samedi 14 juillet 2012
ET SI ON PARLAIT DE CHIFFRES ?
Alors que 85% d'une génération arrive au niveau bac, une mesure du recul définitif de l'illettrisme, il faudrait commencer à faire la guerre à l'innumérisme et aider ainsi chacun à développer une vraie pensée critique. Celle-ci demande de se construire une vision chiffrée du monde !
Il s'agit ici de mettre un peu de clarté dans le débat actuel sur PSA et son plan de réduction d'emplois. Parce quelques chiffres vont rapidement montrer qu'il ne s'agit pas seulement d'emplois ni seulement de PSA. Si je me fais une entorse en mettant le pied dans un trou de la route, ce n'est pas simplement parce que je ne suis pas assez vigilant, mais parce qu'il y a un nid de poule dans cette route !!!
In principio, l'économie va mal, très mal. Un chiffre assez fort : la production d'acier en Europe est tombée de 25% depuis 2008. Une telle chute, cela ne relève pas d'un évènement conjoncturel ni des bavardages des commentateurs de télévision, mais d'une crise majeure, durable, qui s'apparente à une guerre en termes d'impact et d'ampleur. L'acier vendu en Europe l'est à hauteur de 40% à l'industrie automobile, et il y a donc un rapport direct entre le problème de la sidérurgie et une forte dépression de l'industrie automobile.
Ne remontons pas au déluge pour parler des causes de cette crise économique, on l'a déjà fait dans ce blog. Restons sur l'automobile.
Il y a dans le monde 1 milliard d'automobiles, soit presque qu'une voiture par habitant dans les pays où le niveau de vie est assez élevé pour que les gens puissent se les offrir. Toutes ces voitures ne peuvent pas circuler en même temps, pas assez de surface de route ni de places de stationnement. Il faut aussi que les gens fassent d'autres choses que de se déplacer, etc. Néanmoins, les routes sont surchargées presque partout en zones urbaines ou quasi urbaines, comme la totalité du territoire néerlandais, et les utilisateurs d'autos le vivent au quotidien. Les nouvelles générations ont donc naturellement fait évoluer leurs "valeurs" au-delà de la possession d'une automobile et pour la première fois dans l'histoire moderne, l'appétence pour les voitures diminue. En Europe, à Beijing, etc.
Par ailleurs, le nombre de constructeurs automobiles est trop élevé et la plupart ne créent pas de valeur de façon durable. Comme cela a été le cas, mutatis mutandis, dans la sidérurgie après les crises dites pétrolières et jusqu'au début des années 1990. Les plus brillants s'en sortent à peu près, comme Volkswagen en ce moment ou Toyota, mais les plus fragiles sont en grande difficulté, PSA pour commencer, hic et nunc. Mais rappelons nous la faillite intégrale de Detroit il y a 4 ans, les difficultés concomitantes de Toyota, etc.
En résumé, il y a une offre excessive d'automobiles dans un marché très, très déprimé. La crise va conduire à détruire les faibles et ne conservera que les forts pour continuer à un niveau d'offre plus en conformité avec la demande hors crise. Evidemment, cela ne sera ni blanc, ni noir, surtout si certains états entrent dans le jeu et "sauvent" l'industrie automobile, comme cela a été fait aux Etats Unis ou pour la sidérurgie en Europe.
La bulle de l'automobile, donc...
Le développement de l'automobile ne répond pas tant à la satisfaction d'un droit à la mobilité qu'il ne traduit l'abondance de pétrole, d'essence, accessoirement de diesel, sans oublier le kérosène, des avions. Comme le pétrole a très probablement passé son pic, on s'achemine vers la fin d'un paradigme, la fin d'un Kondratief: fin du pétrole et fin de l'automobile - à terme. Ni les piles à combustible, ni les voitures électriques ne renouvèleront le "miracle " lié au pétrole.
Tout ceci étant dit, si PSA est en train de plonger, c'est à cause de PSA, comme le dit sans grande imagination un récent édito du Monde. Quel a été l'erreur de management de ce groupe ? Un manque de vision géopolitique, c'est évident, une passion pour les solutions maisons, différentes de celles des autres, des décisions prises dans une famille fermée sur elle même - mais des groupes familiaux semblent encore réussir dans d'autres secteurs, voir Loréal ou ArcelorMittal, etc.
Ces erreurs sont-elles une nécessaire condamnation à mort de PSA ? Sûrement pas, mais ce ne sont ni les édito du Monde ou de BFM TV, ni le ministre du redressement économique qui ont les clés pour éviter le désastre.
Ce qu'il faut, c'est plus d'intelligence collective dans la société, je vous laisse imaginer ce que cela peut vouloir dire en détail.
dimanche 1 juillet 2012
Pour la défense de Jean-Louis Beffa....
... qui n'en a probablement pas besoin. Mais nous avons collectivement réagi en direct à ses propos relatifs à ULCOS (voir par exemple http://quodusquetandem.blogspot.fr/2012/06/lacier-est-il-ringard.html), alors que son message est beaucoup plus large et plus intéressant. Il le développe ou l'encourage dans le centre Cournot (http://www.centrecournot.org/), dont il est co-président, et dans son dernier livre, "la France doit choisir" (Seuil), qui a reçu une forte couverture médiatique.
Mais qui a écouté ce qu'il avait à dire ?
Ce qu'il dit se résume en quelques phrases :
1. l'état doit conserver un droit de regard dans l'économie du pays et y développer une stratégie de long terme (= une stratégie industrielle) par tout moyen "moderne" à disposition (il ne préconise pas le retour au Gosplan !).
2. l'industrie joue un rôle-clé dans l'économie, et doit donc être préservée sur le long terme, encore une fois avec des politiques subtiles, adaptées et durables, c'est-à-dire conduites sur la durée.
3. ce nouveau colbertisme s'oppose au "modèle libéral financier" (sic), qui a conduit au recul de la place de l'industrie en France, laissé ce qui reste de l'industrie entre les mains de financiers, dont la famille Mittal est un parfait exemple, en laissant faire par ailleurs, donc dans le tertiaire qui se développe beaucoup mais a créé un pays hydrocéphale !
4. l'exemple des "bonnes politiques" est donné par l'Allemagne. Qui, malgré des salaires allemands, tient tête à la Chine du fait de la qualité et l'image d'excellence de ses produits.
En plus résumé encore, la mondialisation ne peut conduire à une répartition des activités économiques à l'échelle mondiale, avec une Asie industrielle et une Europe qui ne sait plus innover et croître. Il faut laisser ne art à l'industrie, mais une industrie compétitive et innovante, que les états se doivent d'aider de multiples façons, mais certainement à seule fin de préserver l'emploi.
Qui serait contre ces bonnes idées et cette analyse subtile de ce qui fonctionne en Europe et de ce qui ne fonctionne pas ? Qui refuserait de placer le débat à un niveau assez élevé pour dépasser les conflits entre pays de l'Europe et affronter l'avenir ?
De fait, il y aurait beaucoup à dire pour dépasser aussi le discours de Beffa, tel qu'il est exprimé dans ses propos récents.
Rappeler, par exemple, que l'économie a d'abord pour mission de créer du bien-être pour les populations, les peuples (?) qu'ils abritent - je n'ai rien vu d'ailleurs dans Beffa, qui dise le contraire.
Rappeler aussi que l'Europe est le plus grand ensemble économique mondial en terme de création de richesse (PIB en US$ ou PIB en PPP), devant les États Unis, la Chine, etc. C'est sa désunion ou son insistance pour être présentée comme une collection d'états séparés qui fait que cette réalité est la plupart du temps occultée. Donc raisonner au niveau de l'Europe, pas seulement de la France ou de l'Allemagne.
