mercredi 20 juin 2012

L'acier est-il ringard ?

Pour ceux qui savent qu'un ringard est une tige d'acier, le titre peut ressembler à un jeu de mot.  Mais il s'agit de fait d'un débat récurrent, relancé cette semaine au CES de Lorraine par Jean-Louis Beffa, venu y faire la promo de son dernier bouquin (La France doit choisir, Seuil, janvier 2012).

Ulcos : Beffa l’iconoclaste

Jean-Louis Beffa, ancien patron de Saint-Gobain – Pont-à-Mousson, lance un pavé dans la mare en contestant le bien-fondé du projet sidérurgique de captage-stockage de CO2 ULCOS, envisagé à Florange.
.../..."
(Le Républicain Lorrain, 14/06/2012)



Au premier degré, j'avais répondu que "bien sûr que l'acier était ringard, comme l'amour, comme le sexe.  Hâtons-nous de vite passer à autre chose !" Mais si on essayait d'en parler plus sérieusement ?

Le fond du fond est qu'on a produit autant d'acier depuis 2000, que pendant les cinquante années qui ont précédé. La production mondiale s'est envolée pendant cette période et elle continue à augmenter.  Les prospectivistes prévoient un doublement d'ici 2050, et, même s'ils se trompent sur les chiffres précis, il n'y a aucun doute pour personne que le trend y est. L'acier est au cœur de tout ce qu'on touche et de tout ce qui nous entoure, qu'on soit chez soi, au travail ou en voyage.  C'est vrai depuis plusieurs milliers d'années et ça va continuer encore longtemps. Désolé, c'est comme cela ou, Dieu merci, c'est comme cela, suivant le lecteur.

Donc, le monde a besoin d'acier, comme il a besoin de matériaux structuraux de base, car nous vivons dans un monde en dur, matériel (donc fait de matériaux !), pas dans la matrice de Matrix.  Cette demande stable, sur la durée, qui remonte carrément à la préhistoire, n'est pas ringarde.  Respirer n'est pas ringard, aimer n'est pas ringard, faire des enfants n'est pas ringard !

Si on y regarde de près, une usine sidérurgique est un lieu de haute technologie, dans lequel les ingénieurs réalisent quelques unes des plus grandes prouesses de la technologie. C'est vrai et facile à démontrer. Donc, le secteur et le matériau acier sont certes là depuis longtemps, mais ils ne sont ni usés, ni dépassés, ni en voie de disparition : Si on y regarde de près, les aciers sont des composites intégrant à grande échelle des nanomatériaux - par exemple, la perlite, dont le secteur produit donc de l'ordre de 10 puissance 33 atomes par an !! La modernité est un concept à la mode, mais il est fragile, voir Habermas.  L'acier aussi est moderne et, dirais-je, il est même complètement post-moderne, le concept qui a fait suite à celui de modernité et qui, lui aussi, fait preuve d'usure, voire de ringardise !

On peut donc à la fois être durable, stable, exister depuis longtemps et être moderne, post-moderne et plus encore !

Si on a besoin d'acier, qui doit le fabriquer ? ll y a deux modèles, comme toujours. Soit on le produit localement, ou on l'importe du bout du monde. Aujourd'hui, en Europe, on produit l'acier dont on a besoin. Le commerce international reste très minoritaire, essentiellement parce que les coûts de  transports sont du même ordre de grandeur que les gradients de prix de revient, liés le plus souvent au coût du travail.  La mode a longtemps été que les industries de base, même si elles sont modernes, devraient aller au bout du monde la fois pour externaliser la pollution, un réflexe tout à fait néo-colonial, et pour partager la création de valeur de l'économie avec les pays émergents. On pense de plus en plus aujourd'hui, qu'une économie locale doit comporter une fraction importante d'industrie, y compris celles des matériaux qu'elle met en œuvre. 

Il n'y a donc plus de raison "moderne" d'envoyer la sidérurgie au bout du monde, dans la mesure où la consommation locale ou régionale se maintient.  Inventer de nouvelles industries est important, surtout si on change de cycle de Kondratiev, mais on n'a pas besoin de faire table rase de sa culture, de son passé et surtout des secteurs qui existent et marchent bien.

Question résiduelle mais centrale, donc, la consommation européenne d'acier se maintient-elle ?

La réponse était clairement oui, jusqu’à la crise de 2008 : une croissance faible mais réelle, correspondant à la croissance modeste mais réelle de l'économie européenne..  Ensuite, il y a eu un effondrement et depuis la petite reprise survenue l'année dernière, qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant 2009. S'agit-il d'une rupture durable pour la consommation d'acier en Europe, révélée par la crise - un peu comme la première crise pétrolière avait servi de marqueur à la fin des 30 glorieuses,  ou simplement du fait que la crise de 2008 est solidement installée et n'a fait l’objet que d'une courte rémission.  Je crois à la deuxième explication, celle d'une crise durable, qui affecte de facto le monde entier, même si elle est en ce moment plus évidente en Europe.

Avec cette intuition, quand la crise s’effacera, on devrait retrouver une dynamique de demande équivalente à celle d'avant.  Comment les capacités de production disponibles, qui ont été héritées du passé, correspondront-elles à ces besoins ?  Surproduction ou sous-production ? Quelles fluctuations conjoncturelles sont-elles à prévoir ? Comment nous adapterons-nous à ces fluctuations, en important en période de plus forte demande ou en exportant en période de de plus faible demande ? Quelles usines devraient être privilégiées? Sur quels critères ? Quelles acteurs économiques devront porter ces ajustements ?

