lundi 13 avril 2009

Chasse aux idées, suite....

On a évoqué hier les fauteurs de crises pendus à la lanterne, comme perpective noire de la crise, si les choses continuent d'aller mal.

Comment d'ailleurs penser un seul instant que les choses vont aller mieux rapidement ? Fin 2009, début 2010, comme titre le monde pour la deuxième ou troisième fois ? Sur le foi des analystes financiers, dont le flair et la pertinence n'est plus à démontrer ??? 

L'annonce d'ArcelorMittal de fermer trois nouveaux hauts fourneaux pendant plusieurs mois, sans vision de les rouvrir au-delà de cette période, qui devient de facto reconductible, a déclenché une envolée du cours à la bourse de Paris, laquelle a aussitôt entraîné le CAC40 à la hausse. 

Ambiguïté de cette décision, qui valorise le fait de ne pas voir l'avenir à plus de quelques mois, le constat que la production d'acier en Europe s'est effondré de 50% (je dis "50%" !!!)... Bien sûr que l'entreprise n'a pas trop le choix, elle ne peut empiler des coils d'acier comme les gratte-ciels de ferraille de Wall-e : arrêter les outils de production est la seule façon de ne pas se ruiner. Mais les commentaires de la presse ont commencé à parler de risque de faillite de la plus grande entreprise sidérurgique du monde, comme on le fait depuis longtemps de l'industrie automobile, pourtant beaucoup plus mal gérée mais à laquelle elle est liée de façon structurelle. 

Donc, la bourse continue à fonctionner avec des réflexes automatiques, qui ne correspondent guère à l'analyse, même la moins imaginative, de la crise actuelle et qui ne donne pas sa chance à l'avenir. Replis frileux des traders, des analystes et des modèles sur ce que l'on croyait savoir, qui n'est plus vrai du tout, mais les réflexes fonctionnent encore... Comme un canard dont on vient de couper le cou et qui s'enfuit au bout de la basse-cour ! Une bourse écervelée ?

La lanterne donc, revenons-y. Ou à des substituts légaux d'icelle. 

En allant jouer dans un parc peuplé de balançoires et de toboggans et de gamins des quartiers pas très favorisés de la périphérie de ma ville, je suis frappé par le nombre de gosses en sur-poids, certains carrément obèses ! Ils mangent d'ailleurs des tas de trucs en jouant. 

Si on en croit médecins et diététiciens, cela va conduire à des maladies chroniques apparaissant très tôt et, in fine, à une espérance de vie de cette fraction de la population plus basse qu'aujourd'hui : la fin de la croissance, dans cet univers de la santé aussi ? 

Un jour, les marchands de barres chocolatées, de boissons chargées de sucres, seront appelés à rendre des comptes. Comme les marchands de cigarettes sont peu à peu amenés à payer pour les cancers du poumon dont ils sont la cause. Procès de Mars, des céréaliers, des restaurants de fast-foods... Ce seront les tribunaux, pas les altermondialistes de Roger Mauvais, qui s'en chargeront peut-être un jour. Avis aux analystes financiers... Quaks, à vos modèles !

Autre corporation, qui a des soucis à se faire, celles des publicitaires qui vendent ces rêves de sucres et de diabète associé aux gamins piégés devant leurs écrans de télé, dans les émissions de dessins animés qui peuplent le paysage audiovisuel le matin. Non seulement, leur responsabilité sera engagée, mais une partie de leur business s'évaporera ! 

Encore le marketing dévoyé, sans âme, et ses suppôts, communication et publicité, qui reviennent dans les rangs des mauvaises idées....

A suivre, encore...





dimanche 12 avril 2009

La chasse aux idées qui nous ont plombés...

Il y a le monde d'avant la crise et celui d'après la crise. Comme les anciens et les modernes. Les réactionnaires et les révolutionnaires. 