Rappeler enfin que la menace la plus grave c'est le changement climatique, qui va redéfinir les priorités de l'économie et de la politique, surtout si on persiste à ne pas agir pour le contrer, à supposer qu'il en soit encore temps. Et mettre à mal la mondialisation en tant que principe organisateur de l'économie, tout simplement parce que la logistique ne suivra pas pour cause de météo hyper-instable et de conflits géopolitiques majeures entre les pays dévastés et les autres qui le seront moins...
Si on ferme la boucle de l'argument en revenant à ULCOS et à l'acier. On va toujours avoir besoin d'acier, qu'il devra être disponible localement (à l'échelle au plus européenne, pour ce qui est de l'Europe), et qui va servir à réinventer les technologies robustes qui permettront de survivre tant bien que mal au changement climatique. Et ULCOS, c'est aussi une contribution majeure à la lutte contre le changement climatique, la transformation de la sidérurgie en industrie verte, etc. Ça peut bien entendu casser le modèle des usines en bord de mer, qui date des années 1960, en redistribuant les cartes autour des défis modernes. Donc donner un avenir à Florange. Mais ULCOS c'est beaucoup plus que cela !
Enfin, le problème de Florange, c'est aussi le résultat de la vision myope et court termiste du modèle libéral financier. La production d'acier en Europe a baissé de 50 millions de tonnes entre 2008 et 2011, ce qui se traduit, n'est-ce pas évident, par des surcapacités énormes, donc des usines à arrêter. Il y en avait au moins deux en 2008 au niveau de toute l'Europe, donc beaucoup plus aujourd'hui. Donc Florange n'a aucun avenir et il serait irresponsable de redémarrer ses hauts fourneaux : mieux vaut y sauver les meubles, donc l'usine à froid ou même le laminoir à chaud, comme un "cadre" anonyme d'ArcelorMittal l’explique à la livraison hebdomadaire de la Semaine (www.lasemaine.fr).
Désolé, mais ce raisonnement prend l'eau de toutes parts ! La chute de production de 30% reflète la persistance de la crise de 2008/2009, pas une tendance lourde pour l'Europe. Maintenir les fermetures d'usines, c'est s'enraciner dans cette crise, pas en sortir... sauf en fuyant ! Décider que Florange est l'usine à fermer ou à maintenir fermer, c'est aussi une démarche en apparence fondée sur l'analyse sobre des prix de revient des différents sites d'ArcelorMittal, mais de fait une vision à très court terme, pilotée par des gens qui privilégient d'autres sites et par un direction qui n'a plus les moyens financiers de poser le problème sur le marché européen dans son ensemble. Il y a besoin là d'une analyse critique contradictoire...
Mais qui a écouté ce qu'il avait à dire ?
Ce qu'il dit se résume en quelques phrases :
1. l'état doit conserver un droit de regard dans l'économie du pays et y développer une stratégie de long terme (= une stratégie industrielle) par tout moyen "moderne" à disposition (il ne préconise pas le retour au Gosplan !).
2. l'industrie joue un rôle-clé dans l'économie, et doit donc être préservée sur le long terme, encore une fois avec des politiques subtiles, adaptées et durables, c'est-à-dire conduites sur la durée.
3. ce nouveau colbertisme s'oppose au "modèle libéral financier" (sic), qui a conduit au recul de la place de l'industrie en France, laissé ce qui reste de l'industrie entre les mains de financiers, dont la famille Mittal est un parfait exemple, en laissant faire par ailleurs, donc dans le tertiaire qui se développe beaucoup mais a créé un pays hydrocéphale !
4. l'exemple des "bonnes politiques" est donné par l'Allemagne. Qui, malgré des salaires allemands, tient tête à la Chine du fait de la qualité et l'image d'excellence de ses produits.
En plus résumé encore, la mondialisation ne peut conduire à une répartition des activités économiques à l'échelle mondiale, avec une Asie industrielle et une Europe qui ne sait plus innover et croître. Il faut laisser ne art à l'industrie, mais une industrie compétitive et innovante, que les états se doivent d'aider de multiples façons, mais certainement à seule fin de préserver l'emploi.
Qui serait contre ces bonnes idées et cette analyse subtile de ce qui fonctionne en Europe et de ce qui ne fonctionne pas ? Qui refuserait de placer le débat à un niveau assez élevé pour dépasser les conflits entre pays de l'Europe et affronter l'avenir ?
De fait, il y aurait beaucoup à dire pour dépasser aussi le discours de Beffa, tel qu'il est exprimé dans ses propos récents.
Rappeler, par exemple, que l'économie a d'abord pour mission de créer du bien-être pour les populations, les peuples (?) qu'ils abritent - je n'ai rien vu d'ailleurs dans Beffa, qui dise le contraire.
Rappeler aussi que l'Europe est le plus grand ensemble économique mondial en terme de création de richesse (PIB en US$ ou PIB en PPP), devant les États Unis, la Chine, etc. C'est sa désunion ou son insistance pour être présentée comme une collection d'états séparés qui fait que cette réalité est la plupart du temps occultée. Donc raisonner au niveau de l'Europe, pas seulement de la France ou de l'Allemagne.
Rappeler enfin que la menace la plus grave c'est le changement climatique, qui va redéfinir les priorités de l'économie et de la politique, surtout si on persiste à ne pas agir pour le contrer, à supposer qu'il en soit encore temps. Et mettre à mal la mondialisation en tant que principe organisateur de l'économie, tout simplement parce que la logistique ne suivra pas pour cause de météo hyper-instable et de conflits géopolitiques majeures entre les pays dévastés et les autres qui le seront moins...
Si on ferme la boucle de l'argument en revenant à ULCOS et à l'acier. On va toujours avoir besoin d'acier, qu'il devra être disponible localement (à l'échelle au plus européenne, pour ce qui est de l'Europe), et qui va servir à réinventer les technologies robustes qui permettront de survivre tant bien que mal au changement climatique. Et ULCOS, c'est aussi une contribution majeure à la lutte contre le changement climatique, la transformation de la sidérurgie en industrie verte, etc. Ça peut bien entendu casser le modèle des usines en bord de mer, qui date des années 1960, en redistribuant les cartes autour des défis modernes. Donc donner un avenir à Florange. Mais ULCOS c'est beaucoup plus que cela !
Enfin, le problème de Florange, c'est aussi le résultat de la vision myope et court termiste du modèle libéral financier. La production d'acier en Europe a baissé de 50 millions de tonnes entre 2008 et 2011, ce qui se traduit, n'est-ce pas évident, par des surcapacités énormes, donc des usines à arrêter. Il y en avait au moins deux en 2008 au niveau de toute l'Europe, donc beaucoup plus aujourd'hui. Donc Florange n'a aucun avenir et il serait irresponsable de redémarrer ses hauts fourneaux : mieux vaut y sauver les meubles, donc l'usine à froid ou même le laminoir à chaud, comme un "cadre" anonyme d'ArcelorMittal l’explique à la livraison hebdomadaire de la Semaine (www.lasemaine.fr).
Désolé, mais ce raisonnement prend l'eau de toutes parts ! La chute de production de 30% reflète la persistance de la crise de 2008/2009, pas une tendance lourde pour l'Europe. Maintenir les fermetures d'usines, c'est s'enraciner dans cette crise, pas en sortir... sauf en fuyant ! Décider que Florange est l'usine à fermer ou à maintenir fermer, c'est aussi une démarche en apparence fondée sur l'analyse sobre des prix de revient des différents sites d'ArcelorMittal, mais de fait une vision à très court terme, pilotée par des gens qui privilégient d'autres sites et par un direction qui n'a plus les moyens financiers de poser le problème sur le marché européen dans son ensemble. Il y a besoin là d'une analyse critique contradictoire...
mercredi 20 juin 2012
L'acier est-il ringard ?