Le challenge majeur qui nous fait face, c'est le changement climatique, un bouleversement gigantesque, dont la plupart des parties prenantes n'ont pas encore analysé l'ampleur. C'est à l'aune de ce changement climatique que les technologies à privilégier pour le futur sont à choisir.  C'est encore plus vrai des usines sidérurgiques qui produiront de l'acier pour les 20 ou 30 ans qui viennent.

La réponse pour la sidérurgie, s'appelle ULCOS.  ULCOS permettra de réduire les émissions de CO2 de 50 à 80%, ce qui est énorme !  Elle donnera aux usines qui l'utiliseront une visibilité à long terme, la capacité de répondre aux contraintes climatiques et un avantage en coût très substantiel par rapport à celles qui n'en seront pas encore équipées. Donc, opportunité d'être vert et de créer de la valeur économique, une coopération assez rare et proprement spectaculaire.

Cette technologie devrait être mise en place à Florange. L'usine lorraine se retrouvera alors projetée en tête des usines aujourd'hui les plus performantes du continent, sinon du monde ! Une redistribution géopolitique des cartes inattendue et fondamentale.  Elle réduira ses émissions de CO2 de façon drastique, sa consommation énergétique aussi et aura le potentiel de réduire de façon majeure toutes ses empreintes environnementales.

Réussir une telle transformation en Lorraine, ce n'est pas protéger une industrie ringarde, qui n'a d'ailleurs rien de ringard. C'est construire un monde pour nos petits enfants, moins hostile que celui qui émergerait si on n'agissait pas.  Probablement aussi moderne ou post-moderne,e que de construire une grande centrale solaire, dont tous les kWh seront subventionnés pendant au moins les 20 ans à venir !



dimanche 27 mai 2012

Où est l'Europe ?


L'Europe aujourd'hui,  en termes de PIB et de richesse par habitant, c'est le plus gros ensemble d'états organisés autour d'institutions très structurées dans le monde. On pourrait presque dire que c'est le plus grand pays du monde !

C'est aussi un ensemble créé par l'histoire, qui a dominé le monde pendant 20 siècles mais qui en a perdu le contrôle, laissant ses "rivaux" actuels naître de sa politique internationale passée, celle des états et celle de la machine économique qu'elle a enfantée.

L'Union européenne dont on parle ici c'est aussi une reconstruction du continent que les 3 guerres mondiales avait complètement déconstruit, au sens physique du terme de quasiment détruit, autour de valeurs généreuses et progressistes, contre la guerre et en faveur de la coopération.  Le postulat était que cette vision du monde était la meilleure façon de guider ce grand ensemble vers une prospérité globale et d'éloigner les démons qui menaçaient d'engloutir le continent dans la ruine définitive, comme l'escalade des morts dans les guerres successives et l'arrivée des armes de destruction massive pouvaient le laisser craindre. Il y avait aussi le constat que les Etats Unis, enfants de l'Europe, étaient passés à l'âge adulte et demandaient à jouer le rôle d'une puissance impériale, un habit que les européens avaient enfilé au cours des siècles, mais qu'ils avaient désappris à porter.  Il y avait donc le pari que l'Europe pouvait jouer un rôle, dont le contenu serait à inventer, autre que d'être l'imperator du monde.

L'empreinte de l'Europe sur le monde est présente partout.

D'abord dans la carte des états qui structurent la vie internationale et l'organisation des espaces où ceux-ci exercent leur souveraineté. C'est un modèle qui est issu de celui de l'Empire romain, une des sources les plus fortes de l'Europe. L'histoire de l'Europe a été celle de la construction de ces états, dans un univers fluide de peuples et d'ethnies en mouvement qui se sont déplacés sur tout le continent, de l'est vers l'ouest puis vers le sud, dont le flot s'est peu à peu figé et a conduit à ces multiples et étonnants (au sens de la recherche !) melting pots, qui ont conduits aux populations modernes qui se nomment françaises, anglaises, allemandes ou italiennes.  La construction s'est faite à la dure, donc à la guerre, à la rapine et aux massacres, autour d'ensembles qui paraissent cohérents aujourd'hui mais qui ont opposé des groupes rassemblés par des familles fortes, se combattant jusqu'à ce que des lignes de démarcation qu'on appelle aujourd'hui des frontières se mettent en place.  L'Eglise et le Christianisme ont joué un rôle d'institution supranationale, pré-existante à celle des nations, pour apporter un fil rouge à ces guerres permanentes.  Les musulmans du sud est et les "barbares" de l'est ont aussi aidé l'Europe assiégée à se vouloir ce qu'elle a fini par devenir au cours des siècles, essentiellement pendant le Moyen Age, mais aussi pendant l'ère moderne puisque la confrontation avec l'Empire ottoman ne s'est achevée qu'avec la première guerre mondiale.

Le résultat final de ce chaos historique brassé par plus d'une dizaine de siècles d'expérimentation in vivo, si l'on peut dire, a conduit aux cartes politiques de l'Europe - pourtant si volatiles y compris tout le long du XXè siècle.  C'est ce schéma d'organisation de l'espace géopolitique que l'Europe a imposé au reste du monde, comme méthode pour y apporter la civilisation, si l'on reprend le vocabulaire de la colonisation, cette autre invention européenne (issue de l'histoire de la Grèce antique ?).  C'est aussi la norme adoptée par les organisations internationales, dans notre univers moderne post colonial.  C'est autour de ces règles "qui vont de soi" qu'est née une grande part des conflits des 70 dernières années dans le monde entier, pour peu que des intérêts économiques à portée mondiale aient aidé à en amplifier la magnitude.

