samedi 28 avril 2012

Vive la croissance phallique !


Le Monde vient de produire un édito (journal en date du 27/04/2012) pour réclamer que Paris ose se doter de gratte-ciels, comme l'ont fait la plupart des grandes villes du monde... sauf un assez grand nombre de vieilles villes européennes. Si les urbanistes parisiens du passé n'avaient pas laissé la ville changer au cours de sa longue histoire, elle n'aurait ni sa richesse, ni son charme actuels. Il y a bien une exception en région parisienne, le quartier de la Défense, hérissé de gratte-ciels, dont les plus anciens, vieux de 30 ans, ont déjà été démolis et reconstruits dans des styles plus récents; c'est le quartier d'affaires le plus important d'Europe, en m2 disponibles. Montréal ou Toronto ont laissé la ville croitre vers le ciel, à la manière des cathédrales, mais les plus créatives des villes du monde qui ont osé cela sont Chicago (Michigan Avenue), New York et Beijing (Rue Chang'an).

Le cri citoyen du journal relève de plusieurs logiques : la première est qu'une ville est une structure vivante et qu'elle doit changer, par apoptose, par remplacement des anciennes cellules  et par croissance de nouvelles, une métaphore de la ville comme structure biologique vivante, qui exprime que ce qui ne change pas se nécrose ou se fossilise.  Il faut aussi tenir compte de la croissance de la population urbaine et éviter que le déficit de logements et de bureaux ne crée des bulles foncières de nature spéculative. 

Ces questions ne concernent pas que les grandes villes. Les petites villes de "province", comme on dit à Paris, doivent affronter les mêmes soucis et en outre gérer la question de l'étalement urbain, une espèce de mélanome qui se propage en mode banlieue ou rurbain loin des villes, avec ces métastases que sont les réseaux d'autoroutes.  La messe est dite autour de Paris et des mégalopoles, on peut peut-être éviter que les villes moyennes échappent à la pandémie ? Dans mon village dont la superficie ne dépasse pas 2 km2, sont concentrés pas moins de deux autoroutes, deux méga-échangeurs et une route à quatre voix en projet, soit une surface au sol du quart de la superficie de la commune !  Et une ville quasiment continue existe aujourd'hui, de Luxembourg à Épinal, le sillon lorrain (http://www.sillonlorrain.org/), une construction organique, naturelle, spontanée, liée à la géographie des vallées de la Meurthe et de la Moselle, qui cherche comment donner une structure administrative opérationnelle à cet ensemble à cheval sur deux pays, trois départements français et une région hexagonale, la Lorraine.

Les immeubles de grande hauteur, à Metz, Nancy, et pourquoi pas à Thionville et Epinal, seraient une solution à ces questions.

Cela parait incongru aujourd'hui avec des règles d'architecture qui imposent de ne pas dépasser le hauteur de la cathédrale à Metz - preuve d'ailleurs qu'au Moyen Age on n'avait cure de rester au ras des toits. On n'avait pas de règle semblable à New York (Saint Patrick) ou à Montréal (Église Saint James). Je ne propose pas d'enfermer Saint Étienne au fond d'un puits de très grands gratte-ciels, mais de choisir où ériger des quartiers de crayons dressés vers le ciel. Aller voir à Luxembourg comment ils y ont transformé le plateau du Kirchberg, à l'une des extrémités du sillon lorrain. Il faudrait aussi en profiter pour arrêter l'étalement urbain et laisser les habitants des villages lointains revenir vers des centres.  Cela demandera de l'imagination des dessineurs de villes, mais de beaucoup d'autres acteurs de la vie publique : faire en sorte que les gradients de prix, peut-être un prix élaboré comme un coût d'usage, redeviennent centripètes, cesser de bétonner les abords des centres pour que les rurbains puissent y "commuter", construire des systèmes de transports en commun qui ne s'arrêtent pas à la frontière des ensembles administratifs (comme le Mettis et la Communauté urbaine de Metz), imaginer des voies cyclables qui servent à aller travailler au quotidien, pas seulement à se promener le dimanche dans des zones bucoliques, et en décidant de leur donner la primauté par rapport aux voitures. 