Pour ceux qui savent qu'un ringard est une tige d'acier, le titre peut ressembler à un jeu de mot. Mais il s'agit de fait d'un débat récurrent, relancé cette semaine au CES de Lorraine par Jean-Louis Beffa, venu y faire la promo de son dernier bouquin (La France doit choisir, Seuil, janvier 2012).
Ulcos : Beffa l’iconoclaste
Jean-Louis
Beffa, ancien patron de Saint-Gobain – Pont-à-Mousson, lance un pavé dans la
mare en contestant le bien-fondé du projet sidérurgique de captage-stockage de
CO2 ULCOS, envisagé à Florange.
Au premier degré, j'avais répondu que "bien sûr que l'acier était ringard, comme l'amour, comme le sexe. Hâtons-nous de vite passer à autre chose !" Mais si on essayait d'en parler plus sérieusement ?
Le fond du fond est qu'on a produit autant d'acier depuis 2000, que pendant les cinquante années qui ont précédé. La production mondiale s'est envolée pendant cette période et elle continue à augmenter. Les prospectivistes prévoient un doublement d'ici 2050, et, même s'ils se trompent sur les chiffres précis, il n'y a aucun doute pour personne que le trend y est. L'acier est au cœur de tout ce qu'on touche et de tout ce qui nous entoure, qu'on soit chez soi, au travail ou en voyage. C'est vrai depuis plusieurs milliers d'années et ça va continuer encore longtemps. Désolé, c'est comme cela ou, Dieu merci, c'est comme cela, suivant le lecteur.
Donc, le monde a besoin d'acier, comme il a besoin de matériaux structuraux de base, car nous vivons dans un monde en dur, matériel (donc fait de matériaux !), pas dans la matrice de Matrix. Cette demande stable, sur la durée, qui remonte carrément à la préhistoire, n'est pas ringarde. Respirer n'est pas ringard, aimer n'est pas ringard, faire des enfants n'est pas ringard !
Si on y regarde de près, une usine sidérurgique est un lieu de haute technologie, dans lequel les ingénieurs réalisent quelques unes des plus grandes prouesses de la technologie. C'est vrai et facile à démontrer. Donc, le secteur et le matériau acier sont certes là depuis longtemps, mais ils ne sont ni usés, ni dépassés, ni en voie de disparition : Si on y regarde de près, les aciers sont des composites intégrant à grande échelle des nanomatériaux - par exemple, la perlite, dont le secteur produit donc de l'ordre de 10 puissance 33 atomes par an !! La modernité est un concept à la mode, mais il est fragile, voir Habermas. L'acier aussi est moderne et, dirais-je, il est même complètement post-moderne, le concept qui a fait suite à celui de modernité et qui, lui aussi, fait preuve d'usure, voire de ringardise !
On peut donc à la fois être durable, stable, exister depuis longtemps et être moderne, post-moderne et plus encore !
Si on a besoin d'acier, qui doit le fabriquer ? ll y a deux modèles, comme toujours. Soit on le produit localement, ou on l'importe du bout du monde. Aujourd'hui, en Europe, on produit l'acier dont on a besoin. Le commerce international reste très minoritaire, essentiellement parce que les coûts de transports sont du même ordre de grandeur que les gradients de prix de revient, liés le plus souvent au coût du travail. La mode a longtemps été que les industries de base, même si elles sont modernes, devraient aller au bout du monde la fois pour externaliser la pollution, un réflexe tout à fait néo-colonial, et pour partager la création de valeur de l'économie avec les pays émergents. On pense de plus en plus aujourd'hui, qu'une économie locale doit comporter une fraction importante d'industrie, y compris celles des matériaux qu'elle met en œuvre.
Il n'y a donc plus de raison "moderne" d'envoyer la sidérurgie au bout du monde, dans la mesure où la consommation locale ou régionale se maintient. Inventer de nouvelles industries est important, surtout si on change de cycle de Kondratiev, mais on n'a pas besoin de faire table rase de sa culture, de son passé et surtout des secteurs qui existent et marchent bien.
Question résiduelle mais centrale, donc, la consommation européenne d'acier se maintient-elle ?
La réponse était clairement oui, jusqu’à la crise de 2008 : une croissance faible mais réelle, correspondant à la croissance modeste mais réelle de l'économie européenne.. Ensuite, il y a eu un effondrement et depuis la petite reprise survenue l'année dernière, qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant 2009. S'agit-il d'une rupture durable pour la consommation d'acier en Europe, révélée par la crise - un peu comme la première crise pétrolière avait servi de marqueur à la fin des 30 glorieuses, ou simplement du fait que la crise de 2008 est solidement installée et n'a fait l’objet que d'une courte rémission. Je crois à la deuxième explication, celle d'une crise durable, qui affecte de facto le monde entier, même si elle est en ce moment plus évidente en Europe.
Avec cette intuition, quand la crise s’effacera, on devrait retrouver une dynamique de demande équivalente à celle d'avant. Comment les capacités de production disponibles, qui ont été héritées du passé, correspondront-elles à ces besoins ? Surproduction ou sous-production ? Quelles fluctuations conjoncturelles sont-elles à prévoir ? Comment nous adapterons-nous à ces fluctuations, en important en période de plus forte demande ou en exportant en période de de plus faible demande ? Quelles usines devraient être privilégiées? Sur quels critères ? Quelles acteurs économiques devront porter ces ajustements ?
Le challenge majeur qui nous fait face, c'est le changement climatique, un bouleversement gigantesque, dont la plupart des parties prenantes n'ont pas encore analysé l'ampleur. C'est à l'aune de ce changement climatique que les technologies à privilégier pour le futur sont à choisir. C'est encore plus vrai des usines sidérurgiques qui produiront de l'acier pour les 20 ou 30 ans qui viennent.
La réponse pour la sidérurgie, s'appelle ULCOS. ULCOS permettra de réduire les émissions de CO2 de 50 à 80%, ce qui est énorme ! Elle donnera aux usines qui l'utiliseront une visibilité à long terme, la capacité de répondre aux contraintes climatiques et un avantage en coût très substantiel par rapport à celles qui n'en seront pas encore équipées. Donc, opportunité d'être vert et de créer de la valeur économique, une coopération assez rare et proprement spectaculaire.
Cette technologie devrait être mise en place à Florange. L'usine lorraine se retrouvera alors projetée en tête des usines aujourd'hui les plus performantes du continent, sinon du monde ! Une redistribution géopolitique des cartes inattendue et fondamentale. Elle réduira ses émissions de CO2 de façon drastique, sa consommation énergétique aussi et aura le potentiel de réduire de façon majeure toutes ses empreintes environnementales.
Réussir une telle transformation en Lorraine, ce n'est pas protéger une industrie ringarde, qui n'a d'ailleurs rien de ringard. C'est construire un monde pour nos petits enfants, moins hostile que celui qui émergerait si on n'agissait pas. Probablement aussi moderne ou post-moderne,e que de construire une grande centrale solaire, dont tous les kWh seront subventionnés pendant au moins les 20 ans à venir !
Ulcos : Beffa l’iconoclaste
Jean-Louis
Beffa, ancien patron de Saint-Gobain – Pont-à-Mousson, lance un pavé dans la
mare en contestant le bien-fondé du projet sidérurgique de captage-stockage de
CO2 ULCOS, envisagé à Florange.
.../..."
(Le Républicain Lorrain, 14/06/2012)
Au premier degré, j'avais répondu que "bien sûr que l'acier était ringard, comme l'amour, comme le sexe. Hâtons-nous de vite passer à autre chose !" Mais si on essayait d'en parler plus sérieusement ?