Donc cette Europe, qui s'est racheté une conduite après une deuxième (troisième) guerre mondiale qui devra être la der des der, se cherche un avenir face à l'Amérique du Nord, à la Chine et à d'autres émergents.  L'Union européenne en est la réponse.  Cette union, construite d'abord autour d'une vision prophétique de l'avenir - mais dont les racines s'éloignent dans le passé de l'histoire, s'est organisée autour du boum de la consommation qui a constitué le moteur des 30 glorieuses.  Le bonheur et la modernité s'identifiaient avec la voiture, les machines électroménagères à libérer la femme, l'école longue pour tous, la santé protégée par des sytèmes pilotés par l'état, une protection de la maternité et de la petite enfance, etc.

Pendant ce temps, les modes de vie européens, largement recodifiés et amplifiés aux Etats Unis, se répandaient sur la planète entière dont la démographie explosait grâce à la montée de l'hygiène et au commerce international des médicaments.  D'où la montée de la Chine et de l'Inde, qui ont repris au XXIè siècle la place que ces ensembles culturels anciens et forts avaient avant l'envolée solitaire de l'Europe: ne pas oublier que vers l'an 100, Rome et Pékin étaient les deux plus grandes villes du monde,  autour d'un million d'habitants.

De digressions en commentaires, je suis arrivé bien loin de mon propos initial, où je voulais expliquer que l'Europe actuelle est le résultat d'une construction historique complexe, qui ne se résume pas aux 5 ou dix dernières années, pendant lesquelles les grecs et autres récents ouvriers de la vigne européenne se sont enrichis rapidement et sans efforts, pendant que les plus anciens travaillaient et engrangeaient des réserves que les "autres" dilapidaient.

On pense à la cigale et la fourmi, discours que tient aujourd'hui l'Allemagne, même si la fable est très française, mais on pense aussi aux paraboles des ouvriers de la vigne, qui sont parmi les messages les plus intéressants et les plus profonds des évangiles. Dans cette vigne symbolique, on n'est pas récompensé par Dieu selon ce qu'on a produit au cours du temps, qui aurait été enregistré de façon précise et comptable avec soin et exhaustivité, mais selon des valeurs plus spontanéistes (ce qui vient du coeur) et plus proches de ce dont a un besoin (la vision "socialiste" de ces pages).  Je ne nourris pas mes enfants pour ce qu'ils ont fait - les très petits, ils n'ont encore rien fait ! -, mais pour ce qu'ils sont pour moi et ce qu'ils seront au monde, un jour, sûrement.

La vision morale de l'économie à l'allemande, de fait selon la vision portée par la coalition Merkel de droite, est une erreur intellectuelle et historique et une approche idéologique et partisane.  Pour une multitude de raisons.

Parce que la relance par la rigueur, ça ne marche pas, comme l'histoire de toutes les crises économiques l'a montré et comme le trou dans lequel se débat l'Europe aujourd'hui le montre. Le porteur des récits les plus clairs là-dessus est Paul Krugmann et ses éditos dans le NYT et l'IHT.  The confidence fairy does not exist!  C'est aussi l'histoire de l'âne de Buridan, mutatis mutandis...

Et aussi parce que la prospérité actuelle de l'Allemagne, qui semble lui donner le droit de donner des leçons aux autres européens, est le reflet des versements du reste de l'Europe à l'Allemagne, dans les dix dernières et années et aussi, plus en amont, au moment de la réunification.  

L'épisode le plus récent constitue une mutualisation des effets bénéfiques de l'existence de l'Europe, pendant laquelle l'argent mis à dispositions des plus pauvres leur a permis d'acheter à ceux qui savaient produire ce dont ils avaient besoin et envie : les grecs achetant aux allemands. Une espèce de relance keynésienne, liée à la taille  de l'Europe et à au gradient de développement et de richesse de ses régions (états membres).  

Relire les édito de Krugmann : death of a fairy tale (http://www.nytimes.com/2012/04/27/opinion/krugman-death-of-a-fairy-tale.html) et those revolting Europeans (http://www.nytimes.com/2012/05/07/opinion/krugman-those-revolting-europeans.html).  C'est bien documenté et on en parle largement dans la presse, bien que la survie de points de vue opposés me laisse naïvement perplexe !

La réunification de l'Allemagne, décidée par Helmut Kohl sans consulter personne en dehors de son pays, a aussi couté cher à l'Europe. L'Europe dont l'Allemagne, mais pas seulement l'Allemagne.  Plusieurs points de croissance (2 ?) pendant plusieurs années (10 ans ou plus ?). Historiquement, je pense que Kohl a pris la bonne décision et qu'il l'a prise aussi vite qu'il fallait le faire. Mais ses successeurs ne doivent pas oublier que tout le monde a payé de ses deniers, y compris de ceux qui ne se sont jamais concrétisés, à travers tout le continent (et probablement au delà).

La prospérité actuelle de l'Allemagne résulte de ce bon fonctionnement des mécanismes européens, pas uniquement de la rigueur et la souffrance du peuple allemand au cours de ces dernières années.  

L'Allemagne devrait donc abandonner ses discours moralisateurs et passer à la suite, à l'avenir, et renvoyer l'ascenseur. Cela s'appelle eurobonds, relance rapide de la croissance et  sauvetage de la Grèce par son maintien dans la zone euro.















samedi 5 mai 2012

Pourquoi je vais voter pour François Hollande...