Les immeubles eux-mêmes peuvent être des lieux de vie nouveaux.  Le Corbusier et ses Cités Radieuses a déjà exploré certaines de ces possibilités : dans celui de Marseille (la maison du fada), on trouve des écoles, un hôtel, un excellent restaurant et des boutiques, répartis à différents étages et pas simplement dans la rue.  Quoi de plus rassurant pour des parents que d'envoyer les enfants à l'école dans l'immeuble au 42è étage, sans rue à traverser, ni feu rouge à respecter.  Le samedi, les israélites peuvent aller au Temple au 40è étage. Les catholiques auraient la messe le dimanche dans l'église du toit de l'immeuble et les musulmans iraient à la prière dans la mosquée du 7è - on pourrait aussi penser à des lieux de culte multiconfessionnels, comme ceux de Bethléem ou des aéroports parisiens.  Les boites de nuits seraient proches des passerelles reliant les immeubles entre eux, de façon à assurer un pool de gènes suffisamment large aux générations futures, etc.  En revenant à la maison de ces lieux publics, on passerait à la boutique des fermes urbaines pour y faire son marché quotidien de fruits et de légumes, etc. Et la maison n'aura pas de raison d'être un simple appartement genre HLM, car là aussi l'imagination devrait être la règle, comme dans les cités radieuses ou les duplex sont la règle.

Les gratte-ciels donc, mais aussi une vision d'un lieu de vie global, régional, citial, où l'on puisse vivre, travailler, s'amuser, se cultiver, apprendre, faire des bêtises, dans un espace à trois dimensions permettant aussi de bouger (un terme qui pourrait remplacer celui de mobilité, un peu usé, éculé, trop approprié par des lobbys). 

Il faudrait aussi penser à la biodiversité, qui fait les frais aujourd'hui de l'étalement urbain. Ces villes nouvelles seraient traversées de couloirs verts et bleus, qui assureraient la connectivité d'un espace réservé aux écosystèmes naturels. 

Ce serait une grande révolution, une rupture de paradigme, car, aujourd'hui, c'est la ville qui revendique ce tissu continu et le réalise, sans y penser.

dimanche 22 avril 2012

La campagne (électorale) bat la campagne...


Première journée de vote en France à la présidentielle. Les éditorialistes s'accordent à dire que la campagne a été d'un mauvais niveau, ce que the Economist résume en disant qu'elle a été futile, car personne n'a osé évoquer l'amertume de la potion de rigueur que les Français vont devoir très vite avaler en se pinçant le nez.

Je suis assez d'accord sur le fait que la campagne n'a pas parlé des choses essentielles, mais pas du tout avec la liste de ces essentiels qu'en fait la presse !

Qu'est-ce qui est important pour l'avenir et qui devrait donc figurer au coeur d'une campagne électorale ?

Globalement, ce sont les transformations que le monde, c'est à dire la planète, biosphère et anthroposphère incluses, vont vivre au XXIè siècle.  Les enfants qui naissent en ce moment vont vivre tout cela dans leur vie qui devrait être longue (mais cela aussi est une question qui peut être remise en cause !) : le long terme c'est tout de suite ou demain à l'échelle de leur existence à eux !  Les générations futures sont déjà nées !!

Commençons par le changement climatique. Ses conséquences sont de plus en plus précisément identifiées et décrites et, si un reproche est à faire aux scientifiques du climat, c'est que leurs modèles "prédisent" des évolutions qui ne sont pas aussi rapides que ce qu'on commence à observer de façon très quantitative : en soi, c'est une question majeure, dont les scientifiques en question parlent peu.  Les politiques et l'opinion publique, par contre, ont l'air d'avoir oublié ces questions ou d'en avoir repoussé tout examen sérieux dans un avenir toujours plus lointain.  Je me noie, doucement, mais je n'apprends pas à nager. On laisse la parole aux professionnels du déni.  On accepte les bouleversements qui se préparent, voire sont déjà là, avec seulement les assurances et les défenses nationales mobilisées pour préparer les ripostes ou les plans de contingence !

Viennent ensuite les questions liées à la population.  La croissance démographique bien sûr, et les 3 ou 4 milliards d'habitants qui restent à ajouter à la population actuelle avant son pic final : avec le stress sur la nourriture, l'eau, la biodiversité, la pollution, les émissions de GES, etc. toute une série de problèmes immenses qui devraient occuper la politique internationale, actuellement encombrée par les séquelles de ces stupides guerres d'Afghanistan et d'Irak ou de répression encore plus stupide en Syrie !  Et l'urbanisation, la moitié de la population mondiale viavant aujourd'hui dans les villes, ce qui n'est qu'un début : champ immense pour les questions d'habitat, de transport, de préservation de la biodiversité dans un espace où les villes prennent tant de place (les couloirs verts et bleux, par exemple !).

