux aussi équipés d'yeux d'insectes, n'en parlent pas, car ce n'est pas cela qui bouge!). Que notre avenir à tous est dans un maintien du statu quo, avec un glissement lent vers des activités non pas tertiaires mais culturelles (cf. l'analyse qu'on commence à en faire à Bruxelles) lié au glissement de la productivité.
Si on ne prend pas cette voie, alors le schéma de l'évolution à court terme, qui a longtemps été celui de la croissance, deviendra celui de la décroissance, de la croissance négative, donc de la récession durable, sans fin (il existe néanmoins une marge de "décroissance raisonnable" liée à cette idée à la mode, mais pas très claire, de transition vers l'économie verte). Cela s'appelle paupérisation de la population et renoncement au progrès social, qui reprendrait donc son statut de mythe; la fin du XXème siècle aurait ainsi été une période rose d'enrichissement de la population européenne et mondiale, mais une période éphémère. C'est d'ailleurs la solution que les milieux conservateurs, de l'UMP au parti républicain US, du parti conservateur anglais aux chrétiens démocrates allemands, ont adoptée sans le dire explicitement : désolé, mais je ne suis pas encore assez découragé ou cynique pour les suivre!
Pour une entreprise comme Mittal, il ne s'agit donc pas simplement d'aller voir ailleurs, car il n'y a pas d'ailleurs, mais de gérer les temps durs actuels et de préparer une sortie par le haut de la crise.
Donc d'abord couper le lien avec la sphère financière, dont la société n'a pas besoin du fait de son actionnariat contrôlé à presque 50% par la famille. Cela veut dire renoncer à la croissance-fuite en avant, qui a été la règle du groupe depuis son OPA sur Arcelor et son aventure dans le métier de mineur. Cela voudrait probablement dire de se préparer à céder les mines, en partie ou en totalité, à une vitesse raisonnable pour ne pas tout perdre, si c'est possible! Et utiliser ces cessions d'actifs pour rembourser une partie de la dette de 22 milliards d'euros. On pourrait sûrement ainsi sortir des notes "junk bond" (speculative grade, BB+ en octobre 2012) des agences de notation et revenir à l'investment grade, sauf que cela n'aurait plus vraiment d'importance.
Ensuite, on gère le business européen comme un bon père de famille, ce qui devrait être facile pour un groupe qui est de fait une gigantesque PME familiale!
En avançant l'innovation, sérieusement (...), en laissant aux gens qui savent le faire la liberté de faire (on reviendrai dans ce domaine aux concept de laissez-faire du capitalisme primitif), donc en réorganisant la R&D dans ce sens et en augmentant son budget. On répartirait aussi l'effort de production, modeste aujourd'hui, sur plus de sites, plutôt que de presser le feu sur les usines-phares et d'arrêter les autres - choix à court terme lié à la prise en charge des salaires de chômage partiel par les états (qui paient, sans avoir droit au chapitre sur la politique menée par ailleurs!) et avec le risque de casser l'outil de travail: redémarrer le P6 de Florange ne sera pas une mince affaire et, si on arrête bientôt la chauffe des cowpers, deviendra infaisable car hors de prix.
Etc.
Quand un bateau traverse la tempête, on ne le quitte pas sur des chaloupes, mais on renforce l'équipage et on laisse la barre à des capitaines de gros temps.
La sidérurgie a TOUJOURS été une industrie cyclique, c'est-à-dire qui perd de l'argent après des périodes fastes où elle en a beaucoup, beaucoup gagné.
L'idée que cette cyclicité était terminée depuis la fin des années 2000 et qu'on n'avait pas besoin d'épargner en prévision de la prochaine crise (il n'y a pas de fatalité à distribuer tous les bénéfices aux actionnaires, ni d'en distribuer quand il n'y en a pas!) était une idée fausse, un sophisme dangereux dont on voit aujourd'hui les conséquences. L'embellie qu'on a vécue dans les années 2000 était tirée par la Chine et son extraordinaire sortie de la pauvreté, même partielle, et, surtout, par le déséquilibre que cela créait entre la demande et l'offre. Maintenant que l'offre s'est ajustée à cette demande, en surjouant le rôle, les prix retombent. Et vont rester bas durablement, étouffant la reprise si elle reste livrée à elle-même.
Là aussi, il y a un problème majeur dans le fonctionnement de l'économie mondiale : elle sanctionne les effets de marge et pas les grands équilibres globaux. Tant qu'on est dans une fuite en avant qu'on appelle la croissance, rien à redire. Quand la croissance tousse, le château de cartes s'effondre!
Tout cela, pour ne pas faire trop long (pas complètement réussi, n'est-ce pas ?), laisse de côté la question du changement climatique et du challenge de faire vivre 9 ou 10 milliards d'habitants sur notre planète d'ici la fin du siècle. Cela est réel et TRES dangereux. Pas seulement un concept parisien (ou berlinois) de passage à une économie verte.
lundi 8 octobre 2012
Dur, dur d'être européen...
D'un côté, on a la difficulté d'être de l'Europe, cette riche région du monde, qui désespère, se flagelle et plonge une partie de sa population dans la pauvreté. Des espagnols, autrefois de la classe moyenne, font les poubelles pour trouver à manger : quand on sait que 40% de la nourriture est perdue, on ne sait que dire ! La Grèce annonce sa faillite fin novembre, si l'argent qu'on lui a promis n'arrive pas. Et l'Allemagne continue à expliquer qu'il faut souffrir pour accéder à la rédemption, avec, en petits caractères, l'affirmation que les Allemands en ont assez de payer pour les cigales. En France, un gouvernement socialiste met en place une politique de rigueur budgétaire comme on n'en a jamais vu depuis 30 ans, ou 60 ans, en tout cas sous aucun gouvernement de droite.