J'avais donné une liste de 100 raisons pour ne pas voter Sarkozy, il y a 5 ans. Ça n'a pas suffi à mettre Mme Royal en position de gagner, car les blogs n'avaient pas autant de pouvoir à cette époque lointaine !

Cette année, pas besoin de faire du chiffre, car je n'ai pas l'impression de me battre contre la marée.

Je vais donc voter pour FH, parce que :

1. J'aimerais bien que mes petits enfants grandissent dans un pays apaisé, où les locataires de l'espace national ne se battent pas dans une guerre civile larvée et où on prenne le temps de vivre avec son temps, donc avec ses dynamiques et ses dangers. La droite avait fermé le paysage politique français dans un univers national, où tout ce qui était différent faisait peur : le monde change, nous changeons avec lui et rien ne sert d'encourager ceux se cela effraie.

C'est important pour des gosses de vivre dans l'ouverture, la confiance, la curiosité, de façon qu'à leur tour ils sachent comment faire pour répondre aux défits qui seront les leurs quand leur génération sera aux manettes.

2. L'alternance, c'est une bonne chose qui reste suffisamment rare sur la planète, comme mon chauffeur de taxi d'origine algérienne me le faisait remarquer il y a deux semaines à Montréal, pour qu'on s'en délecte. Mais ce n'est la raison de voter pour FH ou contre NS. L'alternance, c'est une des composantes de la démocratie, mais pas un balancier selon lequel on change de crémerie à chaque élection, comme les entreprises changent d'agence de voyage ou de service de nettoyage : le dire, comme on l'entend beaucoup, c'est considérer la politique comme un jeu vain et les politiciens comme des pions interchangeables, tous médiocres sinon tous pourris.

3. La France est une nation qui vit dans l'histoire, c'est-à-dire dans un passé réécrit dans une narratologie très particulière, celle d'une reconstruction nationaliste de l'identité nationale, dont on a bourré l'esprit des élèves à l'école et dans la vie quotidienne, la presse par exemple. C'est un peu court, mais ce n'est qu'un propos parmi d'autres. Les français, donc, vivent avec des mythes comme Vercingétorix ou Jeanne d'Arc, et avec le souvenir de splendeurs passées, dont on a oublié les aspérités ou les crimes : Louis XIV, Napoléon Ier, etc.

Une des dérives de cette vision du monde, le monde à la française, est que cette grandeur particulière, ce destin universel du pays reste l'objectif premier de la politique nationale : ça donne des flamboiements anecdotiques comme le discours de Villepin à l'ONU, mais la plupart du temps un pilotage hors des règles du monde, comme les 12 années de présidence de Chirac, un exercice de sur-place assez hallucinant. !

La gauche n'échappe pas complètement à ce fantasme et y ajoute les siens, au hasard Jean Jaurès, mais elle s'est revelé de fait beaucoup plus réaliste et pragmatique que le doite et c'est elle qui a fait progresser le pays au cours des 70 dernières années : le front populaire, la présence de la gauche dans le gouvernement de de Gaulle, le gouvernement de Mendès France, mai 68 (où la gauche, issue des racines et des pavés a influé par des mouvements de rue à caractère révolutionnaire), Mitterrand et Jospin.

La compétence et la pertinence à été du côté de la gauche, la droite se laissant aller à refuser l'évidence, à retarder les prises de décision, à attendre ou à nier tout en flattant les pleureuses. C'est le contraire de ce qui s'est dit au cours de la campagne.

4. La gauche, c'est aussi l'écoute de l'autre, un peu plus de coeur, un peu moins d'égoïsme, une volonté d'être équitable, de penser aux pauvres, aux défavorisés. D'une certaine manière, ceux qui croient à une morale, pourquoi pas basée sur la bible, devraient s'y retrouver.

On y trouve aussi cette idée que les gens ne sont pas seuls dans la société, que leur réussite est celle d'un groupe, d'une écologie sociale. Cela aussi n'est pas dit souvent à droite, voir ces discours sur le vrai travail ("le travail de ceux qui n'ont jamais rien demandé à personne", NS), comme si le self made man s'était construit dans un vide sidéral.

Ces valeurs n'appartiennent pas qu'à la gauche, dieu merci, et elles ne sont pas présentes dans les discours de toutes les gauches, mais c'est quand même là qu'on l'entend parler le plus fort.

Mince, 4 raisons seulement de voter FH, pas 100.

On pourrait en ajouter quelques autres... L'homme lui même est attirant, intellectuellement, il explique, il a l'air de croire que la raison doit sous-tendre ce qu'il dit et que quelques principes doivent soutenir l'action, suffisamment larges dans l'espace, le temps, le respect des autres et la générosité.

 Ça me paraît suffisant !

JP

 Le 5 mai 21012, la veille d'un scrutin modestement historique, dans le microscope français.

samedi 28 avril 2012

Vive la croissance phallique !


Le Monde vient de produire un édito (journal en date du 27/04/2012) pour réclamer que Paris ose se doter de gratte-ciels, comme l'ont fait la plupart des grandes villes du monde... sauf un assez grand nombre de vieilles villes européennes. Si les urbanistes parisiens du passé n'avaient pas laissé la ville changer au cours de sa longue histoire, elle n'aurait ni sa richesse, ni son charme actuels. Il y a bien une exception en région parisienne, le quartier de la Défense, hérissé de gratte-ciels, dont les plus anciens, vieux de 30 ans, ont déjà été démolis et reconstruits dans des styles plus récents; c'est le quartier d'affaires le plus important d'Europe, en m2 disponibles. Montréal ou Toronto ont laissé la ville croitre vers le ciel, à la manière des cathédrales, mais les plus créatives des villes du monde qui ont osé cela sont Chicago (Michigan Avenue), New York et Beijing (Rue Chang'an).