Le monde d'avant était peuplé d'idées fausses ou d'idées qui n'avaient pas la portée universelle capable de nous porter vers l'avenir durablement. Des fausses bonnes idées, comme il y en a tant. Mais des idées à la mode, populaires - en franglais, qu'on nous a vendues comme des évidences, à grand coup de suffisance, d'arrogance, d'hubris, et à grand renfort de techniques de bizutage, de non-dit et de çà-va-de-soi. Ces idées qui ont gonflé des bulles qui ont porté des nouveaux riches, qui ont tiré un temps la croissance mondiale, mais qui nous laissent sur la grève, maintenant que les bulles ont explosé et que le flux s'est retiré. Laissant certains sans autre recours que la grêve...

Partir en chasse à ces idées fausses est salutaire. 

Cela évite les chasses aux sorcières et aux boucs émissaires, comme celles qui sont conduites par certains démagogues et certains hyperdirigeants,  qui font du bien, celui d'être unis dans le malheur, les grands et les petits, les forts et les faibles, tous ramenés à la norme minimale et à la grisaille commune, mais qui n'aident guerre à imaginer autre chose, de nouvelles idées, des idées porteuses d'avenir, des idées à repousser le malheur. Et qui conduisent à des séquestration de dirigeants, pour commencer, et, peut-être bientôt, à la lanterne, carrément, ou débités en morceaux et décorant les piques et les grilles des lieux publics !

Cela nous inscrit dans une tradition culturelle, Flaubert, Brel et, tant qu'on n'y est, la Genèse, qui décidément a parlé de tout, pas seulement de la création du monde...!

Cela évite aussi la dérive actuelle de chacun d'entre nous, la presse comme les bloggeurs, ceux qu'on lit et ceux qu'on ne lit pas, pas encore, qui y vont de leur théorie systémique, celle qui explique les défaillances ayant engendré la crise par des explications sur les processus qui nous guident, comme si le monde était une entreprise adhérent aux normes ISO 9000, 14000 et les autres.  La crise financière, la crise de l'économie réelle, la crise des liquidités, la trappe aux liquidités, les subprimes, les fonds pourris, les outils dérivés, leur opacité - la théorie que je trouve la plus drôle, la plus incroyable, la plus sombre et la plus pessimiste sur l'homme ! -, le système de normes comptables internationales, la crise sociale, la crise politique,déjà là ou à venir, etc... 

Sauf une, bien sûr, la mienne, qui met en avant la bulle de consommation portée par un marketing dévoyé, vendant au consommateur qu'on hypnotise et qu'on soigne à coups de crédits faciles des produits sans finalités, sans contenus, sans qualité, dont il n'a pas vraiment besoin, ni même envie sans un peu de viagra publicitaire pour stimuler ses appétits... qu'on achète parce que les autres aussi les achètent, nous dit-on, et parce qu'on le peut, comptant ou à crédit. Laquelle bulle a éclaté, dans un effondrement digne de celui d'un trou noir, qui ferme les usines de voitures, les aciéries et les hauts fourneaux, pour suivre une chute de 50% de la production... 

J'ai déjà parlé des produits médiocres, comme tout ce que vend microsoft - je suis en train de me battre avec un word 2008 pour Mac, si lent que j'en oublierais ce que je veux dire !, comme les balckberry qui parlent français sans accents, comme les restaurants Buffalo Grill qui défigurent les paysages suburbains et présentent sur nos assiettes un pastiche de mal-bouffe qu'ils disent américaine (O Obama, déclare la guerre aux Buffalo Grills avant d'aller en Afghanistan, c'est peut-être plus important pour ton pays !), sans goût, même les frites sont ratées, il faut le faire - et cela en dit long sur la possibilité de faire avaler aux clients de la bouffe pour chat et de les faire payer encore trop cher à la sortie !!!

Donc revenons aux mauvaises idées, celles qui ont conduit à faire pousser ces bulles et conduit à ce débordement de mousse qui nous entraîne vers les cuviers d'Augias puis a explosé...

Au hasard, sans ordre, pas de théorie ni de classement systémique encore, observons, la méthode expérimentale n'est pas encore dans la liste des ces idées toxiques.