Enorme déficit d'Europe, cette structure sans assise populaire, démocratique et médiatique, qui attire les colères, les mécontentements et les chauvinismes primaires, et qui dont on ne voit ni les bienfaits, ni la réalité. L'Europe est la plus riche région du monde en termes de PIB : ni les US, ni la Chine ne font mieux qu'elle ! Mais on ne parle que de ses provinces, l'Allemagne, le Royaume Uni, la France.
Je viens de 4 jours dans un congrès international à Dresde, où les organisateurs, allemands, n'ont parlé que de l'Allemagne, si exemplaire, si riche et si admirable : d'Europe, presque rien, sauf ce que moi j'en ai dit.
Quelle méconnaissance élémentaire de la façon dont fonctionne l'économie et quel oubli de l'histoire !
L'histoire d'abord... L'Europe s'est construite depuis la plus grande guerre mondiale et l'a fait en insistant sur d'autres réalités que le nationalisme étroit ou les égoïsmes nationaux. Les nations sont une inventions du passé et surtout du XIXème siècle, et un autre modèle, basé sur la coopérations de petites structures faisant sens pour leurs concitoyens, valait la peine d'être essayé. Ca a fonctionné pendant 50 ans... encore un petit effort! Ne pas oublier que ce modèle a fonctionné en Grèce, en Allemagne avant que la Prusse ne la réunifie, en l'Italie, avant Garibaldi, et que l'Europe moderne veut réincarner ce passé-là, en lui enlevant l'élément de la guerre.
L'Europe a contribué à permettre aux états de réaliser leurs rêves, par exemple celui de la réunification de l'Allemagne de 1989, qui a d'abord été payé par l'Europe dans son ensemble avant de l'être par les allemands eux mêmes. Comment se fait-il que l'Allemagne ait oublié cela, comme elle a oublié des évènements plus anciens et beaucoup plus douloureux, ces trois guerres mondiales dans lesquelles elle a précipité l'Europe, puis le monde entier ? Pourquoi serait-il de mauvais goût que de le rappeler, quand un peuple entier a l'air de penser qu'il peut fonctionner dans un vide contextuel, international, drapé de ses seules nouvelles vertus, largement auto-proclamées ?
L'économie ensuite...
Le but de l'économie est de créer de la richesse pour que la société dans son ensemble accède à plus de bien-être. L'économie ne vise pas à protéger un système figé où des rentiers défendent leurs privilèges, mais à s'ouvrir sur l'avenir, donc à créer les conditions d'une croissance qui crée de la richesse, pas seulement de la valeur comme on dit dans les entreprises (beyond GDP, beyond the bottom line). Pour créer de la richesse demain, il faut emprunter de l'argent auprès de ceux qui en ont, donc les ménages et leur épargne (qui est dans les banques) et les banques elles-mêmes, qui ont le pouvoir extraordinaire de créer de la monnaie sur la base de cette épargne. L'économie, ce n'est pas un système en équilibre budgétaire ou à l'équilibre des échanges, c'est un système qui parie en permanence sur l'avenir et qui le construit en dépensant de l'argent qui n'existe pas encore !!
Le traité européen sur le pacte budgétaire n'est donc, au mieux, qu'un outil pour réguler ce pari sur l'avenir, et au pire qu'une erreur dramatique, qui asphyxie l'économie, empêche la croissance et conduit l'Europe, y compris l'Allemagne dès janvier 2013, dans le mur. Un mur qui pourrait se révéler si dur que l'Europe et ses états ne volent en morceau pour longtemps. Des raisonnements économiques qui créent de la pauvreté et pas de la richesse. En attendant, peut-être, de plus grands errements. Ne pas oublier que c'est la deuxième guerre mondiale qui a tué une bonne fois pour toute la crise de 1929, pas le new deal, ni le front populaire.
Comment peut-on ne pas voir qu'on répète aujourd'hui les mêmes erreurs qu'au moment de la grande crise ? Malgré Paul Krugmann et quelques autres économistes qui sonnent le tocsin toutes les semaines dans les meilleurs journaux du monde !
D'un autre côté, il y a les entreprises. qui inventent leur forme d'égoïsme... mais cela l'objet d'un autre blog.
Enorme déficit d'Europe, cette structure sans assise populaire, démocratique et médiatique, qui attire les colères, les mécontentements et les chauvinismes primaires, et qui dont on ne voit ni les bienfaits, ni la réalité. L'Europe est la plus riche région du monde en termes de PIB : ni les US, ni la Chine ne font mieux qu'elle ! Mais on ne parle que de ses provinces, l'Allemagne, le Royaume Uni, la France.
Je viens de 4 jours dans un congrès international à Dresde, où les organisateurs, allemands, n'ont parlé que de l'Allemagne, si exemplaire, si riche et si admirable : d'Europe, presque rien, sauf ce que moi j'en ai dit.
Quelle méconnaissance élémentaire de la façon dont fonctionne l'économie et quel oubli de l'histoire !