Le cri citoyen du journal relève de plusieurs logiques : la première est qu'une ville est une structure vivante et qu'elle doit changer, par apoptose, par remplacement des anciennes cellules  et par croissance de nouvelles, une métaphore de la ville comme structure biologique vivante, qui exprime que ce qui ne change pas se nécrose ou se fossilise.  Il faut aussi tenir compte de la croissance de la population urbaine et éviter que le déficit de logements et de bureaux ne crée des bulles foncières de nature spéculative. 

Ces questions ne concernent pas que les grandes villes. Les petites villes de "province", comme on dit à Paris, doivent affronter les mêmes soucis et en outre gérer la question de l'étalement urbain, une espèce de mélanome qui se propage en mode banlieue ou rurbain loin des villes, avec ces métastases que sont les réseaux d'autoroutes.  La messe est dite autour de Paris et des mégalopoles, on peut peut-être éviter que les villes moyennes échappent à la pandémie ? Dans mon village dont la superficie ne dépasse pas 2 km2, sont concentrés pas moins de deux autoroutes, deux méga-échangeurs et une route à quatre voix en projet, soit une surface au sol du quart de la superficie de la commune !  Et une ville quasiment continue existe aujourd'hui, de Luxembourg à Épinal, le sillon lorrain (http://www.sillonlorrain.org/), une construction organique, naturelle, spontanée, liée à la géographie des vallées de la Meurthe et de la Moselle, qui cherche comment donner une structure administrative opérationnelle à cet ensemble à cheval sur deux pays, trois départements français et une région hexagonale, la Lorraine.

Les immeubles de grande hauteur, à Metz, Nancy, et pourquoi pas à Thionville et Epinal, seraient une solution à ces questions.

Cela parait incongru aujourd'hui avec des règles d'architecture qui imposent de ne pas dépasser le hauteur de la cathédrale à Metz - preuve d'ailleurs qu'au Moyen Age on n'avait cure de rester au ras des toits. On n'avait pas de règle semblable à New York (Saint Patrick) ou à Montréal (Église Saint James). Je ne propose pas d'enfermer Saint Étienne au fond d'un puits de très grands gratte-ciels, mais de choisir où ériger des quartiers de crayons dressés vers le ciel. Aller voir à Luxembourg comment ils y ont transformé le plateau du Kirchberg, à l'une des extrémités du sillon lorrain. Il faudrait aussi en profiter pour arrêter l'étalement urbain et laisser les habitants des villages lointains revenir vers des centres.  Cela demandera de l'imagination des dessineurs de villes, mais de beaucoup d'autres acteurs de la vie publique : faire en sorte que les gradients de prix, peut-être un prix élaboré comme un coût d'usage, redeviennent centripètes, cesser de bétonner les abords des centres pour que les rurbains puissent y "commuter", construire des systèmes de transports en commun qui ne s'arrêtent pas à la frontière des ensembles administratifs (comme le Mettis et la Communauté urbaine de Metz), imaginer des voies cyclables qui servent à aller travailler au quotidien, pas seulement à se promener le dimanche dans des zones bucoliques, et en décidant de leur donner la primauté par rapport aux voitures. 

Les immeubles eux-mêmes peuvent être des lieux de vie nouveaux.  Le Corbusier et ses Cités Radieuses a déjà exploré certaines de ces possibilités : dans celui de Marseille (la maison du fada), on trouve des écoles, un hôtel, un excellent restaurant et des boutiques, répartis à différents étages et pas simplement dans la rue.  Quoi de plus rassurant pour des parents que d'envoyer les enfants à l'école dans l'immeuble au 42è étage, sans rue à traverser, ni feu rouge à respecter.  Le samedi, les israélites peuvent aller au Temple au 40è étage. Les catholiques auraient la messe le dimanche dans l'église du toit de l'immeuble et les musulmans iraient à la prière dans la mosquée du 7è - on pourrait aussi penser à des lieux de culte multiconfessionnels, comme ceux de Bethléem ou des aéroports parisiens.  Les boites de nuits seraient proches des passerelles reliant les immeubles entre eux, de façon à assurer un pool de gènes suffisamment large aux générations futures, etc.  En revenant à la maison de ces lieux publics, on passerait à la boutique des fermes urbaines pour y faire son marché quotidien de fruits et de légumes, etc. Et la maison n'aura pas de raison d'être un simple appartement genre HLM, car là aussi l'imagination devrait être la règle, comme dans les cités radieuses ou les duplex sont la règle.

Les gratte-ciels donc, mais aussi une vision d'un lieu de vie global, régional, citial, où l'on puisse vivre, travailler, s'amuser, se cultiver, apprendre, faire des bêtises, dans un espace à trois dimensions permettant aussi de bouger (un terme qui pourrait remplacer celui de mobilité, un peu usé, éculé, trop approprié par des lobbys). 

Il faudrait aussi penser à la biodiversité, qui fait les frais aujourd'hui de l'étalement urbain. Ces villes nouvelles seraient traversées de couloirs verts et bleus, qui assureraient la connectivité d'un espace réservé aux écosystèmes naturels. 

Ce serait une grande révolution, une rupture de paradigme, car, aujourd'hui, c'est la ville qui revendique ce tissu continu et le réalise, sans y penser.

dimanche 22 avril 2012

La campagne (électorale) bat la campagne...