La fascination de la minceur que vendent les magazines féminins et aussi masculins maintenant, ceux qui parlent, démagogiquement, au côté féminin de l'homme. Ce goût pour les filles anorexiques, ces waifs qui peuvent s'habiller en 36 et qui fascinent les "grands" couturiers, qui tiennent debout par la force de maquillages de belle au bois dormant plus que par la force de leurs muscles atrophiés, sortes d'enfants sexués faisant appel au côté pédophile de qui d'ailleurs ? Les belles femmes relèvent d'une autre alchimie, celle de la jeunesse, du tonus, de l'insouciance, des phéromones qu'on capte au passage et qui n'imbibent pas encore les pages glacées - au sens propre et figuré - des journaux et des mensuels.  Sans phéromones, des peintres doués les ont d'ailleurs saisies sur la toile, Rubens ou Véronese ou Ingres ou Picasso... 

Derrière ce mythe, qu'on travaillé les psychanalystes de la mode, se cache une collusion de vendeurs de rêve, des rêves basiques et reptiliens, et des marchands, avec tout un monde interlope de communicants et de journalistes qui servent la soupe et lient la sauce. On est loin de la presse, cinquième pouvoir ! 

Cà se résume assez bien par le mot de marketing !

Il y a aussi des mots attrape-tout, comme celui de créatifs. 

Ceux qui se donnent ce nom, les créatifs de la publicité et de la com' par exemple. Qui oublient qu'ils sont à la création, celle des artistes des arts plastiques, ce que la "science" du management est à l'économie ou l'astrologie à l'astronomie... Ce sont des outils, des moyens, des véhicules, des serviteurs.

Ou comme ce banquier, qui refuse un crédit à une styliste talentueuse que j'aime bien, sous prétexte que son activité n'est pas créative.  Curieux exercice de renversement du sens des mots, qu'on chausse comme une chaussette à l'envers, sans probablement s'en apercevoir... La créativité, est, j'imagine selon lui, les nouvelles technologies, nouvelles depuis si longtemps, explosées dans tant de bulles passées et à venir, devoiement des mots pour appeler la soupe, les financements, les crédits, l'image d'une modernité d'avant... 

Autre idée fausse, celle du ROI, le retour sur investissement qu'on a imposé dans les entreprises à 15% ou plus depuis 10 ou 15 ans.  Comme si l'économie croissait à 15%... Ou l'avait jamais fait, même dans le "miracle " de la Chine ! A moins, que consciemment, on ait compris que ces 15% étaient prélevés dans la poche des salariés d'une part et des générations futures  d'autre part ; sans parler du tiers-monde, qu'on vole sans vergogne, sans en avoir conscience (??) et sans en parler ! Un vol à la tire spatio-temporel !  Une version à l'envers du développement durable,  de ce mot attribué à Saint Exupéry, la planète n'est pas un héritage que l'on reçoit de ses ancêtres, mais qu'on empreinte à ses enfants !

Ces mythes de managers, enfouis dans des discours technocratiques sur la création de valeur, le temps de retour sur investissement... Le dernier en date parle de variabilisation des coûts fixes... rappelez-vous la titrisation des risques... On pourrait presque repérer les idées fausses à la voix qu'elles empreinte, aux combinaisons de mots qu'elles associent !

Tout commentaire est le bienvenu, pour compléter cette liste dont ceci n'est que le commencement...!

A suivre, si le temps ne me manque pas.

samedi 11 avril 2009

Rupture de miroirs et marche forcée vers le Léthé

Journées difficiles pendant lesquelles j'ai encore effacé une partie de ce qui restait de mes parents dans notre monde physique. 

Une équipe de déménageurs est venu vider, démonter et emballer le contenu de leur appartement d'Evry. Le cadre dans lequel ils fonctionnaient, le décors de leur vie quotidienne a disparu en quelques heures, dans des cartons, des feuilles de plastique à bulles et des noeuds de ficelle grâce aux gestes rapides, précis et répétitifs du déménageur chargé de préparer l'expédition. 

Le soir même tout se résumait à des empilements de cartons bruns ceinturés de bande adhésive de même couleur et à des meubles emmitouflés dans les feuilles à bulle. Répartis dans un curieux capharnaüm, qui mettait à nu les murs des pièces qu'on n'avait plus vus depuis au moins trente ans. 

Seule vie dans ce passé en cours d'effacement, Naomi, assise à même le parquet, entourée des jouets qu'elle avait apportés avec elle et qui continuait à façonner son présent en jouant, comme d'habitude. Inconsciente du contexte inhabituel et bizarre, et évitant aux autres de se perdre dans la contemplation morbide de cette fin d'un monde.