Mais au-delà de ces questions d'explosion démographique, il faut déjà penser à la suite, le vieillissement de la population qui suivra avec un décalage de 50-60 ans. Un phénomène qui a déjà atteint le Japon et l'Allemagne (c'est pour cela, en particulier, que ce pays affiche par exemple des taux de chomage bas). Tous les pays émergents vont le rencontrer, la Chine par exemple va passer son pic de population un peu avant 2020, c'est-à-dire demain. S'ils n'ont pas trouvé la voie de la richesse et du bonheur (well being) d'ici dix à vingt ans, ces pays émergents vont replonger dans une misère généralisée. Et c'est sans parler des questions "mineures" comme la financement des retraites par répartition, qui semble tellement préocuper les français ! La question essentielle donc est celle de cette transition démographique de deuxième espèce qui s'amorce et qui conduit au delà du pic de population, vers quoi d'ailleurs ? Même cela est problématique, faute d'être suffisamment examiné et débattu.

On doit aussi penser à la pauvreté.  Elle diminue certes de façon spectaculaire dans le monde, au point que l'objectif du millenium dans ce domaine a été atteint 5 ans avant la date-buttoir, mais le nombre de pauvres sur la planète reste scandaleusement élevé.  Et il y a un risque évident d'un pic de bien être qui précèderait le pic de population, donc d'un retour en masse au niveau mondial de la pauvreté, de la faim et de la guerre. 

La pauvreté reprend aussi des "parts de marché" dans les pays riches. Il y a 8 millions de pauvres en Farnce, soit 1/8ème de la population ! On n'a pas beaucoup parlé d'eux non plus au cours de cette campagne électorale, car peu parlent pour eux et leurs voix sont peu convoitées, car ils ne votent pas beaucoup. On rejoint la question de la création de richesse par l'économie et le fait que la redistribution marche mal, car elle n'est ni équitable, ni fraternelle ni charitable quand la croissance est anémique. 

On parle aussi assez peu de l'inflation par les prix qui est communiquée par les pays riches aux moins riches (les pays récemment rentrés dans l'UE, par exemple, les émergents) et aux plus pauvres (pas encore en développement ou les pauvres des émergents).  Par contre, on parle beaucoup, à gauche comme à droite, du dumping de mauvaises conditions de travail par les pays émergents. Pourtant, l'un va de pair avec l'autre !!!

Enfin, il y a la question de l'école. Là aussi il ya une grande différence entre les émergents où le lettrisme est majoritaire (e.g. la Chine, Cuba) et ceux où l'illestrisme est encore la règle (e.g. l'Inde, les pays musulmans pauvres, etc.).  Même dans les pays riches, l'illetrisme ou l'anaphabétisme gagne du terrain, avec ces enfants scolarisés qui ne maîtrisent pas la lecture, en France par exemple.  Illetrisme va de pair avec pauvreté, subordination des femmes et refus de leur laisser maîtriser leur fertilité; on reboucle ainsi sur les questions de démographie, etc.

Au niveau international, c'est-à-dire à celui où nous fonctionnons tous, volens nolens, on trouve, vue de la France, la question de l'Europe. Comment peut-on être français, je veux dire seulement français et pas européen, encore que cette catégorie soit un peu étroite, même si elle donne un peu plus d'espace pour éxister ? L'Europe comme support à un rêve capable de créer de la croissance et un peu de rirchesse à distribuer à tous, tout en préservant, pour l'humanité, la richesse culturelle de ce qui y a été produit dans le passé.  Une Europe vivante et pas seulement un musée...

On peut aussi regretter que les religions communiquent essentiellement en dehors de ces thèmes majeurs.

Les chrétiens conservateurs, si vocaux aus Etats Unis, parlent encore d'interdire l'avortement ou la maîtrise des naissances : c'est une pratique qui remonte à l'époque où la mortalité infantile mettait en danger la survie de l'espèce humaine, au néolithique, quand les maladies des animaux nouvellement domestiqués passaient la barrière des espèces.  Donc une pratique qui relève d'une réalité qui était d'actualité il y  a 5 à 8,000 ans !!!

Les musulmans intégristes servent de portes paroles à des minorités ultra-conservatrices qui parlent d'un monde lui aussi largement révolu.

Au-delà de tout cela on pourrait parler d'économie, de la crise et de la façon de la conjurer (sûrement PAS en avalant plus de rigueur !!!), mais pas du permis de conduire !!! Au secours.   De l'internalisation des externalités dans l'économie, du chiffrage des services écosystémiques, etc.

Il y a aussi le monde des utopies technologiques, comme l'ascenseur spatial, la production d'électrité par fusion nucléaire, la mort et la viellesse reculées indéfiniment, etc. Mais attention à ne pas confondre pôlitique et science fiction !