Première journée de vote en France à la présidentielle. Les éditorialistes s'accordent à dire que la campagne a été d'un mauvais niveau, ce que the Economist résume en disant qu'elle a été futile, car personne n'a osé évoquer l'amertume de la potion de rigueur que les Français vont devoir très vite avaler en se pinçant le nez.

Je suis assez d'accord sur le fait que la campagne n'a pas parlé des choses essentielles, mais pas du tout avec la liste de ces essentiels qu'en fait la presse !

Qu'est-ce qui est important pour l'avenir et qui devrait donc figurer au coeur d'une campagne électorale ?

Globalement, ce sont les transformations que le monde, c'est à dire la planète, biosphère et anthroposphère incluses, vont vivre au XXIè siècle.  Les enfants qui naissent en ce moment vont vivre tout cela dans leur vie qui devrait être longue (mais cela aussi est une question qui peut être remise en cause !) : le long terme c'est tout de suite ou demain à l'échelle de leur existence à eux !  Les générations futures sont déjà nées !!

Commençons par le changement climatique. Ses conséquences sont de plus en plus précisément identifiées et décrites et, si un reproche est à faire aux scientifiques du climat, c'est que leurs modèles "prédisent" des évolutions qui ne sont pas aussi rapides que ce qu'on commence à observer de façon très quantitative : en soi, c'est une question majeure, dont les scientifiques en question parlent peu.  Les politiques et l'opinion publique, par contre, ont l'air d'avoir oublié ces questions ou d'en avoir repoussé tout examen sérieux dans un avenir toujours plus lointain.  Je me noie, doucement, mais je n'apprends pas à nager. On laisse la parole aux professionnels du déni.  On accepte les bouleversements qui se préparent, voire sont déjà là, avec seulement les assurances et les défenses nationales mobilisées pour préparer les ripostes ou les plans de contingence !

Viennent ensuite les questions liées à la population.  La croissance démographique bien sûr, et les 3 ou 4 milliards d'habitants qui restent à ajouter à la population actuelle avant son pic final : avec le stress sur la nourriture, l'eau, la biodiversité, la pollution, les émissions de GES, etc. toute une série de problèmes immenses qui devraient occuper la politique internationale, actuellement encombrée par les séquelles de ces stupides guerres d'Afghanistan et d'Irak ou de répression encore plus stupide en Syrie !  Et l'urbanisation, la moitié de la population mondiale viavant aujourd'hui dans les villes, ce qui n'est qu'un début : champ immense pour les questions d'habitat, de transport, de préservation de la biodiversité dans un espace où les villes prennent tant de place (les couloirs verts et bleux, par exemple !).

Mais au-delà de ces questions d'explosion démographique, il faut déjà penser à la suite, le vieillissement de la population qui suivra avec un décalage de 50-60 ans. Un phénomène qui a déjà atteint le Japon et l'Allemagne (c'est pour cela, en particulier, que ce pays affiche par exemple des taux de chomage bas). Tous les pays émergents vont le rencontrer, la Chine par exemple va passer son pic de population un peu avant 2020, c'est-à-dire demain. S'ils n'ont pas trouvé la voie de la richesse et du bonheur (well being) d'ici dix à vingt ans, ces pays émergents vont replonger dans une misère généralisée. Et c'est sans parler des questions "mineures" comme la financement des retraites par répartition, qui semble tellement préocuper les français ! La question essentielle donc est celle de cette transition démographique de deuxième espèce qui s'amorce et qui conduit au delà du pic de population, vers quoi d'ailleurs ? Même cela est problématique, faute d'être suffisamment examiné et débattu.

On doit aussi penser à la pauvreté.  Elle diminue certes de façon spectaculaire dans le monde, au point que l'objectif du millenium dans ce domaine a été atteint 5 ans avant la date-buttoir, mais le nombre de pauvres sur la planète reste scandaleusement élevé.  Et il y a un risque évident d'un pic de bien être qui précèderait le pic de population, donc d'un retour en masse au niveau mondial de la pauvreté, de la faim et de la guerre. 

La pauvreté reprend aussi des "parts de marché" dans les pays riches. Il y a 8 millions de pauvres en Farnce, soit 1/8ème de la population ! On n'a pas beaucoup parlé d'eux non plus au cours de cette campagne électorale, car peu parlent pour eux et leurs voix sont peu convoitées, car ils ne votent pas beaucoup. On rejoint la question de la création de richesse par l'économie et le fait que la redistribution marche mal, car elle n'est ni équitable, ni fraternelle ni charitable quand la croissance est anémique. 

On parle aussi assez peu de l'inflation par les prix qui est communiquée par les pays riches aux moins riches (les pays récemment rentrés dans l'UE, par exemple, les émergents) et aux plus pauvres (pas encore en développement ou les pauvres des émergents).  Par contre, on parle beaucoup, à gauche comme à droite, du dumping de mauvaises conditions de travail par les pays émergents. Pourtant, l'un va de pair avec l'autre !!!

Enfin, il y a la question de l'école. Là aussi il ya une grande différence entre les émergents où le lettrisme est majoritaire (e.g. la Chine, Cuba) et ceux où l'illestrisme est encore la règle (e.g. l'Inde, les pays musulmans pauvres, etc.).  Même dans les pays riches, l'illetrisme ou l'anaphabétisme gagne du terrain, avec ces enfants scolarisés qui ne maîtrisent pas la lecture, en France par exemple.  Illetrisme va de pair avec pauvreté, subordination des femmes et refus de leur laisser maîtriser leur fertilité; on reboucle ainsi sur les questions de démographie, etc.