Le fond du fond est qu'on a produit autant d'acier depuis 2000, que pendant les cinquante années qui ont précédé. La production mondiale s'est envolée pendant cette période et elle continue à augmenter. Les prospectivistes prévoient un doublement d'ici 2050, et, même s'ils se trompent sur les chiffres précis, il n'y a aucun doute pour personne que le trend y est. L'acier est au cœur de tout ce qu'on touche et de tout ce qui nous entoure, qu'on soit chez soi, au travail ou en voyage. C'est vrai depuis plusieurs milliers d'années et ça va continuer encore longtemps. Désolé, c'est comme cela ou, Dieu merci, c'est comme cela, suivant le lecteur.
Donc, le monde a besoin d'acier, comme il a besoin de matériaux structuraux de base, car nous vivons dans un monde en dur, matériel (donc fait de matériaux !), pas dans la matrice de Matrix. Cette demande stable, sur la durée, qui remonte carrément à la préhistoire, n'est pas ringarde. Respirer n'est pas ringard, aimer n'est pas ringard, faire des enfants n'est pas ringard !
Si on y regarde de près, une usine sidérurgique est un lieu de haute technologie, dans lequel les ingénieurs réalisent quelques unes des plus grandes prouesses de la technologie. C'est vrai et facile à démontrer. Donc, le secteur et le matériau acier sont certes là depuis longtemps, mais ils ne sont ni usés, ni dépassés, ni en voie de disparition : Si on y regarde de près, les aciers sont des composites intégrant à grande échelle des nanomatériaux - par exemple, la perlite, dont le secteur produit donc de l'ordre de 10 puissance 33 atomes par an !! La modernité est un concept à la mode, mais il est fragile, voir Habermas. L'acier aussi est moderne et, dirais-je, il est même complètement post-moderne, le concept qui a fait suite à celui de modernité et qui, lui aussi, fait preuve d'usure, voire de ringardise !
On peut donc à la fois être durable, stable, exister depuis longtemps et être moderne, post-moderne et plus encore !
Si on a besoin d'acier, qui doit le fabriquer ? ll y a deux modèles, comme toujours. Soit on le produit localement, ou on l'importe du bout du monde. Aujourd'hui, en Europe, on produit l'acier dont on a besoin. Le commerce international reste très minoritaire, essentiellement parce que les coûts de transports sont du même ordre de grandeur que les gradients de prix de revient, liés le plus souvent au coût du travail. La mode a longtemps été que les industries de base, même si elles sont modernes, devraient aller au bout du monde la fois pour externaliser la pollution, un réflexe tout à fait néo-colonial, et pour partager la création de valeur de l'économie avec les pays émergents. On pense de plus en plus aujourd'hui, qu'une économie locale doit comporter une fraction importante d'industrie, y compris celles des matériaux qu'elle met en œuvre.
Il n'y a donc plus de raison "moderne" d'envoyer la sidérurgie au bout du monde, dans la mesure où la consommation locale ou régionale se maintient. Inventer de nouvelles industries est important, surtout si on change de cycle de Kondratiev, mais on n'a pas besoin de faire table rase de sa culture, de son passé et surtout des secteurs qui existent et marchent bien.
Question résiduelle mais centrale, donc, la consommation européenne d'acier se maintient-elle ?
La réponse était clairement oui, jusqu’à la crise de 2008 : une croissance faible mais réelle, correspondant à la croissance modeste mais réelle de l'économie européenne.. Ensuite, il y a eu un effondrement et depuis la petite reprise survenue l'année dernière, qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant 2009. S'agit-il d'une rupture durable pour la consommation d'acier en Europe, révélée par la crise - un peu comme la première crise pétrolière avait servi de marqueur à la fin des 30 glorieuses, ou simplement du fait que la crise de 2008 est solidement installée et n'a fait l’objet que d'une courte rémission. Je crois à la deuxième explication, celle d'une crise durable, qui affecte de facto le monde entier, même si elle est en ce moment plus évidente en Europe.
Avec cette intuition, quand la crise s’effacera, on devrait retrouver une dynamique de demande équivalente à celle d'avant. Comment les capacités de production disponibles, qui ont été héritées du passé, correspondront-elles à ces besoins ? Surproduction ou sous-production ? Quelles fluctuations conjoncturelles sont-elles à prévoir ? Comment nous adapterons-nous à ces fluctuations, en important en période de plus forte demande ou en exportant en période de de plus faible demande ? Quelles usines devraient être privilégiées? Sur quels critères ? Quelles acteurs économiques devront porter ces ajustements ?
Le challenge majeur qui nous fait face, c'est le changement climatique, un bouleversement gigantesque, dont la plupart des parties prenantes n'ont pas encore analysé l'ampleur. C'est à l'aune de ce changement climatique que les technologies à privilégier pour le futur sont à choisir. C'est encore plus vrai des usines sidérurgiques qui produiront de l'acier pour les 20 ou 30 ans qui viennent.
La réponse pour la sidérurgie, s'appelle ULCOS. ULCOS permettra de réduire les émissions de CO2 de 50 à 80%, ce qui est énorme ! Elle donnera aux usines qui l'utiliseront une visibilité à long terme, la capacité de répondre aux contraintes climatiques et un avantage en coût très substantiel par rapport à celles qui n'en seront pas encore équipées. Donc, opportunité d'être vert et de créer de la valeur économique, une coopération assez rare et proprement spectaculaire.
Cette technologie devrait être mise en place à Florange. L'usine lorraine se retrouvera alors projetée en tête des usines aujourd'hui les plus performantes du continent, sinon du monde ! Une redistribution géopolitique des cartes inattendue et fondamentale. Elle réduira ses émissions de CO2 de façon drastique, sa consommation énergétique aussi et aura le potentiel de réduire de façon majeure toutes ses empreintes environnementales.
Réussir une telle transformation en Lorraine, ce n'est pas protéger une industrie ringarde, qui n'a d'ailleurs rien de ringard. C'est construire un monde pour nos petits enfants, moins hostile que celui qui émergerait si on n'agissait pas. Probablement aussi moderne ou post-moderne,e que de construire une grande centrale solaire, dont tous les kWh seront subventionnés pendant au moins les 20 ans à venir !
dimanche 27 mai 2012
Où est l'Europe ?
L'Europe aujourd'hui, en termes de PIB et de richesse par habitant, c'est le plus gros ensemble d'états organisés autour d'institutions très structurées dans le monde. On pourrait presque dire que c'est le plus grand pays du monde !
C'est aussi un ensemble créé par l'histoire, qui a dominé le monde pendant 20 siècles mais qui en a perdu le contrôle, laissant ses "rivaux" actuels naître de sa politique internationale passée, celle des états et celle de la machine économique qu'elle a enfantée.
C'est aussi un ensemble créé par l'histoire, qui a dominé le monde pendant 20 siècles mais qui en a perdu le contrôle, laissant ses "rivaux" actuels naître de sa politique internationale passée, celle des états et celle de la machine économique qu'elle a enfantée.
L'Union européenne dont on parle ici c'est aussi une reconstruction du continent que les 3 guerres mondiales avait complètement déconstruit, au sens physique du terme de quasiment détruit, autour de valeurs généreuses et progressistes, contre la guerre et en faveur de la coopération. Le postulat était que cette vision du monde était la meilleure façon de guider ce grand ensemble vers une prospérité globale et d'éloigner les démons qui menaçaient d'engloutir le continent dans la ruine définitive, comme l'escalade des morts dans les guerres successives et l'arrivée des armes de destruction massive pouvaient le laisser craindre. Il y avait aussi le constat que les Etats Unis, enfants de l'Europe, étaient passés à l'âge adulte et demandaient à jouer le rôle d'une puissance impériale, un habit que les européens avaient enfilé au cours des siècles, mais qu'ils avaient désappris à porter. Il y avait donc le pari que l'Europe pouvait jouer un rôle, dont le contenu serait à inventer, autre que d'être l'imperator du monde.