On pourrait aussi parler de culture, de littérature, d'art, de philosophie et de sciences subtiles, et même de sciences dures.  Et du statut de cette connaissance par rapport à la prise de parole immédiate et déferlante des médias modernes et des réseaux dits sociaux.



dimanche 25 mars 2012

Ai-je manqué la marche post moderne ?

J'ai envie d'arrêter,  de passer la main, de jeter l'éponge. Je ne sais plus faire, le monde que je vois et celui auquel j'aspire ne coïncident pas, ce n'est qui n'est pas nouveau, mas je ne comprends plus comment œuvrer à mon niveau pour faire changer les choses. Je suis vieux, empli de valeurs et de certitudes qui ne fonctionnent plus, je suis un homme du 20è siècle et ce siècle est fini - avec, d'ailleurs, un bilan assez mitigé !

D'un côté, il y a le monde, la planète, qui va bien et qui va mal.

Elle va bien la planète, car il n'y a jamais eu autant de création de richesse dans le monde, ce qui se traduit par  un nombre inégalé, historiquement, de gens qui sortent de la pauvreté, par la réussite d'un grand objectif du millénaire, cinq ans avant l'heure, de passer la barre des gens très pauvres en dessous de 1,5 milliards d'individus.  Le peuple de la terre est optimiste et vit l'avenir de façon positive, c'est-à-dire avec des opportunités pour les gens et leurs enfants.  Exception notable, au moins pour les gens comme moi, l'Europe, pessimiste en diable, et la France, qui se singularise encore plus dans ce registre de sinistrose.

Elle va mal aussi la planète, car le changement climatique (CC) s'accélère et ses conséquences deviennent visibles au jour le jour par tous ceux qui analysent le le fonctionnement d'un morceau de l'écosystème. Les modèles, de plus en plus complexes, sont en retard sur les mesures et il semble que leur principal défaut est qu'ils sous-estiment ce qui se passe vraiment : des éléments clés de cette accélération ne sont pas compris, ni pris en compte, ni évalués correctement! Les excès du temps (phénomènes météo majeurs) rentrent petit à petit dans le rang de ce qui es dû au CC, mais on recommence aussi à parler de montée des océans de 20 à 60 m (pas cm !!) et l'année 2011, qui aurait dû être modérée en termes de réchauffement à cause du coup de rafraichissement dû à un épisode El Niña musclé, bat à nouveau des records historiques.

Elle va mal aussi la planète, car l’urbanisation galopante (50% aujourd'hui, 90% en 2050) tend les réserves en eau au-delà du possible et efface la biodiversité de façon drastique.

Dernier soucis majeur, la population va passer par un pic, dans la seconde moitié du siècle, et cela va se traduire par des pyramides des âges où les vieux seront majoritaires - problèmes quasi insurmontables à gérer dans beaucoup de pays.

Il y a là des défis qui collent mal avec le pessimisme des européens, parce qu'ils reflète d'autres préoccupations (l'emploi, le pouvoir d'achat, la paupérisation de la classe moyenne, qui s'étiole), mais pas non plus avec l'optimisme des pays émergents.

Le problème n'est donc pas de réagir de façon subjective à la situation, mas de l'analyser convenablement pour la prendre en compte. On n'a pas besoin d'une démocratie subjective, comme dirait Salmont, mais d'une pensée plus dure, plus préoccupée d'action.  C'est au moins ce que je pense...

Or je ne vois rien de tout cela dans les analyses politiques des candidats à la présidentielle française. Signe que la France vit dans une bulle qui a quitté depuis longtemps l'univers du réel pour fonctionner dans un fantasme collectif et ethnocentrique.  L'Europe ne s'en tire guère mieux, et je ne donnerais qu'un bénéfice du doute aux US dont le pragmatisme compense en partie les dérives nationalistes et les pesanteurs idéologiques. Incidemment, qui parle vraiment d'Europe (ou du Monde) dans la même campagne présidentielle ?

Voir loin, dans l'espace, au moins ma planète, et dans le temps, l'avenir qui sera le vécu de mes petits enfants, semble être une préoccupation dépassée. L'instant et le lieu présents, dans leur fureur vibrionnante, ont effacé le plus lointain.

Ce qui semble important c'est de suivre heure par heure comment les corps d'élite de a police d'un grand état va éliminer un schizophrène criminel auto-proclamé terroriste, puis de commenter ad nauseam les actions des uns et des autres : une déconstruction en temps réel du réel, comme dirait ma femme, une irruption du post-modernisme dans l'instant, qui le fige et le détruit et le freine, dévalorisant tout tentative d'action et de mise en perspective politique. Le présent vibrionnant et déconstruit avec cette même frénésie de l'instant : une mise en abime permanente, une plongée dans les dimensions supplémentaires et circulaires du temps, dont parlent, peut-être, les physiciens.

