dimanche 11 juillet 2010

Au pays des cheikhs en blanc et des dames en noir...


Les Emirats Arabes Unis (EAU), Dubai, Abu Dahbi, c'est au bout du monde, dans l'inconnu de l'altérité, et si on en a tous entendu parler, qu'en sait-ton ?


Une mission où j'ai joué le rôle d'un expert auprès des Nations Unies m'a envoyé là-bas pour 3 jours en juin 2010. Dans les interstices entre les réunions de travail et les rencontres sociales qui les accompagnent, quelques instants pour regarder et s'étonner, à la Candide.

Ma réunion traitait de capture du CO2, une technique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc d'un sujet écologique global s'il en est, l'atmosphère et la dispersion des gaz à effet de serre qui s'y pratique grâce aux lois de la physique, concrétisant cette réalité holistique, gaïenne, planétaire, globale pardon !

Les EAU sont les deuxièmes émetteurs de CO2 par habitant dans le monde: 32,8 t/cap derrière le Qatar et avant le Koweït, Bahrein, tous des voisins du Golfe Persique. Les Etats Unis, toujours pointés du doigt comme les pires pollueurs dans ce domaine, ne sont "qu'à" 19,1 t au 9ème rang, alors que la France, bardée de ses centrales nucléaires et de ses barrages, est à 5,8 au 59ème rang. Dans un pays protestant comme la Norvège, au 40ème rang mondial, on dirait que le pays recherche les moyens d'expier ses mauvaises performances dans ce domaine, d'autant qu'Abu Dhabi et Norvège sont par ailleurs de grands producteurs et exportateurs de pétrole. Un exportateur de pétrole est un exportateur, certes virtuel mais néanmoins très réel, en bout de chaîne de valeur, de CO2. Expiation, atonement, recherche du pardon par des actions de remédiation. Peu importe les explications relevant de l'éthique des relations internationales, le pays a invité l'ONU à se réunir ici, laquelle, selon ses statuts, se doit d'accepter ce genre d'invitation.

Merci donc à ces règles de courtoisie internationale pour les 14 heures d'avion, aller-retour, depuis Paris et pour l'empreinte carbone non négligeable que la centaine de participants a inscrite dans l'atmosphère - anathème un peu facile à jeter, car les émiriens présentent leur pays comme un lieu de passage, un hub où le Nord et le Sud, géographiques et géopolitiques, se croissent. Merci aussi de cette occasion de nous donner à voir un autre monde qui fait partie de notre monde.

Atterrissage au petit matin dans la brume! Çà pourrait paraître paradoxal en plein cœur du désert d'Arabie, mais l'eau couleur d'émeraude du Golfe, auprès de laquelle se lovent les villes de Dubai et d'Abu Dhabi, en est nous dit-on la cause. Donc chaleur accablante et humidité maximale, un cocktail de rêve!

Rencontre des premiers bédouins en habit et coiffe blancs, agents d'immigration, un sujet trop sérieux pour être confiés à des travailleurs étrangers.

Dans ce pays où 85% de la population est immigrée et donc seulement 15% sont des citoyens, certaines activités comme celles de fonctionnaires sont réservées aux nationaux. Ces chiffres font sourire, quand on se rappèle les "lois" sociologiques invoquées par des hommes politiques en France et énonçant un chiffre de 15% aussi, mais à l'envers, au-delà duquel le nombre d'étrangers deviendrait excessif! Évidemment, rien n'est parfait ici non plus, car les étrangers ne viennent qu'avec des visas de travail à durée limitée et la naturalisation ne peut jamais se faire plus ou moins automatiquement après un long séjour, comme c'est le cas en Europe ou aux Etats Unis. Ce n'est pas de l'esclavage, n'est-ce pas, mais ce n'est pas non plus un statut très ouvert...

Les étrangers travaillent partout, en particulier sur les chantiers de ce monde minéral en construction verticale dans le centre ville et en étalement horizontal dans les banlieues. La loi stipule qu'au-delà de 40°C, on doit arrêter de travailler. Une anecdote locale raconte que les thermomètres sont bloqués à cette valeur, un peu comme les diplomates arrêtent leurs pendules à minuit, pendant qu'un consensus se créée dans les heures creuses des petits matins.

J'apprends aussi que les lasers verts sont interdits dans les EAU - quand mes bagages sont radiographiés et le cœur du délit exhibé. "Pas de problème jetez-le donc!" tentais-je pour accélérer les choses et aller rejoindre le chauffeur qui m'attend à la sortie dans l'aéroport pour me conduire de Dubai à Abu Dhabi, 120 km d'autoroute, le long de la côte à travers le désert. Néni, à la bureaucratie tu n'échapperas! On m'emmène dans une salle où on doit me délivrer un reçu, dont je n'ai nul besoin, et on me fait asseoir dans une salle d'attente, en face d'émiriennes fonctionnaires, un demi-douzaine, qui se congratulent, s'embrassent, ne font presque rien sauf nous faire attendre, dans leurs belles abayas noires dont certaines sont décorées de galons sur les épaules - certainement encore des citoyennes. 45 minutes pour rien, rien du tout, mais probablement moins que rien dans la temporalité de la culture locale.

Je retrouve mon chauffeur, qui allait repartir, pensant que je n'étais pas dans l'avion de Paris d'Emirates.

C'est un Sri Lankai, qui va me raconter comme on travaille à Abu Dhabi. Il est revenu récemment, après avoir quitté le pays au moment de la crise, et dix ans de séjour. Il ne tarit pas d'éloges sur les émiriens, que l'état paie pour ne rien faire, une pension à vie sans contrepartie, une assurance chômage sans travail préalable, une sorte d'impôt négatif. Comme les EAU ont un PIB par habitant de 42.000 $ en PPA, égal à celui du Luxembourg, le pays le plus riche d'Europe, que tous les habitants sont inclus dans ce calcul, y compris les immigrés mal payés, cela signifie une rente importante! Les revenus du pétrole, redistribués initialement par le Cheikh Zayed, le premier chef de l'état des EAU, un prince d'Abu Dhabi, profitent ainsi à toute la population.