Au niveau international, c'est-à-dire à celui où nous fonctionnons tous, volens nolens, on trouve, vue de la France, la question de l'Europe. Comment peut-on être français, je veux dire seulement français et pas européen, encore que cette catégorie soit un peu étroite, même si elle donne un peu plus d'espace pour éxister ? L'Europe comme support à un rêve capable de créer de la croissance et un peu de rirchesse à distribuer à tous, tout en préservant, pour l'humanité, la richesse culturelle de ce qui y a été produit dans le passé.  Une Europe vivante et pas seulement un musée...

On peut aussi regretter que les religions communiquent essentiellement en dehors de ces thèmes majeurs.

Les chrétiens conservateurs, si vocaux aus Etats Unis, parlent encore d'interdire l'avortement ou la maîtrise des naissances : c'est une pratique qui remonte à l'époque où la mortalité infantile mettait en danger la survie de l'espèce humaine, au néolithique, quand les maladies des animaux nouvellement domestiqués passaient la barrière des espèces.  Donc une pratique qui relève d'une réalité qui était d'actualité il y  a 5 à 8,000 ans !!!

Les musulmans intégristes servent de portes paroles à des minorités ultra-conservatrices qui parlent d'un monde lui aussi largement révolu.

Au-delà de tout cela on pourrait parler d'économie, de la crise et de la façon de la conjurer (sûrement PAS en avalant plus de rigueur !!!), mais pas du permis de conduire !!! Au secours.   De l'internalisation des externalités dans l'économie, du chiffrage des services écosystémiques, etc.

Il y a aussi le monde des utopies technologiques, comme l'ascenseur spatial, la production d'électrité par fusion nucléaire, la mort et la viellesse reculées indéfiniment, etc. Mais attention à ne pas confondre pôlitique et science fiction !

On pourrait aussi parler de culture, de littérature, d'art, de philosophie et de sciences subtiles, et même de sciences dures.  Et du statut de cette connaissance par rapport à la prise de parole immédiate et déferlante des médias modernes et des réseaux dits sociaux.



dimanche 25 mars 2012

Ai-je manqué la marche post moderne ?

J'ai envie d'arrêter,  de passer la main, de jeter l'éponge. Je ne sais plus faire, le monde que je vois et celui auquel j'aspire ne coïncident pas, ce n'est qui n'est pas nouveau, mas je ne comprends plus comment œuvrer à mon niveau pour faire changer les choses. Je suis vieux, empli de valeurs et de certitudes qui ne fonctionnent plus, je suis un homme du 20è siècle et ce siècle est fini - avec, d'ailleurs, un bilan assez mitigé !

D'un côté, il y a le monde, la planète, qui va bien et qui va mal.

Elle va bien la planète, car il n'y a jamais eu autant de création de richesse dans le monde, ce qui se traduit par  un nombre inégalé, historiquement, de gens qui sortent de la pauvreté, par la réussite d'un grand objectif du millénaire, cinq ans avant l'heure, de passer la barre des gens très pauvres en dessous de 1,5 milliards d'individus.  Le peuple de la terre est optimiste et vit l'avenir de façon positive, c'est-à-dire avec des opportunités pour les gens et leurs enfants.  Exception notable, au moins pour les gens comme moi, l'Europe, pessimiste en diable, et la France, qui se singularise encore plus dans ce registre de sinistrose.

Elle va mal aussi la planète, car le changement climatique (CC) s'accélère et ses conséquences deviennent visibles au jour le jour par tous ceux qui analysent le le fonctionnement d'un morceau de l'écosystème. Les modèles, de plus en plus complexes, sont en retard sur les mesures et il semble que leur principal défaut est qu'ils sous-estiment ce qui se passe vraiment : des éléments clés de cette accélération ne sont pas compris, ni pris en compte, ni évalués correctement! Les excès du temps (phénomènes météo majeurs) rentrent petit à petit dans le rang de ce qui es dû au CC, mais on recommence aussi à parler de montée des océans de 20 à 60 m (pas cm !!) et l'année 2011, qui aurait dû être modérée en termes de réchauffement à cause du coup de rafraichissement dû à un épisode El Niña musclé, bat à nouveau des records historiques.

Elle va mal aussi la planète, car l’urbanisation galopante (50% aujourd'hui, 90% en 2050) tend les réserves en eau au-delà du possible et efface la biodiversité de façon drastique.

Dernier soucis majeur, la population va passer par un pic, dans la seconde moitié du siècle, et cela va se traduire par des pyramides des âges où les vieux seront majoritaires - problèmes quasi insurmontables à gérer dans beaucoup de pays.

Il y a là des défis qui collent mal avec le pessimisme des européens, parce qu'ils reflète d'autres préoccupations (l'emploi, le pouvoir d'achat, la paupérisation de la classe moyenne, qui s'étiole), mais pas non plus avec l'optimisme des pays émergents.

Le problème n'est donc pas de réagir de façon subjective à la situation, mas de l'analyser convenablement pour la prendre en compte. On n'a pas besoin d'une démocratie subjective, comme dirait Salmont, mais d'une pensée plus dure, plus préoccupée d'action.  C'est au moins ce que je pense...

Or je ne vois rien de tout cela dans les analyses politiques des candidats à la présidentielle française. Signe que la France vit dans une bulle qui a quitté depuis longtemps l'univers du réel pour fonctionner dans un fantasme collectif et ethnocentrique.  L'Europe ne s'en tire guère mieux, et je ne donnerais qu'un bénéfice du doute aux US dont le pragmatisme compense en partie les dérives nationalistes et les pesanteurs idéologiques. Incidemment, qui parle vraiment d'Europe (ou du Monde) dans la même campagne présidentielle ?