Une nuit dans les lits pas encore démontés, puis une équipe de solides Déménageurs bretons, noire, blanche, beurre, LOL!, s'est emparé de ces objets en nombre fini qui résumaient la vie de mes parents, et les a descendus dans l'escalier en colimaçon pour en remplir, en deux heures, un camion.  Deux heures simplement, et, à la sortie, un demi-camion de colis compacts, calés et encordés pour effectuer le voyage vers la Creuse. 

Encore plus vite, encore plus dense, encore plus compact. Une vie en 20 m3 !

Victoire de l'entropie, triomphe du désordre, la complexité d'une vie s'enfonce dans le passé et ne subsiste plus que comme des traces dans nos souvenirs ou des images sur le disque terabit.  

Un espace de vie, une écologie familiale se transforme en boites empilées  comme le jeu de lego des enfants qu'on démonte le soir pour que ses briques rentrent dans leur boite. Ils vont rejoindre l'ADN, qui est en train de disparaître complètement dans les cercueils d'Anzême, peu à peu, sauf la version subtilement différente qui subsiste dans mes veines et celles de mes enfants et de leurs enfants. 

Vie éphémère, qui tient tête si longtemps au chaos, en se maintenant grâce à l'énergie qu'elle vole à l'univers, le temps de créer des réseaux, une famille, des lieux de vie, mais qui retourne au chaos quand le temps appelle, tel le démon de Faust ou la statue du commandeur de Don Juan.  

Rendant à l'univers les atomes qu'ils vous a prêtés et donnant à d'autres le droit de piller l'énergie de la nature pour que la vie se perpétue. 

Ce miracle de la vie comme un vaisseau au long cours qui coule sur le fleuve du temps et échappe au vieillissement de l'univers grâce à ces étincelles de vie qui se succèdent si vite au gouvernail et aux machines !

Le miroir que mes bretons brisent en le démontant, parce que la mémoire technique de la façon dont il était fixé leur a échappé, symbolise un retour au chaos encore plus rapide. Des fragments de matériaux et non plus un miroir complexe qu'il est encore possible de reconstruire ailleurs, identique à lui-même. Son intégrité, son essence même, effacées par un geste brusque et non contrôlé. L'ignorance, la non-information au service du chaos, par les gestes de ces déménageurs de l'entropie ! 

La passage consommé vers le futur, sans retour possible vers le passé, rupture d'un miroir semblable aux ruptures de symétrie qui on ponctué la vie du cosmos et instauré l'irréversibilité de la flèche du temps.

Déménageurs bretons, je vous donne ce nom de déménageurs de l'entropie, que votre métier mérite, même si les hommes qui le perpétuent ne brisent aucun miroir. Vous êtes les Charons du Styx, qui emmenez les gens vers l'aval de leur vie et les générations vers leur propre vie consubstantielle à mais séparée de celle des ancêtres.  Vous les passeurs vers l'oubli du Léthé. 

Le lendemain, tout se retrouve à Anzême. Dernier carré où subsiste encore pour quelques temps la mémoire matérielle de mes parents. Les caisses et les meubles empilés, un autre verre brisé, résultat, toujours, de l'ignorance qui travaille au retour de l'informe. 

Et nous fermons la maison, en y arrêtant toute vie, d'eau et d'électricité, pour repartir dans nos vies normales, abandonnant une nouvelle fois mes parents dans leur univers qui se contracte et disparaîtra peu à peu, mais qui le fera définitivement, quand moi et les miens disparaîtrons à notre tour.



samedi 21 mars 2009

La vie au champ ?

Ce matin, à la caisse chez Auchan, j'ai attendu que le microprocesseur de la puce du lecteur de carte me donne la main pour payer." Attendez, SVP !" m'a-t-il signifié.  Je préfère le message espagnol, esperar, que je fais semblant de traduire par espérer... Quelques secondes pendant lesquelles les hommes attendent, piégés dans une bulle de temps congelé, que les machines leur redonne le droit de continuer à exister. Quatre clients, une caissière dans ce temps à l'arrêt.  C'est l'occasion d'un instant de convivialité avec l'employée, à qui j'explique que des machines plus rapides existent, c'est simplement que sa direction estime que son temps coûte moins cher que le remplacement de l'équipement.  Elle sourit et soupire et quand elle me lance un au-revoir-merci-bonne journée, il est plus chaleureux que d'habitude.