Dès qu'on roule à travers la ville, pour gagner le Sud, la prospérité de Dubai éclate.

On hésite dans les métaphores, porté dans cette démarche spontanée et probablement très ethnocentrique de vouloir ranger ce que l'on voit dans des cases préexistantes: cette forêt de très hauts immeubles, alignés comme des crayons pointés vers le ciel, c'est Shanghai, ou alors Pékin du fait du travail des architectes qui ont produit là des œuvres majeures, qui figureront dans les livres d'art, rien à voir avec les tours de Sarcelle ou celles de São Paulo. Le boulevard est une autoroute, qui traverse la ville, comme à LA, avec des échangeurs complets, une ligne de métro qui coure en son long, et des passerelles couvertes, probablement sous air conditionné, qui établissent les liens avec les immeubles. Des grosses voitures, de belles voitures, de beaux 4x4, on n'aperçoit personne dans les rues pourtant monumentales, comme tout le reste. A Abu Dhabi, avec ses parcs, ses fontaines, ses murs d'eau, on pensera aussi à Las Vegas et à Grenade et ses jardins. Tout est neuf, tout est propre et rutilant, grand soin porté aux matériaux de revêtement de tout.

Quel équilibre entre tout cela et l'environnement du désert et de la mer? On sent physiquement la pente des gradients qu'il faut entretenir à grand renfort d'énergie et d'argent, pour maintenir ici, sous les 40 ou 50° qui dardent du ciel, ce modèle de ville qui vient d'ailleurs... Qui a été inventé aux Etats Unis il y plus d'un demi-siècle, un siècle en fait, quand les ressources étaient infinies et l'attente d'un avenir rayonnant permettait de traduire ce rêve en pierre et en macadam. Quel pertinence cela peut-il avoir dans un monde qui s'avance vers une catastrophe climatique? Pourquoi construire avec des modèles qui ont vécu et dont la critique a été faite ailleurs? Pourquoi refaire les mêmes bêtises que les autres? Ou est la pensée autonome, novatrice, en rupture???
Là-bas c'est la tour Burj Khalifa, avec ses 826 mètres de hauteur et ses 162 étages... une fusée dressée vers le ciel, qui joue avec le soleil qui se lève. Les architectes, depuis les cathédrales gothiques du moyen âge européen, reconstruisent la tour de Babel pour monter à l'assaut des cieux et se rapprocher de dieu.

Ailleurs, c'est la silhouette de l'hôtel Burj Al Arab, dont la forme de voile est si élégante et si évidente: la forme de la voile des boutres (dhow (arabe : داو) ), ces bateaux qui rattachent à la tradition arabe, à la mer rouge, aux pêcheurs de perles, ruinés dans les années 50 par la perle de culture japonaise. Une forme qu'on retrouve souvent, probablement imposée dans le cahier des charges de ces immeubles commandés à des cabinets d'architectes internationaux.


Les portraits du Cheikh Zayed - Sheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan - sont partout, dans le style de celui de Mao sur la place Tian an Men à Beijing ou de celui du Che Guevara sur la place de la Révolution à La Havane. "Notre père", disent les émiriens, celui qui a institué l'état providence au sens émirien du terme, expliqué plus haut. Il a même un site internet pour perpétrer son souvenir, sorte de panthéon virtuel et numérique, avec ce suffixe .com qui montre que le business est parfaitement respectable: http://www.sheikhzayed.com/biography.htm

Pas de chameaux, pas de chevaux arabes le long de la route, pas de faucons non plus dans les airs. Seulement des faisceaux de lignes à haute tension qui courent la campagne, vers le nord et vers le sud, issues de ces centrales thermiques qui jalonnent presqu'en continu la côte - il faut de l'eau pour les refroidir! - et qui doublent en usines de dessalement de l'eau de mer, la seule vraie ressource en eau locale, un des outils fondamentaux pour maintenir le gradient entre le monde moderne voire post-moderne des émirats et l'environnement local.

Quelques chiffres sur le pays.

Bonne référence, établie par des analyses compétents et fiables:
https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/ae.html.

4,975 millions d'habitants urbanisés à 78% (77% en France). PIB de 201 G$ en PPA, généré à 78% dans les services. Only 25% today relies on oil and gas. The State has tried very hard to diversify out of oil and gas and has launched a constructon spree to support the tertiary activities based on the pivotal location of the country between Far East and West and North and South, the ambition to have it play a major role as a business center, a transportation hub and a tourist spot for the rich. Whether this dream will ever come true is not obvious. Les chantiers à l'arrêt se mesurent au nombre de grues perchées sur les immeubles inachevés et qui ne bougent guère - les grues comme les immeubles, ;-) . Les maisons, genre hôtels particuliers de quartiers TRES chics de villes européennes ou américaines, sont souvent vides sur l'île d'Abu Dhabi. La quasi faillite de l'émirat de Dubai, le plus agressif dans cette diversification, d'autant qu'il n'a pas de réserves de pétrole, n'a été évitée que par l'intervention très volontariste de l'émirat d'Abu Dhabi au travers de l'état et des banques. Il n'est pas évident du tout que les îles du Monde ou les îles palmiers de Dubai, seront jamais habitées comme cela était planifié. Évidemment, il serait de très mauvais goût d'évoquer la montée des eaux liées au réchauffement climatique, qui mettrait à mal non seulement les Iles Salomon ou Maldives, mais aussi les îles artificielles de Dubai.

Abu Dhabi, mon hôtel, très luxueux et très bien climatisé, très humide dans ses jardins en plein soleil. Non, ma chambre n'est pas une suite. Oui, au restaurant libanais de l'hôtel, on parle français... car les serveurs et maîtres d'h sont des marocains.

Mon séminaire, intéressant, mais hors sujet dans ce blog. Sauf pour dire que le pays va construire une des premières aciéries avec captage et stockage du CO2 au monde, qui sera en service à peu près en même temps que le démonstrateur européen d'ULCOS. Détail intéressant pour ce blog, ce projet sera financé par des CDM (MDP en français, Mécanisme de Développement Propre), cet instrument de Kyoto prévu pour fiancer les transitions aux technologies vertes du Sud, aidées par le Nord. Ici, Sud veut dire pauvre et Nord riche, ce qui était le cas dans les années 90 où le concept a été inventé, mais cela ne représente plus la réalité d'aujourd'hui. Du pain sur la planche pour que les gens de siences politiques pour réinventer des instruments plus proches de la réalité géopolitique actuelle.