L'histoire d'abord... L'Europe s'est construite depuis la plus grande guerre mondiale et l'a fait en insistant sur d'autres réalités que le nationalisme étroit ou les égoïsmes nationaux. Les nations sont une inventions du passé et surtout du XIXème siècle, et un autre modèle, basé sur la coopérations de petites structures faisant sens pour leurs concitoyens, valait la peine d'être essayé. Ca a fonctionné pendant 50 ans... encore un petit effort! Ne pas oublier que ce modèle a fonctionné en Grèce, en Allemagne avant que la Prusse ne la réunifie, en l'Italie, avant Garibaldi, et que l'Europe moderne veut réincarner ce passé-là, en lui enlevant l'élément de la guerre.
L'Europe a contribué à permettre aux états de réaliser leurs rêves, par exemple celui de la réunification de l'Allemagne de 1989, qui a d'abord été payé par l'Europe dans son ensemble avant de l'être par les allemands eux mêmes. Comment se fait-il que l'Allemagne ait oublié cela, comme elle a oublié des évènements plus anciens et beaucoup plus douloureux, ces trois guerres mondiales dans lesquelles elle a précipité l'Europe, puis le monde entier ? Pourquoi serait-il de mauvais goût que de le rappeler, quand un peuple entier a l'air de penser qu'il peut fonctionner dans un vide contextuel, international, drapé de ses seules nouvelles vertus, largement auto-proclamées ?
L'économie ensuite...
Le but de l'économie est de créer de la richesse pour que la société dans son ensemble accède à plus de bien-être. L'économie ne vise pas à protéger un système figé où des rentiers défendent leurs privilèges, mais à s'ouvrir sur l'avenir, donc à créer les conditions d'une croissance qui crée de la richesse, pas seulement de la valeur comme on dit dans les entreprises (beyond GDP, beyond the bottom line). Pour créer de la richesse demain, il faut emprunter de l'argent auprès de ceux qui en ont, donc les ménages et leur épargne (qui est dans les banques) et les banques elles-mêmes, qui ont le pouvoir extraordinaire de créer de la monnaie sur la base de cette épargne. L'économie, ce n'est pas un système en équilibre budgétaire ou à l'équilibre des échanges, c'est un système qui parie en permanence sur l'avenir et qui le construit en dépensant de l'argent qui n'existe pas encore !!
Le traité européen sur le pacte budgétaire n'est donc, au mieux, qu'un outil pour réguler ce pari sur l'avenir, et au pire qu'une erreur dramatique, qui asphyxie l'économie, empêche la croissance et conduit l'Europe, y compris l'Allemagne dès janvier 2013, dans le mur. Un mur qui pourrait se révéler si dur que l'Europe et ses états ne volent en morceau pour longtemps. Des raisonnements économiques qui créent de la pauvreté et pas de la richesse. En attendant, peut-être, de plus grands errements. Ne pas oublier que c'est la deuxième guerre mondiale qui a tué une bonne fois pour toute la crise de 1929, pas le new deal, ni le front populaire.
Comment peut-on ne pas voir qu'on répète aujourd'hui les mêmes erreurs qu'au moment de la grande crise ? Malgré Paul Krugmann et quelques autres économistes qui sonnent le tocsin toutes les semaines dans les meilleurs journaux du monde !
D'un autre côté, il y a les entreprises. qui inventent leur forme d'égoïsme... mais cela l'objet d'un autre blog.
samedi 14 juillet 2012
ET SI ON PARLAIT DE CHIFFRES ?
Alors que 85% d'une génération arrive au niveau bac, une mesure du recul définitif de l'illettrisme, il faudrait commencer à faire la guerre à l'innumérisme et aider ainsi chacun à développer une vraie pensée critique. Celle-ci demande de se construire une vision chiffrée du monde !
Il s'agit ici de mettre un peu de clarté dans le débat actuel sur PSA et son plan de réduction d'emplois. Parce quelques chiffres vont rapidement montrer qu'il ne s'agit pas seulement d'emplois ni seulement de PSA. Si je me fais une entorse en mettant le pied dans un trou de la route, ce n'est pas simplement parce que je ne suis pas assez vigilant, mais parce qu'il y a un nid de poule dans cette route !!!
In principio, l'économie va mal, très mal. Un chiffre assez fort : la production d'acier en Europe est tombée de 25% depuis 2008. Une telle chute, cela ne relève pas d'un évènement conjoncturel ni des bavardages des commentateurs de télévision, mais d'une crise majeure, durable, qui s'apparente à une guerre en termes d'impact et d'ampleur. L'acier vendu en Europe l'est à hauteur de 40% à l'industrie automobile, et il y a donc un rapport direct entre le problème de la sidérurgie et une forte dépression de l'industrie automobile.
Ne remontons pas au déluge pour parler des causes de cette crise économique, on l'a déjà fait dans ce blog. Restons sur l'automobile.
Il y a dans le monde 1 milliard d'automobiles, soit presque qu'une voiture par habitant dans les pays où le niveau de vie est assez élevé pour que les gens puissent se les offrir. Toutes ces voitures ne peuvent pas circuler en même temps, pas assez de surface de route ni de places de stationnement. Il faut aussi que les gens fassent d'autres choses que de se déplacer, etc. Néanmoins, les routes sont surchargées presque partout en zones urbaines ou quasi urbaines, comme la totalité du territoire néerlandais, et les utilisateurs d'autos le vivent au quotidien. Les nouvelles générations ont donc naturellement fait évoluer leurs "valeurs" au-delà de la possession d'une automobile et pour la première fois dans l'histoire moderne, l'appétence pour les voitures diminue. En Europe, à Beijing, etc.