Etranges ces arbitrages où le temps de la machine prime sur celui des salariés et surtout des clients ! Encore un modèle d'avant la crise... 

Comme tout le modèle de l'hypermarché, qui s'en va à vaux l'eau, avec ses rayons déplumés, mais habités de plus en plus par des produits-maisons.  Dont on sait qu'il coûtent marginalement moins cher mais sont plus médiocres voire carrément moins bons.  Les produits qu'on cherche ont disparu ou sont dissimulés dans la plus basse des étagères, là où on ne les repère qu'en les cherchant avec opiniâtreté.  Comme cette habitude agaçante d'imposer un parcours de découverte au client en déplaçant régulièrement les rayons.  Un modèle où le modèle est de vendre, vendre, toujours plus, un peu n'importe quoi en trompant le client ou en lui tendant des pièges pour qu'il se lâche dans des achats d'impulsion. Marketing dévoyé qui vise à vendre sans écouter les besoins des clients, à déconnecter offre de demande en manipulant la demande pour la faire coïncider avec cette offre artificielle.  Une des causes profondes, à mon sens de la crise, qui repose sur une bulle de consommation de produits dont le marché n'avait ni besoin ni envie. Comme Bill Clinton, qui explique dans ses mémoires qu'il a eu cette aventure (relationhip) avec Monica Levinski, ce n'était ni par besoin ni par envie, mais "parce qu'il le pouvait" !

Dans pas très longtemps, Auchan ne pourra plus nous vendre n'importe quoi. Il ressemble déjà à un poisson hors de l'eau qui se débat pour survivre. Pour sortir de la crise, il faut donc aussi réinventer ces hypermarchés et l'une des réponses sera d'en abandonner un grand nombre. Friches commerciales à venir après les friches industrielles qu'on résorbe petit à petit en Lorraine. 

Le scandale des hypermarchés est multiple.

Scandale des emballages par exemple. Le client se démène avec des astuces variés pour emporter ses achats chez lui, depuis que les sacs de caisse ont été supprimés, disparition accompagnée par une grande campagne de publicité dans la droite ligne de la langue de bois du marketing, expliquant que les hypers se sont acheté une conduite verte et citoyenne ! Evidemment, c'est la loi qui l'a imposé, une des retombées de ce qu'on appelle en France "le Grenelle de l'Environnement" - curieux clin d'oeil à juin 1968. On n'a d'ailleurs visé que les sacs de caisse, alors que tout est emballé dans un hyper et que ce mode de présentation est la clé du modèle économique qu'ils représentent : sans l'hyper-emballage des produits, les hypermarchés ne peuvent plus fonctionner et ils n'ont donc appliqué que la lettre et pas l'esprit du Grenelle, survie impose !

Scandale de la médiocrité des produits. Produits pas chers, produits médiocres : ce n'est pas partout une fatalité mais c'est une règle dans cet univers-là.  Ici, les produits frais sont tellement décevants, qu'un supermarché appelé "grand frais" s'est ouvert à proximité et qu'il draine une clientèle large, en particulier en début de mois, quand les salaires sont tombés dans les comptes bancaires. Même les pauvres ou les presque pauvres ont donc compris qu'il peut être moins onéreux d'acheter plus cher.

Scandale de leur empreinte carbone.  En amont, avec ces produits venus du bout du monde, comme les haricots du Kenya vendus à contre saison.  Est-ce vraiment un besoin, d'ailleurs de manger n'importe quel produit, n'importe quand ? faut-il dénier le temps des saisons ? Mais l'essentiel de l'empreinte carbone est lié à la clientèle qui vient magasiner en voiture.  Mon hyper voisin génère environ 60.000 t de CO2 par an ! Aujourd'hui, en pleine crise, cela vaut 600,000 €. Dans dix ans peut-être 6 millions d'euros et en 2050 36 millions d'euros!