Et maintenant quelques pas à l'extérieur - pour échapper au monde artificiel de la ville encapsulée. La chaleur me tombe physiquement sur les épaules. J'accuse le coup. Aucune idée de la vraie température (il faisait 33° au lever du soleil!), 40, 50°C? Seul souvenir semblable, la vallée de la Mort, en Californie.

La ville avec ses parcs, ses jardins, sa corniche de 8 km, ses larges trottoirs, ses belles pistes cyclables, n'est qu'un décors vide, une ville morte. Le minéral des immeubles et l'acier des voitures. Pas de passants, pas d'enfants, ni de cyclistes, ni d'animaux... Pourquoi, dans ces conditions, avoir choisi ce modèle de ville qui singe Paris, Washington ou Madrid? Il y a ailleurs des modèles de villes plus compactes avec des villes troglodytes, cachées et protégées des températures extérieures, comme Minneapolis, Montréal, Toronto.

Mon escapade pédestre, le vendredi quand je suis parti en voiture explorer la ville, n'a pas dépassé 20 minutes, promenade en bord de plage dont je suis sorti épuisé malgré le litre d'eau, la casquette et les verres solaires...

Les touristes, dans ces conditions, ont peu de chance de s'aventurer à l'extérieur. Ils devront passer du musée du Louvre au Guggenheim, à l'hôtel des Emirates - quand ils seront terminés, bien sûr. Bains de minuit seulement, en piscine réfrigérée de préférence, et pas en tenue de naissance, le pays ne le tolèrerait pas.
Le monument le plus fascinant d'Abu Dhabi est la mosquée du cheikh Zayed, une version moderne du Taj Mahal terminée en 1998, aussi esthétiquement ambitieuse et, presque, aussi réussie. Le marbre blanc de Carrare y est pour quelque chose, mais aussi les formes architecturales islamiques, les dômes et coupoles, les colonnades avec arcs outrepassés, les stucs finement sculptés, les céramiques, les calligraphies, les minarets, les tapis - le plus grand du monde venu d'Iran, 35 t, en une seule pièce...

Il sera fascinant de voir comment ce pays va négocier le pic pétrolier et l'après pétrole et comment il va réussir à maintenir son existence hors d'équilibre quand le milieu demandera avec exigence à être mieux respecté. Une ville arrachée au désert redonnera-t-elle une place aux modes de vies ancestraux des bédouins, qui eux étaient en équilibre respectueux de leur environnement ? Car les Bédouins, aujourd'hui, passent beaucoup de temps sur leur blackberry (bb) plutôt que dans le désert, ce sont des BBB, des blackberry Bédouins...

Un mot aussi n'a pas sa place ici, celui de démocratie. Il existe certes des libertés, mais je ne les ai pas comptées et ne sait donc pas si le compte est bon...

Envie d'y aller voir vous-mêmes?

L'habit blanc des hommes s'appelle la dishdasha, la coiffe, la guthra, et l'habit noir des femmes, l'abaya.

http://www.visitabudhabi.ae/fr/uae.facts.and.figures/culture.history.and.heritage/culture.lifestyle.and.traditions.aspx

mercredi 21 avril 2010

Recadrage

C'est assez lunaire ce qui se passe dans l'actualité.

D'un côté, un volcan islandais a paralysé le transport aérien pendant 5 jours. Pour des raisons pas très claires, en tout cas pas très bien expliquées par la presse, l'espace aérien européen a été complètement fermé. A quelques aéroports près, comme celui d'Auxerre, qui avait dû être oublié pendant quelques jours par les régulateurs - un préfet parti en vacances par exemple.

De l'autre, "tout le monde" s'interroge, comment est-ce possible, en 2010, avec toute notre technologie, etc. "Que fait donc le gouvernement", etc. encore. La radio et la télévision ont mis quelques temps à s'organiser pour proposer des clés de compréhension. Ils ont organisé tout de suite des émissions dédiées à cela, mais la clarté a mis plus de temps à se faire... D'abord on a parlé des Français les français expatriés - pour des vacances ? - qui ne peuvent pas rentrer en avion et "galèrent" au bout du monde. On ne sait d'ailleurs pas si ils sont 50.000 ou 150.000, un détail, les chiffres sont difficiles à gérer dans la communication classique. On se fiche pas mal aussi des non-français et on diffuse des micro-trottoirs où les gens sont vraiment choqués d'être perdu au bout du monde, de devoir payer des hôtels et des restaurants, et que personne ne leur explique rien... Ensuite on a convoqué des experts pour leur faire expliquer en un quart d'heure, une heure parfois, pourquoi et comment, à propos des volcans, de la météo, des avions, des réacteurs qui s'arrêtent – bloqués par de la poussière ou de la silice qui fond on ne sait pas trop, des risques pour la santé, des risques, des risques, que personne n'arrive semble-t-il à évaluer, à appréhender, à définir. Des gens plus sensés que d'autres se demandent d'ailleurs si la notion de risque a un sens dans ce cas ?

Des risques, des responsables, des gens qui les acceptent ou les refusent, selon ce qui les arrangent, un ministre - Kouchner, pas moins ! - qui déclare qu'on ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque. Et hop, on reparle du principe de précaution !

Cela fait suite à cet épisode sordide où une grande marée a piégé 50 personnes dans des maisons inondées en France - oui en France, au 21è siècle, etc. voir plus haut ! - et ils y sont morts. Court débat sur le risque, encore lui. Le gouvernement, qui doit résoudre tous les problèmes c'est bien connu, décide donc de rappeler les maisons construites là où il ne fallait pas, un peu comme

Toyota rappelle des voitures qui ne freinent pas. Et les propriétaires (une catégorie globale citée par la presse sans qu'on sache bien de qui il s'agit) de hurler au nom de leur liberté de construire là où ils veulent.