Par ailleurs, le nombre de constructeurs automobiles est trop élevé et la plupart ne créent pas de valeur de façon durable. Comme cela a été le cas, mutatis mutandis, dans la sidérurgie après les crises dites pétrolières et jusqu'au début des années 1990. Les plus brillants s'en sortent à peu près, comme Volkswagen en ce moment ou Toyota, mais les plus fragiles sont en grande difficulté, PSA pour commencer, hic et nunc. Mais rappelons nous la faillite intégrale de Detroit il y a 4 ans, les difficultés concomitantes de Toyota, etc.
En résumé, il y a une offre excessive d'automobiles dans un marché très, très déprimé. La crise va conduire à détruire les faibles et ne conservera que les forts pour continuer à un niveau d'offre plus en conformité avec la demande hors crise. Evidemment, cela ne sera ni blanc, ni noir, surtout si certains états entrent dans le jeu et "sauvent" l'industrie automobile, comme cela a été fait aux Etats Unis ou pour la sidérurgie en Europe.
La bulle de l'automobile, donc...
Le développement de l'automobile ne répond pas tant à la satisfaction d'un droit à la mobilité qu'il ne traduit l'abondance de pétrole, d'essence, accessoirement de diesel, sans oublier le kérosène, des avions. Comme le pétrole a très probablement passé son pic, on s'achemine vers la fin d'un paradigme, la fin d'un Kondratief: fin du pétrole et fin de l'automobile - à terme. Ni les piles à combustible, ni les voitures électriques ne renouvèleront le "miracle " lié au pétrole.
Tout ceci étant dit, si PSA est en train de plonger, c'est à cause de PSA, comme le dit sans grande imagination un récent édito du Monde. Quel a été l'erreur de management de ce groupe ? Un manque de vision géopolitique, c'est évident, une passion pour les solutions maisons, différentes de celles des autres, des décisions prises dans une famille fermée sur elle même - mais des groupes familiaux semblent encore réussir dans d'autres secteurs, voir Loréal ou ArcelorMittal, etc.
Ces erreurs sont-elles une nécessaire condamnation à mort de PSA ? Sûrement pas, mais ce ne sont ni les édito du Monde ou de BFM TV, ni le ministre du redressement économique qui ont les clés pour éviter le désastre.
Ce qu'il faut, c'est plus d'intelligence collective dans la société, je vous laisse imaginer ce que cela peut vouloir dire en détail.
dimanche 1 juillet 2012
Pour la défense de Jean-Louis Beffa....
... qui n'en a probablement pas besoin. Mais nous avons collectivement réagi en direct à ses propos relatifs à ULCOS (voir par exemple http://quodusquetandem.blogspot.fr/2012/06/lacier-est-il-ringard.html), alors que son message est beaucoup plus large et plus intéressant. Il le développe ou l'encourage dans le centre Cournot (http://www.centrecournot.org/), dont il est co-président, et dans son dernier livre, "la France doit choisir" (Seuil), qui a reçu une forte couverture médiatique.
Mais qui a écouté ce qu'il avait à dire ?
Ce qu'il dit se résume en quelques phrases :
1. l'état doit conserver un droit de regard dans l'économie du pays et y développer une stratégie de long terme (= une stratégie industrielle) par tout moyen "moderne" à disposition (il ne préconise pas le retour au Gosplan !).
2. l'industrie joue un rôle-clé dans l'économie, et doit donc être préservée sur le long terme, encore une fois avec des politiques subtiles, adaptées et durables, c'est-à-dire conduites sur la durée.
3. ce nouveau colbertisme s'oppose au "modèle libéral financier" (sic), qui a conduit au recul de la place de l'industrie en France, laissé ce qui reste de l'industrie entre les mains de financiers, dont la famille Mittal est un parfait exemple, en laissant faire par ailleurs, donc dans le tertiaire qui se développe beaucoup mais a créé un pays hydrocéphale !
4. l'exemple des "bonnes politiques" est donné par l'Allemagne. Qui, malgré des salaires allemands, tient tête à la Chine du fait de la qualité et l'image d'excellence de ses produits.
En plus résumé encore, la mondialisation ne peut conduire à une répartition des activités économiques à l'échelle mondiale, avec une Asie industrielle et une Europe qui ne sait plus innover et croître. Il faut laisser ne art à l'industrie, mais une industrie compétitive et innovante, que les états se doivent d'aider de multiples façons, mais certainement à seule fin de préserver l'emploi.
Qui serait contre ces bonnes idées et cette analyse subtile de ce qui fonctionne en Europe et de ce qui ne fonctionne pas ? Qui refuserait de placer le débat à un niveau assez élevé pour dépasser les conflits entre pays de l'Europe et affronter l'avenir ?
De fait, il y aurait beaucoup à dire pour dépasser aussi le discours de Beffa, tel qu'il est exprimé dans ses propos récents.
Rappeler, par exemple, que l'économie a d'abord pour mission de créer du bien-être pour les populations, les peuples (?) qu'ils abritent - je n'ai rien vu d'ailleurs dans Beffa, qui dise le contraire.
Rappeler aussi que l'Europe est le plus grand ensemble économique mondial en terme de création de richesse (PIB en US$ ou PIB en PPP), devant les États Unis, la Chine, etc. C'est sa désunion ou son insistance pour être présentée comme une collection d'états séparés qui fait que cette réalité est la plupart du temps occultée. Donc raisonner au niveau de l'Europe, pas seulement de la France ou de l'Allemagne.