L'empreinte de l'Europe sur le monde est présente partout.
D'abord dans la carte des états qui structurent la vie internationale et l'organisation des espaces où ceux-ci exercent leur souveraineté. C'est un modèle qui est issu de celui de l'Empire romain, une des sources les plus fortes de l'Europe. L'histoire de l'Europe a été celle de la construction de ces états, dans un univers fluide de peuples et d'ethnies en mouvement qui se sont déplacés sur tout le continent, de l'est vers l'ouest puis vers le sud, dont le flot s'est peu à peu figé et a conduit à ces multiples et étonnants (au sens de la recherche !) melting pots, qui ont conduits aux populations modernes qui se nomment françaises, anglaises, allemandes ou italiennes. La construction s'est faite à la dure, donc à la guerre, à la rapine et aux massacres, autour d'ensembles qui paraissent cohérents aujourd'hui mais qui ont opposé des groupes rassemblés par des familles fortes, se combattant jusqu'à ce que des lignes de démarcation qu'on appelle aujourd'hui des frontières se mettent en place. L'Eglise et le Christianisme ont joué un rôle d'institution supranationale, pré-existante à celle des nations, pour apporter un fil rouge à ces guerres permanentes. Les musulmans du sud est et les "barbares" de l'est ont aussi aidé l'Europe assiégée à se vouloir ce qu'elle a fini par devenir au cours des siècles, essentiellement pendant le Moyen Age, mais aussi pendant l'ère moderne puisque la confrontation avec l'Empire ottoman ne s'est achevée qu'avec la première guerre mondiale.
Le résultat final de ce chaos historique brassé par plus d'une dizaine de siècles d'expérimentation in vivo, si l'on peut dire, a conduit aux cartes politiques de l'Europe - pourtant si volatiles y compris tout le long du XXè siècle. C'est ce schéma d'organisation de l'espace géopolitique que l'Europe a imposé au reste du monde, comme méthode pour y apporter la civilisation, si l'on reprend le vocabulaire de la colonisation, cette autre invention européenne (issue de l'histoire de la Grèce antique ?). C'est aussi la norme adoptée par les organisations internationales, dans notre univers moderne post colonial. C'est autour de ces règles "qui vont de soi" qu'est née une grande part des conflits des 70 dernières années dans le monde entier, pour peu que des intérêts économiques à portée mondiale aient aidé à en amplifier la magnitude.
Donc cette Europe, qui s'est racheté une conduite après une deuxième (troisième) guerre mondiale qui devra être la der des der, se cherche un avenir face à l'Amérique du Nord, à la Chine et à d'autres émergents. L'Union européenne en est la réponse. Cette union, construite d'abord autour d'une vision prophétique de l'avenir - mais dont les racines s'éloignent dans le passé de l'histoire, s'est organisée autour du boum de la consommation qui a constitué le moteur des 30 glorieuses. Le bonheur et la modernité s'identifiaient avec la voiture, les machines électroménagères à libérer la femme, l'école longue pour tous, la santé protégée par des sytèmes pilotés par l'état, une protection de la maternité et de la petite enfance, etc.
Pendant ce temps, les modes de vie européens, largement recodifiés et amplifiés aux Etats Unis, se répandaient sur la planète entière dont la démographie explosait grâce à la montée de l'hygiène et au commerce international des médicaments. D'où la montée de la Chine et de l'Inde, qui ont repris au XXIè siècle la place que ces ensembles culturels anciens et forts avaient avant l'envolée solitaire de l'Europe: ne pas oublier que vers l'an 100, Rome et Pékin étaient les deux plus grandes villes du monde, autour d'un million d'habitants.
De digressions en commentaires, je suis arrivé bien loin de mon propos initial, où je voulais expliquer que l'Europe actuelle est le résultat d'une construction historique complexe, qui ne se résume pas aux 5 ou dix dernières années, pendant lesquelles les grecs et autres récents ouvriers de la vigne européenne se sont enrichis rapidement et sans efforts, pendant que les plus anciens travaillaient et engrangeaient des réserves que les "autres" dilapidaient.
On pense à la cigale et la fourmi, discours que tient aujourd'hui l'Allemagne, même si la fable est très française, mais on pense aussi aux paraboles des ouvriers de la vigne, qui sont parmi les messages les plus intéressants et les plus profonds des évangiles. Dans cette vigne symbolique, on n'est pas récompensé par Dieu selon ce qu'on a produit au cours du temps, qui aurait été enregistré de façon précise et comptable avec soin et exhaustivité, mais selon des valeurs plus spontanéistes (ce qui vient du coeur) et plus proches de ce dont a un besoin (la vision "socialiste" de ces pages). Je ne nourris pas mes enfants pour ce qu'ils ont fait - les très petits, ils n'ont encore rien fait ! -, mais pour ce qu'ils sont pour moi et ce qu'ils seront au monde, un jour, sûrement.
La vision morale de l'économie à l'allemande, de fait selon la vision portée par la coalition Merkel de droite, est une erreur intellectuelle et historique et une approche idéologique et partisane. Pour une multitude de raisons.
Parce que la relance par la rigueur, ça ne marche pas, comme l'histoire de toutes les crises économiques l'a montré et comme le trou dans lequel se débat l'Europe aujourd'hui le montre. Le porteur des récits les plus clairs là-dessus est Paul Krugmann et ses éditos dans le NYT et l'IHT. The confidence fairy does not exist! C'est aussi l'histoire de l'âne de Buridan, mutatis mutandis...
Et aussi parce que la prospérité actuelle de l'Allemagne, qui semble lui donner le droit de donner des leçons aux autres européens, est le reflet des versements du reste de l'Europe à l'Allemagne, dans les dix dernières et années et aussi, plus en amont, au moment de la réunification.
L'épisode le plus récent constitue une mutualisation des effets bénéfiques de l'existence de l'Europe, pendant laquelle l'argent mis à dispositions des plus pauvres leur a permis d'acheter à ceux qui savaient produire ce dont ils avaient besoin et envie : les grecs achetant aux allemands. Une espèce de relance keynésienne, liée à la taille de l'Europe et à au gradient de développement et de richesse de ses régions (états membres).
Relire les édito de Krugmann : death of a fairy tale (http://www.nytimes.com/2012/04/27/opinion/krugman-death-of-a-fairy-tale.html) et those revolting Europeans (http://www.nytimes.com/2012/05/07/opinion/krugman-those-revolting-europeans.html). C'est bien documenté et on en parle largement dans la presse, bien que la survie de points de vue opposés me laisse naïvement perplexe !
La réunification de l'Allemagne, décidée par Helmut Kohl sans consulter personne en dehors de son pays, a aussi couté cher à l'Europe. L'Europe dont l'Allemagne, mais pas seulement l'Allemagne. Plusieurs points de croissance (2 ?) pendant plusieurs années (10 ans ou plus ?). Historiquement, je pense que Kohl a pris la bonne décision et qu'il l'a prise aussi vite qu'il fallait le faire. Mais ses successeurs ne doivent pas oublier que tout le monde a payé de ses deniers, y compris de ceux qui ne se sont jamais concrétisés, à travers tout le continent (et probablement au delà).
La prospérité actuelle de l'Allemagne résulte de ce bon fonctionnement des mécanismes européens, pas uniquement de la rigueur et la souffrance du peuple allemand au cours de ces dernières années.
L'Allemagne devrait donc abandonner ses discours moralisateurs et passer à la suite, à l'avenir, et renvoyer l'ascenseur. Cela s'appelle eurobonds, relance rapide de la croissance et sauvetage de la Grèce par son maintien dans la zone euro.
samedi 5 mai 2012
Pourquoi je vais voter pour François Hollande...