Où cela conduit-il ? Cela conduit-il quelque part ? Y-a-t-il une vertu à voyager dans un avion sans pilote ?

Sincèrement, je voudrais le croire, mais j'ai de plus en plus de mal à le faire !



lundi 20 février 2012

Se déplacer en ville...

Il y a les villes qui ont redécouvert le tram, version moderne du tramway, et ainsi capitalisé sur une image de modernité, portée par des municipalités de gauche, souvent dotées d'alliés verts : Grenoble, Montpellier, Nantes. Il y a celles qui se sont construit un métro, autre grande innovation moderne (le premier métro, celui de Londres, à été construit à partir de 1863).

Et celles qui avaient manqué le train du tram et le coche du métro, car étaient trop petites et pas assez riches pour se les payer. Comme Metz, par exemple, qui est maintenant en train de construire le Mettis, un tram réputé par trop cher, qui est en même temps un clin d’œil à l'histoire locale d'il y a deux milles ans.

C'est intéressant de lire la communication autour de Mettis : claire, didactique, positive, donc de la propagande "bien" faite.

La CA2M, la régie municipale de transport en commun, constate que sa fréquentation chute de 2% par an, ce qui va mécaniquement conduire à la thrombose, un blocage des transports routiers irrémédiable et irréversible. Et elle propose donc une solution innovante à ce problème, qui porte des noms compliqués, TCSP (Transport en Commun en Site Propre), BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), histoire sans doute d'insister sur la créativité et la compétence technique en matière d'urbanisme de la communauté de communes, Metz Métropole, qui pilote le dossier et va le financer pour environ 120 millions d'euros et deux ans de travaux pour poser les rails virtuels de ce système sans rails.

Le dossier fourmille sans aucun doute de bonnes idées, comme la fréquence de 3 minutes des véhicules, à la manière d'un vrai métro comme à Paris, les stations dédiées où on peut acheter des tickets, la régularité annoncée de métronome du service,  les parkings en périphérie, pour amorcer une intermodalité des transports de personnes, etc.

Jusque là, tout va bien, puisque les élus résolvent les problèmes que la précédente majorité à laissé pourrir, ou n'a pas résolu assez vite. On y trouve un benchmark sérieux par rapport aux villes qui ont plus d'expérience et on choisit des solutions de deuxième génération, donc optimisées, ce qui permet de dépenser moins et de transformer son retard en avantage. Etc.

Pourtant, le dossier ne parle pas de la ville, de son agglomération, du sillon mosellan, des communes dortoirs, du réseau de transport multimodal et de leur concurrence ou de leur complémentarité, il ne parle que de à CA2M.

Il ne parle pas des lois urbaines comme la conjecture de Zahavi (elle dit que les déplacements quotidiens s'organisent pour minimiser un budget temps à moins d'une heure dans chaque sens) et de la façon dont les usagers y adaptent leurs déplacements quotidiens, tandis que tous les acteurs du moyen terme adaptent les systèmes de transports et les zones urbanisées à cette demande, volens nolens, et surtout sans vraiment le savoir, ni l'analyser.

Par exemple, en quoi le Mettis va-t-il éviter la thrombose ou l'amplifier ? Résoudre la question de l’étalement urbain ? Réduire l'empreinte carbone de l'agglomération ou du sillon mosellan ? On n'en parle point ! Ni avant, pour chercher une solution globale au problème, ni après, pour voir si la solution exhibée pour d'autres raisons répond au moins en partie à ces grands objectifs.

Il y a là comme une question de méthode, de technologie de la gouvernance. Cela ressemble à de l'activisme ordinaire, avant tout réactif et basé sur une vision conservatrice du monde, l'avenir sera à l'image du passé, il suffit d'aller y chercher les meilleures solutions, toutes faites, "out there".

Où est le modèle de l'agglomération, du sillon, qui simule zones construites et transport ? Par exemple à partir de simulations à agents libres ou d'autre chose ? À l'aide, les chercheurs de la ville...!

Et surtout où est cette vision à long terme, qui fait que les villes qui sont fortes et ont du succès ont développé des modèles durables, qui se perpétuent  sur de très longues périodes, des siècles en fait. Voir Paris et Rome ou Chicago et New York.

Les villes chinoises ont été construites autour de concepts développés aux USA dans l'immédiat après guerre et elles ont pris leur essor plus de 60 ans après. Il me semble qu'il s'agit là d'un véritable anachronisme et, de fait, d'une erreur de politique majeure !

dimanche 29 janvier 2012

La société du risque

L'un des débats que les écologistes ont voulu mettre en avant dans la campagne électorale en cours en France est celui du nucléaire, posé en terme assez fermés : faut-il sortir du nucléaire ?