Rappeler enfin que la menace la plus grave c'est le changement climatique, qui va redéfinir les priorités de l'économie et de la politique, surtout si on persiste à ne pas agir pour le contrer, à supposer qu'il en soit encore temps. Et mettre à mal la mondialisation en tant que principe organisateur de l'économie, tout simplement parce que la logistique ne suivra pas pour cause de météo hyper-instable et de conflits géopolitiques majeures entre les pays dévastés et les autres qui le seront moins...
Si on ferme la boucle de l'argument en revenant à ULCOS et à l'acier. On va toujours avoir besoin d'acier, qu'il devra être disponible localement (à l'échelle au plus européenne, pour ce qui est de l'Europe), et qui va servir à réinventer les technologies robustes qui permettront de survivre tant bien que mal au changement climatique. Et ULCOS, c'est aussi une contribution majeure à la lutte contre le changement climatique, la transformation de la sidérurgie en industrie verte, etc. Ça peut bien entendu casser le modèle des usines en bord de mer, qui date des années 1960, en redistribuant les cartes autour des défis modernes. Donc donner un avenir à Florange. Mais ULCOS c'est beaucoup plus que cela !
Enfin, le problème de Florange, c'est aussi le résultat de la vision myope et court termiste du modèle libéral financier. La production d'acier en Europe a baissé de 50 millions de tonnes entre 2008 et 2011, ce qui se traduit, n'est-ce pas évident, par des surcapacités énormes, donc des usines à arrêter. Il y en avait au moins deux en 2008 au niveau de toute l'Europe, donc beaucoup plus aujourd'hui. Donc Florange n'a aucun avenir et il serait irresponsable de redémarrer ses hauts fourneaux : mieux vaut y sauver les meubles, donc l'usine à froid ou même le laminoir à chaud, comme un "cadre" anonyme d'ArcelorMittal l’explique à la livraison hebdomadaire de la Semaine (www.lasemaine.fr).
Désolé, mais ce raisonnement prend l'eau de toutes parts ! La chute de production de 30% reflète la persistance de la crise de 2008/2009, pas une tendance lourde pour l'Europe. Maintenir les fermetures d'usines, c'est s'enraciner dans cette crise, pas en sortir... sauf en fuyant ! Décider que Florange est l'usine à fermer ou à maintenir fermer, c'est aussi une démarche en apparence fondée sur l'analyse sobre des prix de revient des différents sites d'ArcelorMittal, mais de fait une vision à très court terme, pilotée par des gens qui privilégient d'autres sites et par un direction qui n'a plus les moyens financiers de poser le problème sur le marché européen dans son ensemble. Il y a besoin là d'une analyse critique contradictoire...
Mais qui a écouté ce qu'il avait à dire ?
Ce qu'il dit se résume en quelques phrases :
1. l'état doit conserver un droit de regard dans l'économie du pays et y développer une stratégie de long terme (= une stratégie industrielle) par tout moyen "moderne" à disposition (il ne préconise pas le retour au Gosplan !).
2. l'industrie joue un rôle-clé dans l'économie, et doit donc être préservée sur le long terme, encore une fois avec des politiques subtiles, adaptées et durables, c'est-à-dire conduites sur la durée.
3. ce nouveau colbertisme s'oppose au "modèle libéral financier" (sic), qui a conduit au recul de la place de l'industrie en France, laissé ce qui reste de l'industrie entre les mains de financiers, dont la famille Mittal est un parfait exemple, en laissant faire par ailleurs, donc dans le tertiaire qui se développe beaucoup mais a créé un pays hydrocéphale !
4. l'exemple des "bonnes politiques" est donné par l'Allemagne. Qui, malgré des salaires allemands, tient tête à la Chine du fait de la qualité et l'image d'excellence de ses produits.
En plus résumé encore, la mondialisation ne peut conduire à une répartition des activités économiques à l'échelle mondiale, avec une Asie industrielle et une Europe qui ne sait plus innover et croître. Il faut laisser ne art à l'industrie, mais une industrie compétitive et innovante, que les états se doivent d'aider de multiples façons, mais certainement à seule fin de préserver l'emploi.
Qui serait contre ces bonnes idées et cette analyse subtile de ce qui fonctionne en Europe et de ce qui ne fonctionne pas ? Qui refuserait de placer le débat à un niveau assez élevé pour dépasser les conflits entre pays de l'Europe et affronter l'avenir ?
De fait, il y aurait beaucoup à dire pour dépasser aussi le discours de Beffa, tel qu'il est exprimé dans ses propos récents.
Rappeler, par exemple, que l'économie a d'abord pour mission de créer du bien-être pour les populations, les peuples (?) qu'ils abritent - je n'ai rien vu d'ailleurs dans Beffa, qui dise le contraire.
Rappeler aussi que l'Europe est le plus grand ensemble économique mondial en terme de création de richesse (PIB en US$ ou PIB en PPP), devant les États Unis, la Chine, etc. C'est sa désunion ou son insistance pour être présentée comme une collection d'états séparés qui fait que cette réalité est la plupart du temps occultée. Donc raisonner au niveau de l'Europe, pas seulement de la France ou de l'Allemagne.
Rappeler enfin que la menace la plus grave c'est le changement climatique, qui va redéfinir les priorités de l'économie et de la politique, surtout si on persiste à ne pas agir pour le contrer, à supposer qu'il en soit encore temps. Et mettre à mal la mondialisation en tant que principe organisateur de l'économie, tout simplement parce que la logistique ne suivra pas pour cause de météo hyper-instable et de conflits géopolitiques majeures entre les pays dévastés et les autres qui le seront moins...