En gros tout le monde dit tout et n'importe quoi, du citoyen au ministre, avec la part du roi aux journalistes, si persuadés qu'ils doivent informer vite et tout le temps, qu'ils diffusent une pensée de moineaux à leurs auditeurs. Comparaison peut-être injuste pour les moineaux !

5 jours après, on commence tout juste à entendre que le volcan émet ses cendres par bouffées, donc pas de dispersion continue d'un panache, mais de petits nuages qui se succèdent, comme des bulles de fumée sortant de la bouche d'un drogué de la cigarette. Que la taille et la concentration des poussières varie, que celles qui voyagent loin sont microniques (1 µm ou 0,1 µm ???), qu'on n'a pas vraiment d'outils pour mesurer les concentrations de si petites particules - ce qui n'est pas exact dans l'absolu, beaucoup de labos sont équipés, mais cela demanderait sûrement pas mal de travail pour passer à une échelle convenable - le nuage ayant été dispersé sur toute l'Europe au nord des péninsules méditerranéennes. On nous a même montré une carte du nuage, ombré en concentrations, sur le IHT d'aujourd'hui...! C'est presque de la science !

Donc, la vérité, c'est qu'on ignore beaucoup de choses et qu'il faut un certain temps pour mobiliser ce que l'on sait, créer de nouvelles connaissances et transformer le tout en réactions, décisions, plan d'action. Dans le cas de l'épidémie de la vache folle, il a fallu 2 ou 3 ans pour reconstituer la chaine des causes, imaginer des parades et mettre en place des mesures qui ont effectivement fait disparaître le problème, sans que le tiers de la population britannique de meure de Kreuzfeld Jakob.

Le scandale n'est pas tant que l'on ne peut pas fabriquer des réponses à des questions très difficiles en quelques heures, mais que "les gens" pensent que c'est possible, que ce devrait être possible. Les gens, à nouveau, on ne sait pas trop qui c'est, car c'est le discours débilitant qui coule des radios en continu qui leur donne la parole. Je les soupçonne de répondre aux questions qu'on leur pose, pas de réfléchir devant un micro… D'ailleurs qui peut réfléchir sur l'étendue de ce qu'on ne sait pas en quelques secondes de prise de parole ?

L'autre scandale, c'est qu'on vit en flux tendu, comme Toyota. On part en vacances au bout du monde, 10.000 km, pendant 5 jours et 6 nuits, et tout est minuté pour revenir quelques heures avant la reprise du travail. Ou on va en réunion à Tokyo, pour 24 heures, avant une autre réunion à Paris et avant de remonter dans un avion pour le Brésil. Tout cela rythmé par la musique qui coule dans les écouteurs d'un iPod, les dizaines de méls qui tombent chaque jour… Si un avion manque, on prend le suivant, si deux avions manquent, si trois avions manquent, etc. , c'est un problème de logistique au niveau mondial, une espèce d'embouteillage comme ceux qui congestionne les autoroutes urbaines tous les soirs et tous les matins, mais mutatis mutandis.

Ce n'est d'ailleurs que l'écume des choses, les loisirs, car les objets qui voyagent aux quatre coins du monde ne le peuvent plus et d'autres chaînes logistiques se bloquent. L'instantanéité va de pair avec la mondialisation, qui va de pair avec le fait que les consommateurs ont pris l'habitude de payer le moins cher possible, ce qui se traduit par beaucoup de transports et de voyages, car les gradients de coûts de revient sont immenses dans le monde. Plus de transports aériens (aujourd'hui), ou plus de crédits (hier, la crise de 2008) et tout se bloque.

Les grosses machines, quand elles s'arrêtent, sont difficiles à redémarrer. Cela prend du temps, des années dans le cas de la crise.

Le scandale suivant est que les gens vers lesquels on se tourne pour "décider", "faire quelque chose", ne sont pas en capacité de le faire et n'en conviennent pas. Si je décide, alors que je ne sais pas, je suis dans une situation absurde. Mais Kouchner a-t-il reconnu qu'il était dans une situation absurde ? Les journalistes disent-ils qu'ils ne comprennent rien à ce qui se passe ? Les experts refusent-ils de répondre aux questions qu'on leur pose et insistent-ils pour les reformuler plus raisonnablement ? Non, non, non, et non !

Il y a quand même le fameux principe de précaution, qui dit que si on a le moindre doute, il faut tout arrêter. Un principe de droit international, qui n'en est d'ailleurs pas un, une logique qui permet de "communiquer" quand la bonne logique, l'honnête logique serait de dire qu'on ne sait pas. Le principe ne dit pas de tout arrêter, mais de s'abstenir. Si on s'abstient, dans nos systèmes si complexes, si tendus, si globaux, cela revient souvent à arrêter beaucoup de choses, donc à agir au-delà de ce qu'on comprend et qu'on veut réguler.

Le vrai principe de précaution, ce n'est pas d'agir à chaud, n'importe comment, c'est de se préparer à l'incident, d'anticiper avec des plans de prévention, des recherches conduites assez tôt, une culture du risque qui soit travaillée et acceptée. Les gens acceptent le risque quand ils montent sur leurs motos, quand ils mettent leurs gosses dans une voiture pour partir la nuit en vacances, quand ils construisent des immeubles de grande hauteur accrochés à des harnais (ou pas !), etc.

On n'est pas obligé de devenir des couards ou des froussards pusillanimes, incapables de gérer les problèmes, assez mineurs quand même, qui troublent la régularité et la célérité de notre fuite en avant! Il suffit de penser que nous autres, civilisations, sommes mortelles, comme les hommes et les femmes le sont. Et avant de mourir on tombe souvent malade et cela se traite la plupart du temps avant une issue fatale!

dimanche 14 février 2010

Identité nationale, mon débat à moi

A propos du débat sur l’identité nationale, lancée par le gouvernement et le Ministre Claude Besson.

Je n’aime pas bien être interpelé, en tant que citoyen, sur des sujets qui ont l’air sérieux mais qui sont manipulés par des hommes politiques plein de morgue et d'intentions partisanes. M. Besson ne me paraît un maître à penser suffisamment convaincant, par l’exemple qu’il donne et a donné, pour choisir les termes d’un débat qu’il entend imposer à la communauté nationale française… "Besson, le félon", comme disait le Canard quand il a rejoint l'UMP !