Même dans un monde parallèle qui aurait échappé par miracle à la crise actuelle, l'avenir des hypermarchés serait noir et leur avenir à long terme largement compromis.

Malgré leur déploiement à l'échelle mondiale... Carrefour en Chine, au Brésil dans le monde entier, exemple hier réussi de la mondialisation. Exemple aujourd'hui d'un modèle tout à fait artificiel, dévoyé, parti en bulles, soutenu par les banques d'affaires qui y trouvaient l'écho de leurs propres fantasmes.  

Les bonnes valeurs, celles qui peuvent être durables, ne seraient-elles pas l'écoute des besoins du client ? Dans une société où le client réapprendrait à fonctionner selon ses besoins, ses moyens et ses désirs ?

dimanche 8 mars 2009

dialogue avec ses adversaires...

En tant que chercheur, la confrontation avec des points de vue différents des miens est toujours assez policée : ou bien il s'agit de différences d'opinion sur l'analyse, qui en pratique sont les bienvenues, parce qu'elles posent des questions de fond et déclenchent une discussion fructueuse, ou bien il s'agit de créer un consensus autour de décisions managériales de R&D, et c'est un métier de manager ou de diplomate classique. Il s'agit rarement de la collision de deux mondes, où les points de vue sont tellement opposés qu'ils sont irréconciliables. La sortie de "crise" est maïeutique et surgira d'un travail de dialogue.


Il faut maintenant aller au delà des posts journalistiques sur la crise et commencer à la débobiner, à la détricoter pour contribuer à avancer...



dimanche 1 mars 2009

Crisis 101

« Récupérer autrement notre
passé et, par conséquent, définir autrement notre avenir »

B. Latour, L’économie, science des intérêts passionnés,
La Découverte, 2008, 135 pages


Blog, oh mon blog ne vois-tu rien venir ?

Je ne vois que du chômage qui explose, une récession qui atteint deux chiffres dans certains pays et l’annonce de la faillite de pays entiers après celles des banques.

Je vois néanmoins des journalistes et des éditorialistes qui commencent à comprendre que la crise ne va pas finir cette année, ni l’année prochaine. A tout le moins, ils découvrent que le monde politique n’a pas de diagnostic, que les politiciens ne savent pas répondre aux questions des journalistes au delà des réponses apprises par cœur – il s’agit, dit The Economist, des MP britanniques, dans un article illustré par dessin détournant le Cri de Munch et montrant l’homme torturé sur un pont de la Tamise devant une bourse qui s’écroule et le skyline de Londres, qui tient encore le coup ! 

Paul Krugman, toujours lui, maintient son pessimisme absolu. 

Mais il manque encore des analyses qui aillent au-delà de la constatation des symptômes et des parallèles assez simplistes autour du meilleur modèle de la crise actuelle, celle de 1929 : la question ouverte maintenant est de savoir si on est aussi pire ou bien pire qu'elle. 

Face à cela il y a deux dérives. 

Le catastrophisme, qui permet de faire de beaux titres. The Economist, encore lui, fait de la surenchère par rapport aux quotidiens qui avaient mis en exergue les difficultés des pays orientaux de l’Union européenne : il annonce carrément la fin de l’Union ! On ne peut que voir ses éditorialistes se congratuler, tellement ce journal a toujours été peuplé d’eurosceptiques ; le grand est enfin près d’arriver !

Et, à l’opposé, le « je fonce là où j’avais décidé d’aller avant la crise », car un homme politique responsable ne baisse pas les bras. 

A Semécourt, nous avons une version locale de ce syndrome, puisque le conseil municipal vient de voter une pétition demandant la construction accélérée d’une espèce d’autoroute locale – la voie rapide 52, qui doit permettre à la foule qui habite à 30 ou 40 km de ses lieux de travail, d’y aller et d’en revenir plus vite dans leurs grosses voitures. 

Ce qu’il faut à cette région, ce n’est pas plus d’autoroutes pour remplir ce qui reste d’espace entre un habitat effiloché et construit au gré des ambitions des municipalités, toutes à la chasse aux  habitants et à leurs taxes locales, mais des systèmes de transport en commun organisés au niveau de la région, le renforcement de pôles urbains où on ose une densité de population de ville moderne et la fermeture de toutes ces zones rurbaines s’étendant à l’infini, comme une peste, et qui ne se mesurent en fin de compte qu’en émissions de CO2. 