Si on ferme la boucle de l'argument en revenant à ULCOS et à l'acier. On va toujours avoir besoin d'acier, qu'il devra être disponible localement (à l'échelle au plus européenne, pour ce qui est de l'Europe), et qui va servir à réinventer les technologies robustes qui permettront de survivre tant bien que mal au changement climatique. Et ULCOS, c'est aussi une contribution majeure à la lutte contre le changement climatique, la transformation de la sidérurgie en industrie verte, etc. Ça peut bien entendu casser le modèle des usines en bord de mer, qui date des années 1960, en redistribuant les cartes autour des défis modernes. Donc donner un avenir à Florange. Mais ULCOS c'est beaucoup plus que cela !
Enfin, le problème de Florange, c'est aussi le résultat de la vision myope et court termiste du modèle libéral financier. La production d'acier en Europe a baissé de 50 millions de tonnes entre 2008 et 2011, ce qui se traduit, n'est-ce pas évident, par des surcapacités énormes, donc des usines à arrêter. Il y en avait au moins deux en 2008 au niveau de toute l'Europe, donc beaucoup plus aujourd'hui. Donc Florange n'a aucun avenir et il serait irresponsable de redémarrer ses hauts fourneaux : mieux vaut y sauver les meubles, donc l'usine à froid ou même le laminoir à chaud, comme un "cadre" anonyme d'ArcelorMittal l’explique à la livraison hebdomadaire de la Semaine (www.lasemaine.fr).
Désolé, mais ce raisonnement prend l'eau de toutes parts ! La chute de production de 30% reflète la persistance de la crise de 2008/2009, pas une tendance lourde pour l'Europe. Maintenir les fermetures d'usines, c'est s'enraciner dans cette crise, pas en sortir... sauf en fuyant ! Décider que Florange est l'usine à fermer ou à maintenir fermer, c'est aussi une démarche en apparence fondée sur l'analyse sobre des prix de revient des différents sites d'ArcelorMittal, mais de fait une vision à très court terme, pilotée par des gens qui privilégient d'autres sites et par un direction qui n'a plus les moyens financiers de poser le problème sur le marché européen dans son ensemble. Il y a besoin là d'une analyse critique contradictoire...
mercredi 20 juin 2012
L'acier est-il ringard ?
Pour ceux qui savent qu'un ringard est une tige d'acier, le titre peut ressembler à un jeu de mot. Mais il s'agit de fait d'un débat récurrent, relancé cette semaine au CES de Lorraine par Jean-Louis Beffa, venu y faire la promo de son dernier bouquin (La France doit choisir, Seuil, janvier 2012).
Ulcos : Beffa l’iconoclaste
Jean-Louis
Beffa, ancien patron de Saint-Gobain – Pont-à-Mousson, lance un pavé dans la
mare en contestant le bien-fondé du projet sidérurgique de captage-stockage de
CO2 ULCOS, envisagé à Florange.
Au premier degré, j'avais répondu que "bien sûr que l'acier était ringard, comme l'amour, comme le sexe. Hâtons-nous de vite passer à autre chose !" Mais si on essayait d'en parler plus sérieusement ?
Le fond du fond est qu'on a produit autant d'acier depuis 2000, que pendant les cinquante années qui ont précédé. La production mondiale s'est envolée pendant cette période et elle continue à augmenter. Les prospectivistes prévoient un doublement d'ici 2050, et, même s'ils se trompent sur les chiffres précis, il n'y a aucun doute pour personne que le trend y est. L'acier est au cœur de tout ce qu'on touche et de tout ce qui nous entoure, qu'on soit chez soi, au travail ou en voyage. C'est vrai depuis plusieurs milliers d'années et ça va continuer encore longtemps. Désolé, c'est comme cela ou, Dieu merci, c'est comme cela, suivant le lecteur.
Donc, le monde a besoin d'acier, comme il a besoin de matériaux structuraux de base, car nous vivons dans un monde en dur, matériel (donc fait de matériaux !), pas dans la matrice de Matrix. Cette demande stable, sur la durée, qui remonte carrément à la préhistoire, n'est pas ringarde. Respirer n'est pas ringard, aimer n'est pas ringard, faire des enfants n'est pas ringard !
Si on y regarde de près, une usine sidérurgique est un lieu de haute technologie, dans lequel les ingénieurs réalisent quelques unes des plus grandes prouesses de la technologie. C'est vrai et facile à démontrer. Donc, le secteur et le matériau acier sont certes là depuis longtemps, mais ils ne sont ni usés, ni dépassés, ni en voie de disparition : Si on y regarde de près, les aciers sont des composites intégrant à grande échelle des nanomatériaux - par exemple, la perlite, dont le secteur produit donc de l'ordre de 10 puissance 33 atomes par an !! La modernité est un concept à la mode, mais il est fragile, voir Habermas. L'acier aussi est moderne et, dirais-je, il est même complètement post-moderne, le concept qui a fait suite à celui de modernité et qui, lui aussi, fait preuve d'usure, voire de ringardise !
On peut donc à la fois être durable, stable, exister depuis longtemps et être moderne, post-moderne et plus encore !