Tout responsable politique est interpellé sur cette question et prié d'y répondre. Je laisse de côté le fait qu'une réponse positive est l'attente des mêmes écologistes et qu'ils ne se gênent pas de dire, assez péremptoirement, que c'est une réponse qui va de soi.

Toutes les réponses évidentes me gênent. Tous ceux qui veulent me convaincre qu'il en est ainsi, sans qu'il soit besoin d'y réfléchir ni d'argumenter, me soumettent à un bizutage, à une forme de harcèlement.

Quand on pense écologie, on pense nature, naturel, écosystèmes. Est-ce que la nature est un univers sans risque, où le risque est évité par le fonctionnement même du monde dans lequel nous vivons, encore pour quelque temps ;-), immergés ? Non, je ne crois pas. La nature est pleine de bruit et de fureur, de catastrophes qu'on dit naturelles, d'orages, de pluies diluviennes, de typhons, de tornades, de crues, de raz de marée, de bombardements de rayons  ionisants et de particules venues de l'espace, de tremblements de terre et de bombardements par des astéroïdes.  Sans parler du big bang ou de son origine !

La nature, c'est-à-dire le vivant, s'est adapté à tout cela, ce qui veut dire qu'il l'a intégré dans son fonctionnement même, pour y survivre et se construire ou se reconstruire en s'appuyant sur ces évènements. Que serait un forêt sans incendies de forêt, l’agriculture sur les pentes des volcans sas les éruptions passées, les mammifères sans la météorites qui a détruit les dinosaures ?  Que serait notre société si les vieux ne mourraient pas pour laisser la place à leurs enfants et leurs petits enfants ?

Donc, le risque et le danger font partie de la nature.  La nature n'existe que parce qu'elle se renouvelle, régulièrement et violemment. Ce n'est donc pas de ce côté-là qu'il faut chercher les évidences contre le nucléaire que mettent en avant les écologistes.

C'est la société donc, en tant que construite contre la nature, qui demanderait d'être protégée du risque.

Mais la société est-elle douce à ses concitoyens ? Nul ne doute qu'elle doivent les protéger, mais doit-elle le faire de façon passive ou active ? Doit-elle le faire avec douceur ? Doit-elle le faire toujours et avec la même intensité ?

Tous les parents savent qu'ils ne peuvent pas tout apprendre à leur enfants et que tomber en apprenant à faire du vélo est la meilleure façon d'acquérir cette compétence. Si ils sont trop proches d'eux, trop longtemps, ils les étouffent ou déclenchent des réactions de rejet.

Faire vivre et progresser une société, c'est largement plus complexe que d'élever des enfants. C'est en particulier faire des choix, voulus ou pas par les dirigeants, et donc gérer des tensions et des contradictions. Les crises sociales ou la guerre sont celles dont nous avons le plus conscience aujourd'hui dans nos pays riches, mais, tout au long de l'histoire, on était confronté à des évènements d'encore plus grande échelle, comme des famines, des extinctions de populations, une pauvreté omniprésente. 

(à suivre, mais plus le temps de continuer maintenant).

samedi 19 novembre 2011

Les subprimes et Mittal...

Les subprimes, c'est un histoire d'emballement de la bourse pour des prêts accordés à des gens qui n'avaient pas les moyens de les rembourser pour acquérir des biens immobiliers. Une tromperie non pas sur la marchandise, mais sur la capacité de la payer, avec l'illusion que la valeur du bien garantissait emprunteurs et prêteurs de tout défaut. Ca a fonctionné tant que le prix de l'immobilier s'est gonflé avec une bulle qui a accompagné celle des prêts, se renforçant l'une l'autre dans un effet Larsen.

Dans la sidérurgie, on a assisté au même phénomène, en 2006, quand l'économie s'est envolée, en particulier la demande d'acier, que les mineurs n'ont pas pu suivre et donc que les prix ont explosé, minerai, coke (de 80 à 500 €/t) mais aussi acier.

La famille Mittal, à l'affût d'investissements pour alimenter sa croissance externe, a lancé sa célèbre OPA sur Arcelor, que les investisseurs éparpillés ont accepté, les analystes expliquant que la prime à l'achat était avantageuse (26,9 G€ à 40,37€/action).