********

Il faut donc se lancer soi-même dans l’analyse de cette crise. 

Plus tôt cela sera fait, moins longue sera la chute ? 

Une chute qui promet quand même d’être longue, car nous ne sommes pas en train de tomber d’un immeuble de 100 étages, mais de 10.000, 100.000 étages !

1. la crise n’est pas seulement une crise financière. Même si la dimension financière de cette crise est immense et les responsabilités de ceux qui l’ont permise plus grandes encore !

2. la crise est due à une multitude de bulles, de tumeurs malignes, qui ont poussé sur la chair de l’économie réelle parce que les règles et les mécanismes mis en place par tous les bureaucrates, technocrates, politiciens et autres prescripteurs ont déclenché une forme de chaos, empilement d’effets rebonds et d’effets pervers qui ont conduit à cette réaction en chaine à laquelle nous assistons avec stupeur – impuissants à comprendre et impuissants à agir - impuissants comme ces banquiers new yorkais devenus chômeurs, qui sortaient avec les filles de datingabankerananonymous.com et qui le seraient devenus, physiquement !

3. au départ, il y a tous ces produits de consommation que l’on a appris aux consommateurs à vouloir et à acheter par la magie du marketing, une magie noire, et dont la légitimité par rapport à un besoin n’est pas, n'est plus évidente : 
  • des produits dont on n’a pas besoin - comme les 4x4 utilisés en ville et seulement en ville, les grosses voitures qui ne roulent jamais au delà de 130 km/h, 
  • des produits proposés en une multitude de variétés non différentiées et inutiles – comme cette hyper-offre des supermarchés, des concessionnaires de voitures, 
  • des produits médiocres qu’on a imposés par des arguments sans rapport avec leur qualité intrinsèque – Windows et presque tous les produits Microsoft, Blueberry, les portails de Yahoo, etc.
Le marketing comme une technique sans âme, qui vend pour le plaisir, pour la beauté de vendre, le bonus des vendeurs étant attaché à leur chiffre d’affaire, pas à la proximité d'une réalité objective. Donc un mécanisme décentralisé, sans vue aérienne de ce qu’il produit globalement, qui avance tout seul, mu par des gens qui suivent des règles et doivent donc être en accord avec leur éthique, avec leur conscience. 

C’est ainsi que les banquiers américains vendaient des crédits à des familles à faible revenu incapables de les rembourser, ces fameuses subprimes qui ont servi de déclencheurs à la crise et ont rendu visible l’irrésistible glissade dans laquelle nous étions déjà entrainés.  

Les produits médiocres aussi sont pour moi un mystère, celui du discours symbolique que le marketing a imposé sur les marchés de consommation au mépris d’un principe de réalité : qui achèterait des fruits pourris sur un marché traditionnel, des viandes avariées attirant de grosses mouches noires sur l’étal d’un boucher ? Pourtant Windows, système d’exploitation avarié s’il en est, s’est imposé dans 80% des micro-ordinateurs du monde, alors que des systèmes basés sur UNIX ont des coudées d’avance, qu’ils s’appellent Mac OS ou Linux ! Blueberry, qui vend des appareils laids, peu commodes, à l’écran minuscule et difficile à lire, aux commandes éclatées sur une multitude touches, vendu en France sans lettres accentuées, pend à toutes les ceintures des gens occupés… alors qu’un iPhone est tellement plus fonctionnel, facile à utiliser, intuitif, élégant et… beau !

La demande de certains de ces produits « inutiles » s’est effondrée, dans des proportions énormes, 1/3, ½, 2/3 !!! en quelques semaines… Plus à venir, sur plus de marchés « pourris »…

Peu probable qu’on ne revienne jamais au statu quo ante. Autant envoyer toutes les voitures neuves directement dans les broyeurs !  Dommage pour Renault et pour ArcelorMittal qui lui vendait de l’acier ! Il faut que tout ce réseau d’acteurs imbriqués réinvente quelque chose qui colle plus à la réalité, la réalité des besoins des citoyens. La pyramide de Maslow peut-elle les aider, ou est-elle, elle aussi, à mettre au compte des pertes et profits de la crise ? 