Si on a besoin d'acier, qui doit le fabriquer ? ll y a deux modèles, comme toujours. Soit on le produit localement, ou on l'importe du bout du monde. Aujourd'hui, en Europe, on produit l'acier dont on a besoin. Le commerce international reste très minoritaire, essentiellement parce que les coûts de transports sont du même ordre de grandeur que les gradients de prix de revient, liés le plus souvent au coût du travail. La mode a longtemps été que les industries de base, même si elles sont modernes, devraient aller au bout du monde la fois pour externaliser la pollution, un réflexe tout à fait néo-colonial, et pour partager la création de valeur de l'économie avec les pays émergents. On pense de plus en plus aujourd'hui, qu'une économie locale doit comporter une fraction importante d'industrie, y compris celles des matériaux qu'elle met en œuvre.
Il n'y a donc plus de raison "moderne" d'envoyer la sidérurgie au bout du monde, dans la mesure où la consommation locale ou régionale se maintient. Inventer de nouvelles industries est important, surtout si on change de cycle de Kondratiev, mais on n'a pas besoin de faire table rase de sa culture, de son passé et surtout des secteurs qui existent et marchent bien.
Question résiduelle mais centrale, donc, la consommation européenne d'acier se maintient-elle ?
La réponse était clairement oui, jusqu’à la crise de 2008 : une croissance faible mais réelle, correspondant à la croissance modeste mais réelle de l'économie européenne.. Ensuite, il y a eu un effondrement et depuis la petite reprise survenue l'année dernière, qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant 2009. S'agit-il d'une rupture durable pour la consommation d'acier en Europe, révélée par la crise - un peu comme la première crise pétrolière avait servi de marqueur à la fin des 30 glorieuses, ou simplement du fait que la crise de 2008 est solidement installée et n'a fait l’objet que d'une courte rémission. Je crois à la deuxième explication, celle d'une crise durable, qui affecte de facto le monde entier, même si elle est en ce moment plus évidente en Europe.
Avec cette intuition, quand la crise s’effacera, on devrait retrouver une dynamique de demande équivalente à celle d'avant. Comment les capacités de production disponibles, qui ont été héritées du passé, correspondront-elles à ces besoins ? Surproduction ou sous-production ? Quelles fluctuations conjoncturelles sont-elles à prévoir ? Comment nous adapterons-nous à ces fluctuations, en important en période de plus forte demande ou en exportant en période de de plus faible demande ? Quelles usines devraient être privilégiées? Sur quels critères ? Quelles acteurs économiques devront porter ces ajustements ?
Le challenge majeur qui nous fait face, c'est le changement climatique, un bouleversement gigantesque, dont la plupart des parties prenantes n'ont pas encore analysé l'ampleur. C'est à l'aune de ce changement climatique que les technologies à privilégier pour le futur sont à choisir. C'est encore plus vrai des usines sidérurgiques qui produiront de l'acier pour les 20 ou 30 ans qui viennent.
La réponse pour la sidérurgie, s'appelle ULCOS. ULCOS permettra de réduire les émissions de CO2 de 50 à 80%, ce qui est énorme ! Elle donnera aux usines qui l'utiliseront une visibilité à long terme, la capacité de répondre aux contraintes climatiques et un avantage en coût très substantiel par rapport à celles qui n'en seront pas encore équipées. Donc, opportunité d'être vert et de créer de la valeur économique, une coopération assez rare et proprement spectaculaire.
Cette technologie devrait être mise en place à Florange. L'usine lorraine se retrouvera alors projetée en tête des usines aujourd'hui les plus performantes du continent, sinon du monde ! Une redistribution géopolitique des cartes inattendue et fondamentale. Elle réduira ses émissions de CO2 de façon drastique, sa consommation énergétique aussi et aura le potentiel de réduire de façon majeure toutes ses empreintes environnementales.
Réussir une telle transformation en Lorraine, ce n'est pas protéger une industrie ringarde, qui n'a d'ailleurs rien de ringard. C'est construire un monde pour nos petits enfants, moins hostile que celui qui émergerait si on n'agissait pas. Probablement aussi moderne ou post-moderne,e que de construire une grande centrale solaire, dont tous les kWh seront subventionnés pendant au moins les 20 ans à venir !
Ulcos : Beffa l’iconoclaste
Jean-Louis
Beffa, ancien patron de Saint-Gobain – Pont-à-Mousson, lance un pavé dans la
mare en contestant le bien-fondé du projet sidérurgique de captage-stockage de
CO2 ULCOS, envisagé à Florange.
.../..."
(Le Républicain Lorrain, 14/06/2012)
Au premier degré, j'avais répondu que "bien sûr que l'acier était ringard, comme l'amour, comme le sexe. Hâtons-nous de vite passer à autre chose !" Mais si on essayait d'en parler plus sérieusement ?
Le fond du fond est qu'on a produit autant d'acier depuis 2000, que pendant les cinquante années qui ont précédé. La production mondiale s'est envolée pendant cette période et elle continue à augmenter. Les prospectivistes prévoient un doublement d'ici 2050, et, même s'ils se trompent sur les chiffres précis, il n'y a aucun doute pour personne que le trend y est. L'acier est au cœur de tout ce qu'on touche et de tout ce qui nous entoure, qu'on soit chez soi, au travail ou en voyage. C'est vrai depuis plusieurs milliers d'années et ça va continuer encore longtemps. Désolé, c'est comme cela ou, Dieu merci, c'est comme cela, suivant le lecteur.