Mais on peut néanmoins reprendre les mots qu’il a assemblés et voir où ils peuvent mener dans une réflexion personnelle.

Identité, mon identité. Que suis-je ?

Je suis moi, unique, secret avec mes joies et mes peines, les raisons de l’investissement de mon temps, de mon énergie, de ma loyauté à des gens, des activités et des causes, de mes rêves et de ceux auxquels j’ai renoncés. Rien de très national là-dedans !

Je suis aussi un mari, un père, j’ai été un fils, je suis un homme de mon entreprise, je suis un chrétien. C’est mon jardin privé, je n’ai pas envie de parler de tout cela dans un débat public. Pas avec M. Besson en tout cas. Mais c’est certainement le cœur de mon identité. Dans ma vie professionnelle, je déclare à tout bout de champ, I am JPB from ArcelorMittal. Dans ma vie publique et familiale, je me définis comme le mari de ma femme, qui, elle, porte mon nom, échange.

Si je pense géographie et culture, que dis-je, vraiment, spontanément ?

Je suis le père de deux enfants, qui sont citoyens américains et français. C’est assez fascinant d’avoir engendré deux américains, moi le parisien, c’est beaucoup plus fort que la biologie, que le mélange des gènes !! C’est aussi un peu hors sujet, un peu dérisoire ? Non qu’il soit plus dérisoire d’être américain que d’être français, mais cela est une réalité d’une autre nature que le grand mystère de la perpétration de la vie, de l’espèce.

Je viens de me définir comme parisien, pourquoi n’ai-je pas dit creusois, comme cela m’arrive souvent de le faire, ou lorrain ? Je suis ces trois choses en même temps, je détiens ces trois passeports. Des passeports qui n’existent que dans ma tête d’ailleurs.

La Région me paraît une vraie source d’identification et d'identité. C’est à cette échelle que les relations sont humaines et simples. On y parle des vrais sujets qui font la vraie vie, on y partage des objectifs, des envies, des solidarités, des valeurs peut-être, si ce mot n’est pas trop galvaudé. On y échange de la gratuité. Il y a beaucoup de non-dit entre les différents acteurs, qui n’existent pas aussi fortement dans une entreprise, surtout si elle est mondiale, ni au niveau national où le pouvoir a été confisqué par des surdoués qui ont utilisé la démocratie pour le conquérir, mais pas pour la mettre en œuvre et m’y représenter à un niveau qui fasse sens pour moi ; surdoués, çà se discute, car l’intelligence n’est pas que le QI habituel. Besson en a certainement un trop plein, mais son intelligence émotionnelle est proche de l’autisme.

Je suis aussi européen. Je dirige un programme européen, un des plus gros qui existe en R&D de mon domaine d’expertise. On s’y rencontre, on y dialogue, on y travaille ensemble, on mange ensemble, on rit ensemble. Comme des européens, qu’on soit suédois, français, anglais écossais, autrichiens, hollandais, norvégiens, italiens, belges, grecs, finnois, allemands, espagnols… Efficace, intense, agréable dans l’effort et dans la qualité des échanges intellectuels. Avec beaucoup de respect mutuel.

We, in Europe, me suis-je entendu dire avec étonnement il y une trentaine d’année sur un podium en Corée et, depuis, c’est devenu pour moi une déclaration naturelle, réflexe.

Je suis aussi français.

Je parle français aussi bien que d’autres langues. J’aime parler français à Montréal, mais aussi à Londres, ce qui m’est arrivé il n’y a pas longtemps dans une réunion ds syndicats européens. Avec mes compatriotes, c’est en français que l’échange peut descendre au niveau de subtilité que les vrais échanges exigent, mais avec des Américains ou des Anglais c’est en Anglais que j’y parviens.

Je suis moins ce que j'ai été, que ce que je suis et que je construis, que je serai. Même à 62 ans, je suis en devenir et c'est cela mon identité, un flux, quelque chose qui n'existe pas encore complètement. Quad cela cessera d'être, je serai bon à ranger dans les bibiothèque, une nature morte bonne pour le cimetière.

Evidemment, je n'ai parlé que de mon identité, pas de l'identité nationale.

L'identité nationale existe-t-elle au-delà de celle que perçoit chacun d'entre nous ? Y-a-t-il une colline inspirée qui transcende les êtres et y concentre cette essence-là ? Probablement, j'en ai moi même parlé à satiété dans mes cours "d'interculturel", mais cette colline n'est pas seule, c'est une chaine de montagnes où les collines se juxtaposent. La colline française n'existe que parce que les autres collines existent, la chevauchent ou la dominent et parce que je parcours, nous parcourons tous toutes ces collines. Comment en isoler une seule ?

Et, au risque de me répéter, ce n'est pas tant le passé, la trace temporelle de ces collines dans l'histoire qui est importante, c'est celle que je vis et qui me sert de vaisseau sur le fleuve du temps, celui de l'histoire à venir, à construire...

Dans ce domaine, ce qui me parait le plus important, aujourd'hui et pour longtemps, c'est ma planète - ma vraie identité nationale. Mieux qu'une colline, non ? Une planète qui va emporter mes enfants, mes petits enfants, les générations futures comme disent les écolos désincarnés, vers un avenir que nous leur avons déjà en partie volé. La crise économique a une analogie physique et pas du tout virtuelle, dans laquelle l'humanité vit à crédit sur l'avenir, avec une empreinte planétaire plus grande que la planète et une année planétaire qui s'arrête en septembre, mois après lequel on vit de temps à venir.

Et, au lieu de s'y préparer, de prendre des mesures nécessaires et même complètement indispensables, on disserte pour savoir si une coquille dans le dernier rapport paru du GIEC* ne discrédite pas les 2000 autres pages.