J'avais donné une liste de 100 raisons pour ne pas voter Sarkozy, il y a 5 ans. Ça n'a pas suffi à mettre Mme Royal en position de gagner, car les blogs n'avaient pas autant de pouvoir à cette époque lointaine !
Cette année, pas besoin de faire du chiffre, car je n'ai pas l'impression de me battre contre la marée.
Je vais donc voter pour FH, parce que :
1. J'aimerais bien que mes petits enfants grandissent dans un pays apaisé, où les locataires de l'espace national ne se battent pas dans une guerre civile larvée et où on prenne le temps de vivre avec son temps, donc avec ses dynamiques et ses dangers. La droite avait fermé le paysage politique français dans un univers national, où tout ce qui était différent faisait peur : le monde change, nous changeons avec lui et rien ne sert d'encourager ceux se cela effraie.
C'est important pour des gosses de vivre dans l'ouverture, la confiance, la curiosité, de façon qu'à leur tour ils sachent comment faire pour répondre aux défits qui seront les leurs quand leur génération sera aux manettes.
2. L'alternance, c'est une bonne chose qui reste suffisamment rare sur la planète, comme mon chauffeur de taxi d'origine algérienne me le faisait remarquer il y a deux semaines à Montréal, pour qu'on s'en délecte. Mais ce n'est la raison de voter pour FH ou contre NS. L'alternance, c'est une des composantes de la démocratie, mais pas un balancier selon lequel on change de crémerie à chaque élection, comme les entreprises changent d'agence de voyage ou de service de nettoyage : le dire, comme on l'entend beaucoup, c'est considérer la politique comme un jeu vain et les politiciens comme des pions interchangeables, tous médiocres sinon tous pourris.
3. La France est une nation qui vit dans l'histoire, c'est-à-dire dans un passé réécrit dans une narratologie très particulière, celle d'une reconstruction nationaliste de l'identité nationale, dont on a bourré l'esprit des élèves à l'école et dans la vie quotidienne, la presse par exemple. C'est un peu court, mais ce n'est qu'un propos parmi d'autres. Les français, donc, vivent avec des mythes comme Vercingétorix ou Jeanne d'Arc, et avec le souvenir de splendeurs passées, dont on a oublié les aspérités ou les crimes : Louis XIV, Napoléon Ier, etc.
Une des dérives de cette vision du monde, le monde à la française, est que cette grandeur particulière, ce destin universel du pays reste l'objectif premier de la politique nationale : ça donne des flamboiements anecdotiques comme le discours de Villepin à l'ONU, mais la plupart du temps un pilotage hors des règles du monde, comme les 12 années de présidence de Chirac, un exercice de sur-place assez hallucinant. !
La gauche n'échappe pas complètement à ce fantasme et y ajoute les siens, au hasard Jean Jaurès, mais elle s'est revelé de fait beaucoup plus réaliste et pragmatique que le doite et c'est elle qui a fait progresser le pays au cours des 70 dernières années : le front populaire, la présence de la gauche dans le gouvernement de de Gaulle, le gouvernement de Mendès France, mai 68 (où la gauche, issue des racines et des pavés a influé par des mouvements de rue à caractère révolutionnaire), Mitterrand et Jospin.
La compétence et la pertinence à été du côté de la gauche, la droite se laissant aller à refuser l'évidence, à retarder les prises de décision, à attendre ou à nier tout en flattant les pleureuses. C'est le contraire de ce qui s'est dit au cours de la campagne.
4. La gauche, c'est aussi l'écoute de l'autre, un peu plus de coeur, un peu moins d'égoïsme, une volonté d'être équitable, de penser aux pauvres, aux défavorisés. D'une certaine manière, ceux qui croient à une morale, pourquoi pas basée sur la bible, devraient s'y retrouver.
On y trouve aussi cette idée que les gens ne sont pas seuls dans la société, que leur réussite est celle d'un groupe, d'une écologie sociale. Cela aussi n'est pas dit souvent à droite, voir ces discours sur le vrai travail ("le travail de ceux qui n'ont jamais rien demandé à personne", NS), comme si le self made man s'était construit dans un vide sidéral.
Ces valeurs n'appartiennent pas qu'à la gauche, dieu merci, et elles ne sont pas présentes dans les discours de toutes les gauches, mais c'est quand même là qu'on l'entend parler le plus fort.
Mince, 4 raisons seulement de voter FH, pas 100.
On pourrait en ajouter quelques autres... L'homme lui même est attirant, intellectuellement, il explique, il a l'air de croire que la raison doit sous-tendre ce qu'il dit et que quelques principes doivent soutenir l'action, suffisamment larges dans l'espace, le temps, le respect des autres et la générosité.
Ça me paraît suffisant !
JP
Le 5 mai 21012, la veille d'un scrutin modestement historique, dans le microscope français.
Cette année, pas besoin de faire du chiffre, car je n'ai pas l'impression de me battre contre la marée.
Je vais donc voter pour FH, parce que :
1. J'aimerais bien que mes petits enfants grandissent dans un pays apaisé, où les locataires de l'espace national ne se battent pas dans une guerre civile larvée et où on prenne le temps de vivre avec son temps, donc avec ses dynamiques et ses dangers. La droite avait fermé le paysage politique français dans un univers national, où tout ce qui était différent faisait peur : le monde change, nous changeons avec lui et rien ne sert d'encourager ceux se cela effraie.
C'est important pour des gosses de vivre dans l'ouverture, la confiance, la curiosité, de façon qu'à leur tour ils sachent comment faire pour répondre aux défits qui seront les leurs quand leur génération sera aux manettes.
2. L'alternance, c'est une bonne chose qui reste suffisamment rare sur la planète, comme mon chauffeur de taxi d'origine algérienne me le faisait remarquer il y a deux semaines à Montréal, pour qu'on s'en délecte. Mais ce n'est la raison de voter pour FH ou contre NS. L'alternance, c'est une des composantes de la démocratie, mais pas un balancier selon lequel on change de crémerie à chaque élection, comme les entreprises changent d'agence de voyage ou de service de nettoyage : le dire, comme on l'entend beaucoup, c'est considérer la politique comme un jeu vain et les politiciens comme des pions interchangeables, tous médiocres sinon tous pourris.
3. La France est une nation qui vit dans l'histoire, c'est-à-dire dans un passé réécrit dans une narratologie très particulière, celle d'une reconstruction nationaliste de l'identité nationale, dont on a bourré l'esprit des élèves à l'école et dans la vie quotidienne, la presse par exemple. C'est un peu court, mais ce n'est qu'un propos parmi d'autres. Les français, donc, vivent avec des mythes comme Vercingétorix ou Jeanne d'Arc, et avec le souvenir de splendeurs passées, dont on a oublié les aspérités ou les crimes : Louis XIV, Napoléon Ier, etc.
Une des dérives de cette vision du monde, le monde à la française, est que cette grandeur particulière, ce destin universel du pays reste l'objectif premier de la politique nationale : ça donne des flamboiements anecdotiques comme le discours de Villepin à l'ONU, mais la plupart du temps un pilotage hors des règles du monde, comme les 12 années de présidence de Chirac, un exercice de sur-place assez hallucinant. !
La gauche n'échappe pas complètement à ce fantasme et y ajoute les siens, au hasard Jean Jaurès, mais elle s'est revelé de fait beaucoup plus réaliste et pragmatique que le doite et c'est elle qui a fait progresser le pays au cours des 70 dernières années : le front populaire, la présence de la gauche dans le gouvernement de de Gaulle, le gouvernement de Mendès France, mai 68 (où la gauche, issue des racines et des pavés a influé par des mouvements de rue à caractère révolutionnaire), Mitterrand et Jospin.