Donc, le monde a besoin d'acier, comme il a besoin de matériaux structuraux de base, car nous vivons dans un monde en dur, matériel (donc fait de matériaux !), pas dans la matrice de Matrix. Cette demande stable, sur la durée, qui remonte carrément à la préhistoire, n'est pas ringarde. Respirer n'est pas ringard, aimer n'est pas ringard, faire des enfants n'est pas ringard !
Si on y regarde de près, une usine sidérurgique est un lieu de haute technologie, dans lequel les ingénieurs réalisent quelques unes des plus grandes prouesses de la technologie. C'est vrai et facile à démontrer. Donc, le secteur et le matériau acier sont certes là depuis longtemps, mais ils ne sont ni usés, ni dépassés, ni en voie de disparition : Si on y regarde de près, les aciers sont des composites intégrant à grande échelle des nanomatériaux - par exemple, la perlite, dont le secteur produit donc de l'ordre de 10 puissance 33 atomes par an !! La modernité est un concept à la mode, mais il est fragile, voir Habermas. L'acier aussi est moderne et, dirais-je, il est même complètement post-moderne, le concept qui a fait suite à celui de modernité et qui, lui aussi, fait preuve d'usure, voire de ringardise !
On peut donc à la fois être durable, stable, exister depuis longtemps et être moderne, post-moderne et plus encore !
Si on a besoin d'acier, qui doit le fabriquer ? ll y a deux modèles, comme toujours. Soit on le produit localement, ou on l'importe du bout du monde. Aujourd'hui, en Europe, on produit l'acier dont on a besoin. Le commerce international reste très minoritaire, essentiellement parce que les coûts de transports sont du même ordre de grandeur que les gradients de prix de revient, liés le plus souvent au coût du travail. La mode a longtemps été que les industries de base, même si elles sont modernes, devraient aller au bout du monde la fois pour externaliser la pollution, un réflexe tout à fait néo-colonial, et pour partager la création de valeur de l'économie avec les pays émergents. On pense de plus en plus aujourd'hui, qu'une économie locale doit comporter une fraction importante d'industrie, y compris celles des matériaux qu'elle met en œuvre.
Il n'y a donc plus de raison "moderne" d'envoyer la sidérurgie au bout du monde, dans la mesure où la consommation locale ou régionale se maintient. Inventer de nouvelles industries est important, surtout si on change de cycle de Kondratiev, mais on n'a pas besoin de faire table rase de sa culture, de son passé et surtout des secteurs qui existent et marchent bien.
Question résiduelle mais centrale, donc, la consommation européenne d'acier se maintient-elle ?
La réponse était clairement oui, jusqu’à la crise de 2008 : une croissance faible mais réelle, correspondant à la croissance modeste mais réelle de l'économie européenne.. Ensuite, il y a eu un effondrement et depuis la petite reprise survenue l'année dernière, qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant 2009. S'agit-il d'une rupture durable pour la consommation d'acier en Europe, révélée par la crise - un peu comme la première crise pétrolière avait servi de marqueur à la fin des 30 glorieuses, ou simplement du fait que la crise de 2008 est solidement installée et n'a fait l’objet que d'une courte rémission. Je crois à la deuxième explication, celle d'une crise durable, qui affecte de facto le monde entier, même si elle est en ce moment plus évidente en Europe.
Avec cette intuition, quand la crise s’effacera, on devrait retrouver une dynamique de demande équivalente à celle d'avant. Comment les capacités de production disponibles, qui ont été héritées du passé, correspondront-elles à ces besoins ? Surproduction ou sous-production ? Quelles fluctuations conjoncturelles sont-elles à prévoir ? Comment nous adapterons-nous à ces fluctuations, en important en période de plus forte demande ou en exportant en période de de plus faible demande ? Quelles usines devraient être privilégiées? Sur quels critères ? Quelles acteurs économiques devront porter ces ajustements ?
Le challenge majeur qui nous fait face, c'est le changement climatique, un bouleversement gigantesque, dont la plupart des parties prenantes n'ont pas encore analysé l'ampleur. C'est à l'aune de ce changement climatique que les technologies à privilégier pour le futur sont à choisir. C'est encore plus vrai des usines sidérurgiques qui produiront de l'acier pour les 20 ou 30 ans qui viennent.
La réponse pour la sidérurgie, s'appelle ULCOS. ULCOS permettra de réduire les émissions de CO2 de 50 à 80%, ce qui est énorme ! Elle donnera aux usines qui l'utiliseront une visibilité à long terme, la capacité de répondre aux contraintes climatiques et un avantage en coût très substantiel par rapport à celles qui n'en seront pas encore équipées. Donc, opportunité d'être vert et de créer de la valeur économique, une coopération assez rare et proprement spectaculaire.
Cette technologie devrait être mise en place à Florange. L'usine lorraine se retrouvera alors projetée en tête des usines aujourd'hui les plus performantes du continent, sinon du monde ! Une redistribution géopolitique des cartes inattendue et fondamentale. Elle réduira ses émissions de CO2 de façon drastique, sa consommation énergétique aussi et aura le potentiel de réduire de façon majeure toutes ses empreintes environnementales.
Réussir une telle transformation en Lorraine, ce n'est pas protéger une industrie ringarde, qui n'a d'ailleurs rien de ringard. C'est construire un monde pour nos petits enfants, moins hostile que celui qui émergerait si on n'agissait pas. Probablement aussi moderne ou post-moderne,e que de construire une grande centrale solaire, dont tous les kWh seront subventionnés pendant au moins les 20 ans à venir !
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