Voir loin, dans l'espace, au moins ma planète, et dans le temps, l'avenir qui sera le vécu de mes petits enfants, semble être une préoccupation dépassée. L'instant et le lieu présents, dans leur fureur vibrionnante, ont effacé le plus lointain.

Ce qui semble important c'est de suivre heure par heure comment les corps d'élite de a police d'un grand état va éliminer un schizophrène criminel auto-proclamé terroriste, puis de commenter ad nauseam les actions des uns et des autres : une déconstruction en temps réel du réel, comme dirait ma femme, une irruption du post-modernisme dans l'instant, qui le fige et le détruit et le freine, dévalorisant tout tentative d'action et de mise en perspective politique. Le présent vibrionnant et déconstruit avec cette même frénésie de l'instant : une mise en abime permanente, une plongée dans les dimensions supplémentaires et circulaires du temps, dont parlent, peut-être, les physiciens.

Où cela conduit-il ? Cela conduit-il quelque part ? Y-a-t-il une vertu à voyager dans un avion sans pilote ?

Sincèrement, je voudrais le croire, mais j'ai de plus en plus de mal à le faire !



lundi 20 février 2012

Se déplacer en ville...

Il y a les villes qui ont redécouvert le tram, version moderne du tramway, et ainsi capitalisé sur une image de modernité, portée par des municipalités de gauche, souvent dotées d'alliés verts : Grenoble, Montpellier, Nantes. Il y a celles qui se sont construit un métro, autre grande innovation moderne (le premier métro, celui de Londres, à été construit à partir de 1863).

Et celles qui avaient manqué le train du tram et le coche du métro, car étaient trop petites et pas assez riches pour se les payer. Comme Metz, par exemple, qui est maintenant en train de construire le Mettis, un tram réputé par trop cher, qui est en même temps un clin d’œil à l'histoire locale d'il y a deux milles ans.

C'est intéressant de lire la communication autour de Mettis : claire, didactique, positive, donc de la propagande "bien" faite.

La CA2M, la régie municipale de transport en commun, constate que sa fréquentation chute de 2% par an, ce qui va mécaniquement conduire à la thrombose, un blocage des transports routiers irrémédiable et irréversible. Et elle propose donc une solution innovante à ce problème, qui porte des noms compliqués, TCSP (Transport en Commun en Site Propre), BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), histoire sans doute d'insister sur la créativité et la compétence technique en matière d'urbanisme de la communauté de communes, Metz Métropole, qui pilote le dossier et va le financer pour environ 120 millions d'euros et deux ans de travaux pour poser les rails virtuels de ce système sans rails.

Le dossier fourmille sans aucun doute de bonnes idées, comme la fréquence de 3 minutes des véhicules, à la manière d'un vrai métro comme à Paris, les stations dédiées où on peut acheter des tickets, la régularité annoncée de métronome du service,  les parkings en périphérie, pour amorcer une intermodalité des transports de personnes, etc.

Jusque là, tout va bien, puisque les élus résolvent les problèmes que la précédente majorité à laissé pourrir, ou n'a pas résolu assez vite. On y trouve un benchmark sérieux par rapport aux villes qui ont plus d'expérience et on choisit des solutions de deuxième génération, donc optimisées, ce qui permet de dépenser moins et de transformer son retard en avantage. Etc.

Pourtant, le dossier ne parle pas de la ville, de son agglomération, du sillon mosellan, des communes dortoirs, du réseau de transport multimodal et de leur concurrence ou de leur complémentarité, il ne parle que de à CA2M.

Il ne parle pas des lois urbaines comme la conjecture de Zahavi (elle dit que les déplacements quotidiens s'organisent pour minimiser un budget temps à moins d'une heure dans chaque sens) et de la façon dont les usagers y adaptent leurs déplacements quotidiens, tandis que tous les acteurs du moyen terme adaptent les systèmes de transports et les zones urbanisées à cette demande, volens nolens, et surtout sans vraiment le savoir, ni l'analyser.

Par exemple, en quoi le Mettis va-t-il éviter la thrombose ou l'amplifier ? Résoudre la question de l’étalement urbain ? Réduire l'empreinte carbone de l'agglomération ou du sillon mosellan ? On n'en parle point ! Ni avant, pour chercher une solution globale au problème, ni après, pour voir si la solution exhibée pour d'autres raisons répond au moins en partie à ces grands objectifs.

Il y a là comme une question de méthode, de technologie de la gouvernance. Cela ressemble à de l'activisme ordinaire, avant tout réactif et basé sur une vision conservatrice du monde, l'avenir sera à l'image du passé, il suffit d'aller y chercher les meilleures solutions, toutes faites, "out there".

Où est le modèle de l'agglomération, du sillon, qui simule zones construites et transport ? Par exemple à partir de simulations à agents libres ou d'autre chose ? À l'aide, les chercheurs de la ville...!

Et surtout où est cette vision à long terme, qui fait que les villes qui sont fortes et ont du succès ont développé des modèles durables, qui se perpétuent  sur de très longues périodes, des siècles en fait. Voir Paris et Rome ou Chicago et New York.

Les villes chinoises ont été construites autour de concepts développés aux USA dans l'immédiat après guerre et elles ont pris leur essor plus de 60 ans après. Il me semble qu'il s'agit là d'un véritable anachronisme et, de fait, d'une erreur de politique majeure !