Dans les années 50, aux Etats-Unis, on faisait faire aux enfants des écoles des exercices de survie, en cas d'attaque atomique: ils devaient apprendre à plonger sous leurs tables de classe et mon épouse, 50 ans après, le ressent encore comme un traumatisme, une angoisse profonde que l'état a enfoui dans l'inconscient de ses citoyens. Aujourd'hui, nous nous précipitons vers des catastrophes dont on n'a pas encore pris la mesure et on ne s'y prépare pas, même pas en apprenant à plonger sous les tables. Ce qui attend la planète entière, c'est le désastre qu'on a contemplé le coeur gros, mais les fesses bien au chaud dans les fauteuils de cuir de nos salons, en Haïti, si loin de nous.

Mon identité nationale, c'est Gaïa, et j'aimerais bien qu'elle garde une niche écologique pour les générations futures... celles des hommes bien sûr ! **

* la coquille sur la disparition des glaciers de l'Himalaya avant 2050... 3 pages de polémique sur ce sujet dans le Monde du 14 février, comme si ce journal équilibré avait eu son coup de folie et était entré dans le relativisme débridé, celui où tous les discours ont la même valeur, la même importance, la même charge de vérité !
** L’humanité disparaîtra, bon débarras… Yves Paccalet, Arthaud, 2006

mercredi 28 octobre 2009

Ecuador, je t'adore... up to a point!

First things first!

South America is not entirely in the Southern hemisphere! 7 countries out of 14 are actually fully or partially in the Northern one. The Earth, as a top, is heavy on its top, ;-) Paradise has a tropic, like a magnet, the North given to trees, and grass and animals - and man, and the South to the fish...

.../...

Time warp...

I am back where I was yesterday, at Quito airport, hoping that I will get out of that time wrap and excape back into my normal life. With one less day with Naomi and Melissa… Time is not money, time is love!

Beautiful day today in the middle of the world. Clear skies with pretty, white lamaish clouds. The Pachincha peak peeked at us for the first time this morning, abandonned by its scarf of fog. Dry, no snow, still too early to have it covered with that glorious white cap that is the symbol of Quito pictures.

This extra day in Ecuador gave me several opportunities for unvaluable experiences.

First I discovered how unhelpful and grouchy airline people can be when they really don’t care about their passengers. Avianca was the worst as they took revenge on the fact that I had separate tickets on Air France and their airline. They more or less told me to take care of my ass by mysell! From such a cute and pretty girl! I did, bugged the ILAFA people, who by now think I have a maledicition following me, and ended up at Air France’s offices on the 11th floor of a plush highrise, glassed business buidling. They issued me a new ticket but did not bother to give me a seat number!!

Then I went cruising around in the city on foot, with no money. Took grafiti pcitures, quite stylish with hands and feet doing some kind of dance. And arrived at the Archeological museum, that is carred for by the Central bank, why not? Hey, but how do visit a museum without money? Since so many people are panhnadling in the city - actaully not quite, theu sell things, food or small useful stuffs like pelehon cords, I just went to the desk and told then I did not have any money. Not necesseily credible, with my foreigner’s look (quote, unquote!), but anyway he understood my broken Spanish and asnwerred in perfect English that it wa sright, I could look at the museum.


What a treat! The most impressive was the section on the very many cultures that grew in Ecuador since the paleolithic (15000 BC?) and until the invaders came in and messed up everything, the Inca first in the 15th century and the Spanish (actually in the singular, as Pisar defeated the Inca army with just 12 soldiers!!!) only one century later. If you are familiar with Le Temple du Soleil, well you are aware of most of the artifacts produced by these coastal and mountain cultures. I can’t quote them all without my book, but one of them was called Las Vegas.

Mostly earthware, all kinds of pots with the design of animals or people. Sometimes men holding proudly they slightly oversized penis up to the sky, and rubbing!

The third experience was the gala dinner, one of these things that steel executives like to organize to recover from the light agenda of the meeting that they suffered through for a day and a half. Pretty good food, local wine (from a bit further south though, Chili or Argentina). And a show of dances and songs and music which was the pretext for not engaging in too much conversation with the strange people, nice enough though, who were sharing my table, one of 50!

Music was initially Andean, there are indeed Andean bands everywhere - and all the time, actually, in restaurants, hotels, etc, you’d think you are in the Paris Metro! But the most interesting were the dances, where they actually put up shows where death was more or less always present, and work (in the fields) and the rivalry between men to catch the women and the women dancing around in very formalized steps to raise sexual tension. Quite touching and very good taste, nothing raunchy or whatever, there. We were all rounded up in a tytransparent steel building from 1899 that was a kind of replica of the old Paris Food Market (les Halles). The building was on a hill overlooking the city, why showed for what it is, a huge saddle on which roads and houses extend on both sides of the mountians, vulcanos and far into the flat middle. Quite magic in the night!

Bits and scraps from a week's stay in Quito, invited for giving a keynote lecture at the ILAFA annual conference, which changes venue every year, from mexico to Argentina. I got a bit distracted by the clever robbery, which separated me from my camera, my medecines, and about 2000 € worth of stuff that you I carried around within even thinking of it. Took a while to rebuild my wealth, a bag, a coat, another camera, - a smaller one, and medecine. All time consuming although it truned out to be another way of seeing a far away country.

The cherry on the cake (the frosting on the cake?) was the helicopter crash that closed the airport on me and made me miss my flight back to France. 24 extra hours that I was given to "enjoy" more of Ecuador, a drop in the cosmic Ocean of time but a big piece of sand that got my schedule stuck and messed up, this stupid tight schedule that I maintain, God knows why...



samedi 10 octobre 2009

De profundis socialisti!

Je me demande si le parti socialiste ne vient pas de perdre un électeur de toujours. Moi, bien sûr ! Les déclarations de Vals et Hamond sur Mitterand dégagent des odeurs de défectation et de vomis, qui me confirmeraient que toute fréquentation du pouvoir conduit à une morale et une éthique trouble, voire absente.

Comme si le pouvoir, tel l'économie libérale, trouvait sa propre justification dans son exercice, sans référence à aucune règle lui imposant un cadre ou une contrainte. En économie, les théoriciens ont au moins le prétexte d'un théorème qui, avec beaucoup d'hypothèses tirées par les cheveux, "démontre" que le bien commun est au bout d'un libéralisme bien compris et bien débridé. En politique, le théorème semble être que pour prendre le pouvoir, tout est bon, y compris de marcher dans les fientes du front national pour lui courir après. Même si on est socialiste.