L'affaire conclue, les prix ont continué à flamber et le cours de l'action d'ArcelorMittal (AM) a suivi, remboursant ainsi largement le prix d'achat d'Arcelor. Les autres sidérurgistes ont été emportés vers le haut dans cette bulle et la profession entière s'est dopée à l'optimisme, pendant qu'on admirait la finesse d'analyse de Mittal, qui avait vu cette évolution avant les autres et en avait profité pour doubler la taille de sa maison - c'est ainsi en tout cas que l'histoire a été racontée.

Evidemment, la bulle n'était pas identifiée comme telle à cette époque, où l'on parlait de retour de l'industrie de l'acier à sa vraie valeur, etc. (violons), un discours d'autant plus facile à croire que la sous-évaluation des actifs de l'industrie est une constante mal ressentie par les industriels. Riche de l'explosion de sa valeur patrimoniale, ArcelorMittal a poursuivi sa croissance boulimique, avec cette vision prophétique qu'il était urgent de se préserver des à-coups des marchés de matières premières en s'intégrant vers l'amont et donc en enfilant les habits de mineur. L'histoire est remplie de professions qui ont émigré loin de leur coeur de métier et ont réussi ce pari, LOL ! Les achats ont été réalisés à coups d'emprunts que les banques octroyaient bien volontiers à une entreprise, riche, visionnaire et si bien gérée. Garanties sur la valeur de la société.

Arrive la crise de 2008. Le groupe AM fait preuve d'habileté, puisqu'il réussit à maintenir sa rentabilité tout en réduisant sa production de 50% - ce que font aussi les concurrents. Et il continue à acheter mines de fer et de charbon et à lancer leur mise en exploitation à des coûts fantastiques.

Une courte pause est nécessaire pour indiquer en quoi les métiers de sidérurgistes et de mineurs sont différents :
  • dans le premier cas, une gestion à court terme est nécessaire, pour adapter la demande à l'offre.  La crise de 2008 a montré que la marge de manoeuvre était beaucoup plus large qu'on ne l'avait pensé par le passé. On est donc dans ce métier sur une temporalité courte, même si la gestion des investissements exige une vision à plus long  terme - mais on n'investit pas beaucoup dans la maison AM hors croissance externe. 
  • dans le second cas, il faut une temporalité beaucoup plus longue, pour identifier, acheter et mettre en exploitation de nouvelles mines (une dizaine d'années), puis pour en gérer la production.  
La complémentarité de ces deux temporalités n'est pas évidente, comme le désengagement de Rio Tinto de ALCAN vient de la mettre en évidence une fois de plus. Parenthèse fermée.

La bourse et ses analyses, qui voient les marchés de l'acier croître moins vite que par le passé - en tout cas ceux où AM est implanté - croient de moins en moins à la santé future du groupe et le prix de l'action baisse de 62 (62,89 € le 23/06/2008) à 13 € (13.075 € le 19/11/2011) ce qui met la valeur du groupe et ses 1,5 milliards d'actions à 19,5 G€, soit les deux tiers de ce qui a été payé pour racheter Arcelor, qui n'en constitue qu'une petite moitié).

A ce point de l'histoire, le scénario ressemble diablement à celui des subprimes. On a emprunté beaucoup d'argent, gagé sur le prix d'une entreprise qui vaut aujourd'hui 5 fois moins cher.

Alors, que nous réserve l'avenir ?

Les analystes financiers annoncent encore une prévision de cours de 60€/action pour AM : l'économie va passer le gros ralentisseur qui est sur la route et se remettre à rupiner semblent-ils dire.

Ailleurs, c'est la cacophonie, où on mélange tout. Côté Krugman, pour qui j'ai un faible, la crise de 2008 ne nous a jamais quittés et on n'en sortira pas sans une relance 3 ou 4 fois plus forte que celle de 2009. De l'autre côté, les moralistes, qui assimilent l'économie à un monde biblique, comme les républicains US ou les Chrétiens démocrates allemands, pensent que la vertu et l'effort sont nécessaires le plus vite et le plus dur possible. Evidemment, à force de saigner le malade, il va finir exsangue et cela peut très vite conduire au comas irréversible.

Que va-t-il arriver à AM pris dans ce maelström ?

Si tout va très bien, madame la marquise, l'économie va se ressaisir : les pays émergents, qui donnaient des signes d'essoufflement, vont repartir comme en quarante et les pays développés afficher des croissances faibles mais pas nulles. La production d'acier remonte, même en Europe, et on se ré-endort en attendant la prochaine tempête. Les élections démocratiques vont continuer à pratiquer les chaises musicales en ramenant les oppositions, quelles qu'elles soient, au pouvoir. Les actions de AM vont remonter, mais 60€ me paraissent complètement délirants, à moi qui ne suis pas un analyste boursier.