La compétence et la pertinence à été du côté de la gauche, la droite se laissant aller à refuser l'évidence, à retarder les prises de décision, à attendre ou à nier tout en flattant les pleureuses. C'est le contraire de ce qui s'est dit au cours de la campagne.
4. La gauche, c'est aussi l'écoute de l'autre, un peu plus de coeur, un peu moins d'égoïsme, une volonté d'être équitable, de penser aux pauvres, aux défavorisés. D'une certaine manière, ceux qui croient à une morale, pourquoi pas basée sur la bible, devraient s'y retrouver.
On y trouve aussi cette idée que les gens ne sont pas seuls dans la société, que leur réussite est celle d'un groupe, d'une écologie sociale. Cela aussi n'est pas dit souvent à droite, voir ces discours sur le vrai travail ("le travail de ceux qui n'ont jamais rien demandé à personne", NS), comme si le self made man s'était construit dans un vide sidéral.
Ces valeurs n'appartiennent pas qu'à la gauche, dieu merci, et elles ne sont pas présentes dans les discours de toutes les gauches, mais c'est quand même là qu'on l'entend parler le plus fort.
Mince, 4 raisons seulement de voter FH, pas 100.
On pourrait en ajouter quelques autres... L'homme lui même est attirant, intellectuellement, il explique, il a l'air de croire que la raison doit sous-tendre ce qu'il dit et que quelques principes doivent soutenir l'action, suffisamment larges dans l'espace, le temps, le respect des autres et la générosité.
Ça me paraît suffisant !
JP
Le 5 mai 21012, la veille d'un scrutin modestement historique, dans le microscope français.
samedi 28 avril 2012
Vive la croissance phallique !
Le Monde vient de produire un édito (journal en date du 27/04/2012) pour réclamer que Paris ose se doter de gratte-ciels, comme l'ont fait la plupart des grandes villes du monde... sauf un assez grand nombre de vieilles villes européennes. Si les urbanistes parisiens du passé n'avaient pas laissé la ville changer au cours de sa longue histoire, elle n'aurait ni sa richesse, ni son charme actuels. Il y a bien une exception en région parisienne, le quartier de la Défense, hérissé de gratte-ciels, dont les plus anciens, vieux de 30 ans, ont déjà été démolis et reconstruits dans des styles plus récents; c'est le quartier d'affaires le plus important d'Europe, en m2 disponibles. Montréal ou Toronto ont laissé la ville croitre vers le ciel, à la manière des cathédrales, mais les plus créatives des villes du monde qui ont osé cela sont Chicago (Michigan Avenue), New York et Beijing (Rue Chang'an).
Le cri citoyen du
journal relève de plusieurs logiques : la première est qu'une ville est une
structure vivante et qu'elle doit changer, par apoptose, par remplacement des
anciennes cellules et par croissance de nouvelles, une métaphore de
la ville comme structure biologique vivante, qui exprime que ce qui ne change
pas se nécrose ou se fossilise. Il faut aussi tenir compte de la
croissance de la population urbaine et éviter que le déficit de logements et de
bureaux ne crée des bulles foncières de nature spéculative.
Ces questions ne
concernent pas que les grandes villes. Les petites villes de
"province", comme on dit à Paris, doivent affronter les mêmes soucis
et en outre gérer la question de l'étalement urbain, une espèce de mélanome qui
se propage en mode banlieue ou rurbain loin des villes, avec ces métastases que
sont les réseaux d'autoroutes. La messe est dite autour de Paris et des
mégalopoles, on peut peut-être éviter que les villes moyennes échappent à la pandémie
? Dans mon village dont la superficie ne dépasse pas 2 km2, sont concentrés pas
moins de deux autoroutes, deux méga-échangeurs et une route à quatre voix en
projet, soit une surface au sol du quart de la superficie de la commune !
Et une ville quasiment continue existe aujourd'hui, de Luxembourg à Épinal, le
sillon lorrain (http://www.sillonlorrain.org/), une construction organique,
naturelle, spontanée, liée à la géographie des vallées de la Meurthe et de
la Moselle, qui cherche comment donner une structure administrative opérationnelle à cet
ensemble à cheval sur deux pays, trois départements français et une région
hexagonale, la Lorraine.
Les immeubles de
grande hauteur, à Metz, Nancy, et pourquoi pas à Thionville et Epinal,
seraient une solution à ces questions.
Cela parait incongru
aujourd'hui avec des règles d'architecture qui imposent de ne pas dépasser le
hauteur de la cathédrale à Metz - preuve d'ailleurs qu'au Moyen Age on n'avait
cure de rester au ras des toits. On n'avait pas de règle semblable à
New York (Saint Patrick) ou à Montréal (Église Saint James). Je ne propose pas
d'enfermer Saint Étienne au fond d'un puits de très grands gratte-ciels, mais
de choisir où ériger des quartiers de crayons dressés vers le ciel. Aller voir
à Luxembourg comment ils y ont transformé le plateau du Kirchberg, à l'une des
extrémités du sillon lorrain. Il faudrait aussi en profiter pour arrêter
l'étalement urbain et laisser les habitants des villages lointains revenir vers
des centres. Cela demandera de l'imagination des dessineurs de villes,
mais de beaucoup d'autres acteurs de la vie publique : faire en sorte que les
gradients de prix, peut-être un prix élaboré comme un coût d'usage, redeviennent
centripètes, cesser de bétonner les abords des centres pour que les rurbains
puissent y "commuter", construire des systèmes de transports en
commun qui ne s'arrêtent pas à la frontière des ensembles administratifs (comme
le Mettis et la Communauté urbaine de Metz), imaginer des voies cyclables qui
servent à aller travailler au quotidien, pas seulement à se promener le
dimanche dans des zones bucoliques, et en décidant de leur donner la primauté
par rapport aux voitures.
Les immeubles
eux-mêmes peuvent être des lieux de vie nouveaux. Le Corbusier et ses
Cités Radieuses a déjà exploré certaines de ces possibilités : dans celui de
Marseille (la maison du fada),
on trouve des écoles, un hôtel, un excellent restaurant et des boutiques,
répartis à différents étages et pas simplement dans la rue. Quoi de plus
rassurant pour des parents que d'envoyer les enfants à l'école dans l'immeuble
au 42è étage, sans rue à traverser, ni feu rouge à respecter. Le samedi,
les israélites peuvent aller au Temple au 40è étage. Les catholiques auraient
la messe le dimanche dans l'église du toit de l'immeuble et les musulmans
iraient à la prière dans la mosquée du 7è - on pourrait aussi penser à des
lieux de culte multiconfessionnels, comme ceux de Bethléem ou des aéroports parisiens.
Les boites de nuits seraient proches des passerelles reliant les immeubles
entre eux, de façon à assurer un pool de gènes suffisamment large aux
générations futures, etc. En revenant à la maison de ces lieux publics,
on passerait à la boutique des fermes urbaines pour y faire son marché
quotidien de fruits et de légumes, etc. Et la maison n'aura pas de raison
d'être un simple appartement genre HLM, car là aussi l'imagination devrait être
la règle, comme dans les cités radieuses ou les duplex sont la règle.
Les gratte-ciels donc, mais
aussi une vision d'un lieu de vie global, régional, citial, où l'on puisse vivre, travailler, s'amuser, se cultiver,
apprendre, faire des bêtises, dans un espace à trois dimensions permettant
aussi de bouger (un terme qui pourrait remplacer celui de mobilité, un peu usé,
éculé, trop approprié par des lobbys).
Il faudrait aussi penser à la
biodiversité, qui fait les frais aujourd'hui de l'étalement urbain. Ces villes
nouvelles seraient traversées de couloirs
verts et bleus, qui assureraient la connectivité d'un espace réservé aux
écosystèmes naturels.