On a pris l'habitude, dans les entreprises, de ce cynisme machiavélique, accompagné de coups bas, de querelles des grandes directions qui ont l'oreille du patron-propriétaire et du mépris qui accompagne la petite domesticité, comme la R&D par exemple. Naviguer dans ce marigot devient un grand art, une danse chevaline de haute école en face de quoi la simple compétence, le renom ou le respect dont on peut jouir dans le monde qui existe encore, hélas, hors de l'entreprise, ne pèse pas plus qu'une chiure de mouche sur le cul d'une bimbo bronzant sur une plage (waooh, quelle image !).

Au PS donc, la chasse aux homos est ouverte. Tous ces mecs, qui doivent se payer des soirées fines après des séances de travail qui méritent la récompense du guerrier, crient à la honte sur un gars qui a utilisé des prostitué(e)s, confondent homosexualité et pédophilie et parlent de livres qu'ils n'ont jamais lus. D'ailleurs ont-ils lu beaucoup de livres, vu beaucoup de toiles ou de films en dehors des productions de Disney ?

Qui croient-ils attirer dans leurs rêts électoraux avec ces pratiques d'égoutiers, cette pensée de nettoyeurs de fosses à purin ? Ont-il seulement pensé à tous ceux qu'ils vont perdre ?

Y-a-t-il de chance de rénovation pour le parti socialiste, si elle est conduite par de tels praticiens de pensées tordues, fétides, du sophismes et d'immoralité intellectuelle ?

samedi 12 septembre 2009

Carbon tax...

On ne parle que de cela en France depuis un bon mois et personne n'y comprend rien. Les gens se bousculent néanmoins pour donner un avis et la plupart du temps il est négatif. On fait même des micro-trottoir dessus. Le plus amusant était une femme qui disait qu'elle en était au bio pour sauver la planète et qu'elle prendrait la question du carbone après.

Digression, c'est intéressant de parler du bio, car en général il ne répond pas aux critères classiques du développement durable, ce qui interpelle à la fois ceux qui font des produits agricoles bio et ceux qui définissent ce que c'est que le développement durable... Il y a pas mal de gens qui travaillent là-dessus en dehors des média, dieu merci, car çà demande une réflexion de fond et pas un débat, j'ai envie de dire, "à la con". La lumière en sortira peut-être.

Donc taxe carbone.

Vieille idée, que les industriels connaissent bien depuis 5 à 10 ans maintenant. Mais ce qui est nouveau c'est que le concept aussi dorénavant va s'appliquer aux citoyens, pris un par un.

Le fond du problème est de trouver des moyens simples et efficaces de réduire les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et de le faire vite et fort. On peut donc prêcher en mettant les acteurs devant leurs responsabilités et croire à leur réflexes éthiques, pour prendre les mesures adéquates qui relèvent d'eux, ou au contraire les obliger à agir, par exemple en touchant à leur porte monnaie.

Le porte monnaie des entreprises a été d'abord dans le collimateur selon le principe qu'il faut commencer par les gros émetteurs, parce que c'est plus facile, que çà se voit (utile pour un politicien qui doit se faire réélire, d'autant que les entreprises ne votent pas ) et que çà permet de résoudre d'un seul coup un gros morceau du problème. L'Union européenne, répondant au lobby des industriels, a ainsi proposé un système de marché de droits d'émissions dit cap and trade, dont le bilan est pour l'instant mitigé.

Certains industriels expliquent d'ailleurs que le système leur est défavorable... souvent les mêmes que ceux qui en ont profité en vendant les surplus de droits d'émission acquis gratuitement de la part des états. Toute une machine financière s'est organisée autour des marchés du carbone avec un flot de courtisans et de consultants de tout poil, mais une relation directe avec des baisses d'émissions clairement identifiées reste à démontrer malgré 4 ans de fonctionnement du système. La raison profonde en est probablement que le coût du carbone n'a jamais atteint des niveaux suffisants pour que des parades efficaces soient mises en place, ceci étant dû à une surabondance de l'offre de droits par rapport à la demande. La commission devrait faire gérer toute sa politique dans ce domaine par l'OPEP qui étranglerait les vannes de droits gratuits attribués sous forme de quotas !

Le marché des droits est actuellement à 14,5 €.

Les débats sont en fait plus complexes et les protagonistes pensent que le système devrait finalement prouver son efficacité. Les surplus systématiques sont en effet liés à des maladresses de mise en place et, plus récemment, à la crise économique. La Commission est donc déterminée à prolonger le système au moins jusqu'en 2020 et d'autres régions du monde vont vraisemblablement s'en inspirer. Les industriels, quant à eux, continuent à crier au loup qui les étrangle ou est sur le point de le faire !

Deuxième partie du dispositif, toucher les acteurs individuels. C'est la taxe carbone proposée par le Grenelle de l'environnement, celle qui est au coeur des débats actuels.

Le citoyen consommateur paie une taxe proportionnelle à ses émissions. Les détails sont un peu flous sur la façon de le faire, mais on peut penser que toute émission directe sera taxée, l'essence de sa voiture comme le fuel de son chauffage. Les émissions indirectes ne le seront pas par le consommateur final, mais le producteur qui en a été responsable aura payé la taxe et la fera passer à ses clients au travers des prix. Facile à faire, si les prix sont fixés localement, comme ceux de l'électricité, moins facile à faire s'il le sont ailleurs par un marché mondial, par exemple, comme ceux de l'acier, par décret ou par des situations de monopole, comme le prix du lait. Mais il y a l'artifice de la taxe aux frontières, un taxe de Pigou, pour mettre sur un plan d'égalité un marché isole avec taxe et un contexte international sans taxe.

Plus j'émets, plus je paie. Une version individualisée du principe du pollueur-payeur.