Il faudra sûrement retravailler les notions de transport, le discours sur la mobilité, celui pourtant vert sur la mobilité durable… Reconstruire le monde en 2100, non pas comme une extrapolation de celui qui est mort, mais comme des futurs possibles, multiples : la prospective, comme élément de la réalité, pas comme des accumulations de discours et de récits dans un monde relativiste digne de Matrix !  Par exemple un monde rationnellement vert, avec des villes compactes à taille humaine sur le sol mais qui montent vers le ciel dans l’autre dimension ; ou, au contraire, le retour aux villages médiévaux, autarciques, où on ne monte à la ville, à quelques mieux, qu’une fois par an, une fois par mois ?

Quoi qu’il en soit, la rurbanité tartinée comme aujourd’hui sur toute la carte, où elle se répand dans tous les creux du terrain, ne figure plus dans aucun de ces schémas. 

Ou bien on construit, à Metz par exemple, des quartiers d’immeubles de grande hauteur, des tramways en réseau dense, un véritable métro qui peut être …LOR,  des pistes cyclables en site propre pour aller au travail, des pâtures pour y laisser le soir son cheval ou son âne, ou bien on rompt les liens entre les villages, ne laissant circuler à moteur que les médecins (qui viendraient faire des visites !), les ambulances et les pompiers. Pas la police… 

Même la perspective du peak oil s’éloigne dans ce cas !

4. il y a en arrière-plan une imposture des mots, un discours mensonger qui trompe parce qu’il dit ce que l’on (on est un con, disait mon père, quand il voulait m’apprendre à écrire !) veut entendre. Les lessives, le plus vieux produit du monde, sont ainsi toujours nouvelles ! Y mettre du savon de Marseille, un produit réglementé par Louis XIV, relève de l’innovation échevelée.  Le maire de Semécourt vante le projet de voie rapide pour son caractère structurant, un mot vide et prétentieux, une bulle verbale qui relève des mêmes principes toxiques que les bulles financières. Structurant quoi ? Le passé, les certitudes qui nous ont conduit dans l’impasse de la crise actuelle ?

5. autres ficelles perverses, le mépris des autres, une forme de peur des autres, l’égoïsme, le nationalisme, le protectionnisme.  GM, entreprise américaine qui va mourir, ne sait que faire d’Opel, sa filiale européenne de plus de 70 ans.  Ford de Volvo, que Renault est (peut-être) en train de racheter… La Chine des classes moyennes aisées, qui renvoie à la campagne les travailleurs migrants dont elle n’a plus besoin, au risque que la parti communiste chinois soit à terme emporté par une révolution prolétarienne ! Les britanniques qui ne veulent pas qu’on embauche des marocains ou des polonais sur les chantiers d’Albion.  Les entreprises qui terminent ex abrupto les contrats des consultants - pas encore BCG ou McKinsay ! - et des intérimaires. 

Là encore, on applique des règles. On s’engage dans un carrefour en suivant les règles de circulation habituelles et on va créer un enchevêtrement de véhicules qui sera complètement solidifié dans peu de temps !

6. Mise aussi dans la liste des réserves pour inventaire : l’idée de la mondialisation, basée sur le paradoxe que le monde est fini, entier, unique, holistique, mais en même temps infini dans ses ressources, physiques, réelles, virtuelles et symboliques. Souvenez-vous : nous, en France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées.  Une infinité d’idées bien sûr, ce qui est vrai – en France, comme ailleurs - si on pense à l’art, à la littérature, à cette création-là, mais demande un peu d’esprit critique si on veut dire que les vagues de Kondratieff vont se succéder encore et encore.  Relisez la littérature de science fiction, que cette question préoccupe depuis longtemps : elle n’a trouvé comme sortie de cette difficulté que le projet de partir dans les étoiles. La tête dans les étoiles, pourquoi pas, mais les pieds dans les étoiles ????

Il faut probablement remettre le fini et l’infini à leurs vraies places !

7. C’est assez pour aujourd’hui….

A suivre…