Si la crise se durcit, alors sauve qui peut ! La bourse va plonger, les banques vont manquer de liquidités, les états européens d'abord et tous ceux qui ont de fort déficits budgétaires et commerciaux ensuite, vont tomber en faillite. Scénario crise de 29, relisez vos livres d'histoire. Les usines vont fermer, les entrepreneurs sauter par les fenêtres (c'est pour cela qu'il vaut mieux avoir un bureau dans un petit hôtel particulier en Europe, que dans un high rise àWall Street). Les indignés vont attraper les banquiers et les attacher à la lanterne, morts ou vifs, avec ou sans leurs attributs masculins.

La vérité est probablement quelque part entre ces deux scénarios très contrastés, elle l'est presque toujours.  AM peut abandonner l'Europe, c'est-à-dire fermer ses usines ou les vendre, à supposer qu'il y ait acheteurs. Ou simplement dégraisser, belle expression, et ne garder que ce qui fait sens pour eux. Ou encore se battre, pour que ce soient les concurrents qui ferment leurs usines...

Oh, que je voudrais avoir une boule de cristal et des histoires plus optimistes à raconter !





vendredi 18 novembre 2011

De quoi parle la politique...

et ceux qui la commentent, comme d'abord la presse ?

Elle, ils parlent de soi, d'eux-mêmes, de leurs rapports compliqués entre eux, immédiats, tactiques, de fait de pouvoir, immédiat, sur le terrain, guidon de vélo.

Cette histoire de négociation entre le PS et les Verts, dont j'ai parlé hier, a été analysée dans la presse avant tout comme un rapport de force entre les deux partis, souvent synecdotisés dans leurs leaders - ou dans deux leaders, ce qui apporte une dimension supplémentaire de commentaire facile.

Qui a marqué un point, pris le pas sur qui ? C'est une course, une compétition sportive, métaphores policées d'un combat ou d'une guerre. Peu importe le sujet de l'échange - de balle, LOL, seul le débat importe et son issue, qui sera essentielle pour les 12 heures ou les 72 heures qui viennent, puis on reprendra la narration là où on l'avait laissée. C'est le narratif qui prime, le fil de news ou le flux RSS que cela engendre, espèce d'ADN qui porte la réalité, visible mais en même temps cachée.

A un niveau plus politique on peut peser Duflot contre Hollande ou Duflot contre Joly ou contre Cohn Bendit, mais cela aussi laisse le fond du débat de côté. L'avenir ne s'inscrit pas seulement au travers des partis politiques, qui portent en principe la vie dite démocratique, mais des questions que cette vie démocratique doit abordée en vue de les résoudre. Tellement banal et évident et si peu abordé !

 Le fond, donc, ce sont ces partis politiques qui parlent de mix énergétique pour la France en 2050 et au- delà. Ce sont des questions essentielles et complexes. Ceux qui en parlent ont besoin d'une expertise qui dépasse le simple bon sens. Or, le discours politique se place au niveau du bon sens et nie ainsi la complexité du monde, mais surtout l'intelligence et la culture des citoyens et les années d'éducation formelle et sur le terrain qu'ils ont reçues.

On ne peut donc pas savoir si les politiques ont cette expertise ou y ont accès. Accès, sans aucun doute, car cette expertise est partout, mais ils ne donnent pas beaucoup de preuves de s'en servir ni même de la comprendre. Premier point.

Ensuite, qui doit "débattre" de ces questions ? Aujourd'hui les débats sur le sujet sont sans fin, dans toutes sortes de milieux, y compris des milieux académiques - lesquels d'ailleurs qui fonctionnent dans des communautés fermées.

Mais, concrètement, le cours des choses est porté par des courants historiques, dont la maîtrise n'est pas acquise, euphémisme, car elle n'existe tout simplement pas : on est en présence d'un espèce de match sportif dans lequel plusieurs équipes jouent les unes contre les autres, avec des alliances, et seul le bookmaker peut éventuellement imaginer où cela va conduire.

 Donc doit-on échanger une centrale nucléaire contre une circosncription électorale et ainsi laisser les partis s'emparer de ce sujet ? Ou en débattre dans une assemblée du peuple, nationale ou locale, un Grenelle à la française, un Forum ou une agora ? Un referendum à la grecque ? Des journées d'études ? Des livres blancs ? Tout cela probablement tout en reconaissant qu'il serait stupide d'être trop catégorique, trop précis, car l'avenir dont on parle ici échappe largement à la pensèe et à l'action des myopes.

 Ce qu'il faut donc, c'est développer des lunettes contre la myopie. On peut les appeler, politique, philosophie, culture, érudition, modestie et ambition intellectuelle ?