Un débat s'instaure d'ailleurs de savoir si la taxe individuelle ne devrait pas seule subsister par rapport à la taxe industrielle. Un peu comme si l'état basait toutes ses rentrées fiscales sur la TVA. Mais surtout comme si toutes les arbitrages étaient décidés par le consommateur final. J'ai un peu de mal à croire que cela puisse démontrer une vraie efficacité !

Voilà les éléments du dossier.

Donc, si on est convaincu que la menace primordiale c'est le changement climatique et qu'il faut le combattre par tout moyen disponible - et il serait suicidaire, inconséquent ou carrément pervers de prétendre le contraire, la taxe carbone doit être accueillie de façon positive, voire enthousiaste : enfin on s'adresse directement aux citoyens sur ces questions qui vont déterminer le quotidien de leurs enfants et de leurs petits enfants, qui feront la guerre et la paix au milieu du siècle, la vie et la mort d'une fraction importante de la population du globe !

Mais que voit-on ?

Un gouvernement qui minimise la question, qui ne la place pas dans son vrai contexte, qui explique que 14 ou 17€, ce n'est pas grand chose.

Une opposition qui s'insurge sur le fait que ce sont les plus défavorisés qui vont payer, comme si la menace du changement climatique n'était pas d'abord une menace pour eux !

De vrais et de faux écologistes qui discutent des moyens, de la mise en oeuvre, du timing de l'annonce, bref de la couleur de l'emballage.

Et des citoyens, pris en otage dans un débat qui n'a jamais eu lieu, qui déclarent que non, ils ne veulent pas de taxe. Moi non plus je ne veux pas vieillir, je ne veux pas mourir, je ne veux pas être malade, je ne vaux pas souffrir. Encore que...

J'ai vraiment honte de cette kermesse, de ce canular.

La presse pourrait évidemment faire un peu d'investigative reporting, en se mouillant un peu la chemise, et expliquer pourquoi les pays qui ont déjà une taxe de ce genre ont démontré des réductions d'émissions et, comment çà va fonctionner au niveau des réflexes individuels.

Pourquoi je vais arbitrer entre un service plus cher à cause de ses émissions par rapport à un qui sera moins cher. Comment les constructeurs de voitures vont mettre plus rapidement des voitures électriques sur le marché. Comment les gens vont s'intéresser de plus près à l'affichage carbone qui brusquement sera en liaison directe avec leur porte monnaie. Et comment, ils vont brusquement penser un peu à leurs descendants et, pourquoi pas, aussi à leurs vieux jours.

Donc, Sarkozy dans son universelle sagesse a donc décidé que la taxe vaudra 17€. Mais dans 5 ans, dans 10 ans combien vaudra-t-elle ? Mon petit doigt m'a dit que les économistes, dont certains sont mes collègues et mes amis, parlent de 400 à 600 € en 2050 ! Cà aussi on n'en parle pas beaucoup dans les discours politiques ou dans les média, mais le dire permet d'affirmer avec une certaine force qu'à ce niveau les effets seront immédiats, en fait rétroactifs !

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Je ne sais pas si cela mérite un paragraphe, mais les petits malins disent qu'on va être taxés sur notre respiration. C'est à la fois idiot comme remarque, car les émissions en question sont tout à fait négligeables par rapport aux émissions anthropiques, et pas complètement idiot dans la mesure où cela rappelle que les émissions anthropiques sont directement proportionnelles à la population.

samedi 5 septembre 2009

Madame la marquise...

L'été s'achève, repère essentiel dans le calendrier symbolique des Français.

Le monde redémarre avec la rentrée, rentrée des classes, des parents, du gouvernement - ne faut-il pas donner l'exemple - , de l'économie.

Comme si la formule 1 (ou 2 ?) de l'économie française s'était arrêtée au stand pour 3 mois et avait cessé de voir les autres voitures tourner pendant ce temps-là sur le circuit.

Les journaux de télévision on dégouliné de reportages au goût de sucreries factices sur les plages, les hôtels, les campings, les embouteillages, alors que les journaux plus sérieux parlaient de livres, de spectacles, de festivals, de culture. Le monde hors la France a (presque) disparu des médias et on pourrait penser que cette absence signifie qu'il est tombé lui aussi dans le gouffre des vacances.

En France, on voit vraiment la vie comme deux univers parallèles, la vie normale et les vacances, qui se séparent tous les étés et ont peine à se réemboiter ensuite. Mais qui vont à nouveau se dissocier chaque soir, chaque week end et pendant ces merveilleuses RTT, cadeaux de la fée des 35 heures.

Les journaux devraient d'ailleurs avoir des éditions normales et des éditions pour les RTT. Second Life descendue sur terre !

Pendant nos vacances donc, alors qu'on se ressourçait, à la façon de l'inconscient qui répare les traumatismes de la journée passée pendant le sommeil, l'économie s'est réparée. La crise s'est arrêtée. La chute a été freinée. La reprise se dessine.

Ouf, merci l'inconscient collectif de la planète, et merci aux Français pour ce long sommeil des vacances d'été qui a permis à ce processus de se dérouler en coulisse.

Auto-organisation, on appelle cela dans l'univers, tout aussi fantasmagorique, des nanotechnologies. Des processus automatiques qui gèrent les dossiers difficiles et réparent les dommages. Cà existe dans le vivant, résultat de millions d'années d'évolution, et les illusionnistes de la politique ou de la technologie (nano) nous le resservent comme un processus qui existe naturellement du fait du caractère vachement raisonnable et auto-régulateur de l'économie libérale ou comme une fonction qu'on va créer de toutes pièces et donner aux nano-objets en jouant à être dieu. Nos sommes des démiurges, pensent sans le dire ces physiciens du très petit, ces nano physiciens qui pensent grand !

Evidemment, ceux qui se découvrent chômeurs au retour de vacances, les PME qui n'arrivent plus à financer leur activité quotidienne, bien que les banques aillent mieux, ouf, merci pour elles, ne voient pas bien en quoi cette vision de sortie de crise s'applique à leur vie à eux, à leur vraie vie !

Bon, le CAC est remonté à 3700 points. Air France et ArcelorMittal ont gagné environ 6% hier. Que demander de plus ? Sarkozy va venir en Lorraine avant le fin du mois. Le bonheur !