Ce serait une grande
révolution, une rupture de paradigme, car, aujourd'hui, c'est la ville qui
revendique ce tissu continu et le réalise, sans y penser.
dimanche 22 avril 2012
La campagne (électorale) bat la campagne...
Première journée de vote en France à la présidentielle. Les éditorialistes s'accordent à dire que la campagne a été d'un mauvais niveau, ce que the Economist résume en disant qu'elle a été futile, car personne n'a osé évoquer l'amertume de la potion de rigueur que les Français vont devoir très vite avaler en se pinçant le nez.
Je suis assez d'accord sur le fait que la campagne n'a pas parlé des choses essentielles, mais pas du tout avec la liste de ces essentiels qu'en fait la presse !
Qu'est-ce qui est important pour l'avenir et qui devrait donc figurer au coeur d'une campagne électorale ?
Globalement, ce sont les transformations que le monde, c'est à dire la planète, biosphère et anthroposphère incluses, vont vivre au XXIè siècle. Les enfants qui naissent en ce moment vont vivre tout cela dans leur vie qui devrait être longue (mais cela aussi est une question qui peut être remise en cause !) : le long terme c'est tout de suite ou demain à l'échelle de leur existence à eux ! Les générations futures sont déjà nées !!
Commençons par le changement climatique. Ses conséquences sont de plus en plus précisément identifiées et décrites et, si un reproche est à faire aux scientifiques du climat, c'est que leurs modèles "prédisent" des évolutions qui ne sont pas aussi rapides que ce qu'on commence à observer de façon très quantitative : en soi, c'est une question majeure, dont les scientifiques en question parlent peu. Les politiques et l'opinion publique, par contre, ont l'air d'avoir oublié ces questions ou d'en avoir repoussé tout examen sérieux dans un avenir toujours plus lointain. Je me noie, doucement, mais je n'apprends pas à nager. On laisse la parole aux professionnels du déni. On accepte les bouleversements qui se préparent, voire sont déjà là, avec seulement les assurances et les défenses nationales mobilisées pour préparer les ripostes ou les plans de contingence !
Viennent ensuite les questions liées à la population. La croissance démographique bien sûr, et les 3 ou 4 milliards d'habitants qui restent à ajouter à la population actuelle avant son pic final : avec le stress sur la nourriture, l'eau, la biodiversité, la pollution, les émissions de GES, etc. toute une série de problèmes immenses qui devraient occuper la politique internationale, actuellement encombrée par les séquelles de ces stupides guerres d'Afghanistan et d'Irak ou de répression encore plus stupide en Syrie ! Et l'urbanisation, la moitié de la population mondiale viavant aujourd'hui dans les villes, ce qui n'est qu'un début : champ immense pour les questions d'habitat, de transport, de préservation de la biodiversité dans un espace où les villes prennent tant de place (les couloirs verts et bleux, par exemple !).
Mais au-delà de ces questions d'explosion démographique, il faut déjà penser à la suite, le vieillissement de la population qui suivra avec un décalage de 50-60 ans. Un phénomène qui a déjà atteint le Japon et l'Allemagne (c'est pour cela, en particulier, que ce pays affiche par exemple des taux de chomage bas). Tous les pays émergents vont le rencontrer, la Chine par exemple va passer son pic de population un peu avant 2020, c'est-à-dire demain. S'ils n'ont pas trouvé la voie de la richesse et du bonheur (well being) d'ici dix à vingt ans, ces pays émergents vont replonger dans une misère généralisée. Et c'est sans parler des questions "mineures" comme la financement des retraites par répartition, qui semble tellement préocuper les français ! La question essentielle donc est celle de cette transition démographique de deuxième espèce qui s'amorce et qui conduit au delà du pic de population, vers quoi d'ailleurs ? Même cela est problématique, faute d'être suffisamment examiné et débattu.
On doit aussi penser à la pauvreté. Elle diminue certes de façon spectaculaire dans le monde, au point que l'objectif du millenium dans ce domaine a été atteint 5 ans avant la date-buttoir, mais le nombre de pauvres sur la planète reste scandaleusement élevé. Et il y a un risque évident d'un pic de bien être qui précèderait le pic de population, donc d'un retour en masse au niveau mondial de la pauvreté, de la faim et de la guerre.
La pauvreté reprend aussi des "parts de marché" dans les pays riches. Il y a 8 millions de pauvres en Farnce, soit 1/8ème de la population ! On n'a pas beaucoup parlé d'eux non plus au cours de cette campagne électorale, car peu parlent pour eux et leurs voix sont peu convoitées, car ils ne votent pas beaucoup. On rejoint la question de la création de richesse par l'économie et le fait que la redistribution marche mal, car elle n'est ni équitable, ni fraternelle ni charitable quand la croissance est anémique.
On parle aussi assez peu de l'inflation par les prix qui est communiquée par les pays riches aux moins riches (les pays récemment rentrés dans l'UE, par exemple, les émergents) et aux plus pauvres (pas encore en développement ou les pauvres des émergents). Par contre, on parle beaucoup, à gauche comme à droite, du dumping de mauvaises conditions de travail par les pays émergents. Pourtant, l'un va de pair avec l'autre !!!
Enfin, il y a la question de l'école. Là aussi il ya une grande différence entre les émergents où le lettrisme est majoritaire (e.g. la Chine, Cuba) et ceux où l'illestrisme est encore la règle (e.g. l'Inde, les pays musulmans pauvres, etc.). Même dans les pays riches, l'illetrisme ou l'anaphabétisme gagne du terrain, avec ces enfants scolarisés qui ne maîtrisent pas la lecture, en France par exemple. Illetrisme va de pair avec pauvreté, subordination des femmes et refus de leur laisser maîtriser leur fertilité; on reboucle ainsi sur les questions de démographie, etc.
Au niveau international, c'est-à-dire à celui où nous fonctionnons tous, volens nolens, on trouve, vue de la France, la question de l'Europe. Comment peut-on être français, je veux dire seulement français et pas européen, encore que cette catégorie soit un peu étroite, même si elle donne un peu plus d'espace pour éxister ? L'Europe comme support à un rêve capable de créer de la croissance et un peu de rirchesse à distribuer à tous, tout en préservant, pour l'humanité, la richesse culturelle de ce qui y a été produit dans le passé. Une Europe vivante et pas seulement un musée...
On peut aussi regretter que les religions communiquent essentiellement en dehors de ces thèmes majeurs.
Les chrétiens conservateurs, si vocaux aus Etats Unis, parlent encore d'interdire l'avortement ou la maîtrise des naissances : c'est une pratique qui remonte à l'époque où la mortalité infantile mettait en danger la survie de l'espèce humaine, au néolithique, quand les maladies des animaux nouvellement domestiqués passaient la barrière des espèces. Donc une pratique qui relève d'une réalité qui était d'actualité il y a 5 à 8,000 ans !!!
Les musulmans intégristes servent de portes paroles à des minorités ultra-conservatrices qui parlent d'un monde lui aussi largement révolu.
Au-delà de tout cela on pourrait parler d'économie, de la crise et de la façon de la conjurer (sûrement PAS en avalant plus de rigueur !!!), mais pas du permis de conduire !!! Au secours. De l'internalisation des externalités dans l'économie, du chiffrage des services écosystémiques, etc.
Il y a aussi le monde des utopies technologiques, comme l'ascenseur spatial, la production d'électrité par fusion nucléaire, la mort et la viellesse reculées indéfiniment, etc. Mais attention à ne pas confondre pôlitique et science fiction !
On pourrait aussi parler de culture, de littérature, d'art, de philosophie et de sciences subtiles, et même de sciences dures. Et du statut de cette connaissance par rapport à la prise de parole immédiate et déferlante des médias modernes et des réseaux dits sociaux.
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