mercredi 7 mai 2014

Hollande bashing

Je n'arrive pas à comprendre ce qui est arrivé à Hollande ! 

Peut-être rien du tout ? Les sondages, les émissions de TV ou des plateaux constitués toujours des mêmes gens dissertent une réalité française, qui les fascinent et les obsèdent, mais qui n'a pas grand chose de réel, de concret, de solide ? Que sa popularité soit à 18% ou à 50% n'a pas grande importance ? les lois sont votées, les fonctionnaires et les retraites sont payés, la machine économique tourne, au moins aussi bien que dans un pays sans gouvernement, cf. la Belgique il n'y a pas si longtemps ! N'est-ce-pas ?

L'explication favorite des journalistes est qu'il n'a pas su construire un récit pour se raconter aux français. Lesquels, perdus sans une histoire à attraper par la queue et suivre, l'ont abandonné. 

"Et il n'a pas tenu ses promesses" ! Le Monde d'hier à testé cette hypothèse et comparé ce qu'il avait annoncé dans sa tirade "moi, Président" dans son émission face à Sarko. Et bien si, il les a tenues à 90%. L'écart, c'est le reprise économique, qui tarde, et le chômage, qui mécaniquement ne baisse pas. C'est vrai qu'il s'était un peu légèrement engagé à ce que la courbe de chômage baisse fin 2013 et que ça n'a pas été le cas en apparence, bien qu'en pratique, sur les données révisées de l'INSEE, ce soit plutôt le cas. 

Mais la machine médiatique a rendu son verdict, en mêlant le martèlement de ses annonces avec les sondages, dans une boucle d'effet Larsen, qui emballage le système. De sorte que le jury revient de sa délibération avec cette calamiteuse popularité à 18%, sans avoir posé la moindre question pertinente, et sans que Calvi ou Pujadas, ces animateurs histrions, qui se font appeler journalistes, ne semblent s'interroger sur la nature de ce qu'ils disent et de son rapport à la réalité. "Le lien entre le Président et les français s'est brisé !" Tout est dit. C'est vachement clair et concis !

Les questions qu'on ne s'est pas posées sont pourtant simples, elles aussi.

Pourquoi l'économie tarde-t-elle à redémarrer ? Particulièrement en Europe ?  Lisez Krugman, mon prix Nobel d'économie préféré, il donne l'explication depuis 2008, sans varier bien qu'il prêche dans le vide : l'économie est en manque de demande, parce qu'on a éteint, consciencieusement, tous ses moteurs, consommation, investissements industriels et dépense publique. Les plans de rigueur, imposés par l'Allemagne, si, si !, ont étouffé la machine économique. On a été le plus systématique dans ce domaine en Europe, et c'est pour cela que l'Europe est à la traine. Pas à cause de quelque pêché originel de l'institution européenne.

Et pourquoi la France est-elle à la traine en matière de reprise derrière les autres pays de l'UE, qui ont avalé leur huile de ricin avant nous ? Parce qu'ils ont assaini leur machine économique, structurellement, nous dit-on !  Que nenni ! C'est tout simplement parce que la rigueur les a tellement diminués, mis mal en point au prix d'une paupérisation dramatique, qu'il faut bien qu'ils finissent par reprendre le chemin de la croissance. Une balle qui tombe finit toujours par rebondir, même si elle est passée par la fenêtre et tombé 29 m plus bas qu'il n'eut été nécessaire !  Il va en falloir des années pour rattraper la richesse perdue ! Mais les indicateurs dont on parle, c'est la croissance, pas le niveau où l'on se trouve. Encore des animateurs de télé qui se prennent pour des journalistes, ou, pire, pour des économistes, sans oublier l'ineffable m. Coppé !! Plus les services économiques de Bruxelles et les billets de quelques secondes des journaleux de télé qui donnent le dernier mot de l'histoire, d'ailleurs jamais exactement ka même, soir après soir, dans ces explications définitives pour le non peuple un peu débile des auditeurs. 

Dans cette machine a penser de travers, mais à tout expliquer, ad nauseam, tourne, bien huilée aux sophismes, aux méthodologies de com et pas d'analyse, ni d'information. Les Grecs et les Espagnols passent à ka punition, les français se croient bien plus mal en point qu'ils ne sont et le coupable de tout cela, le bouc émissaire rondouillard et idéal, c'est François Hollande.

Et le gagnant, le 25 mai, sera Mme Le Pen et ses frères crypto-fasciste des autres pays de l'UE.

Hier, je suis allé écouter une conf à l'académie royale de Bruxelles sur le GIEC et son dernier rapport sur le climat. Un exposé limpide de van Ypersele, vice président du GIEC, s'appuyant sur les résultats plus-que-clairs mis en graphiques per cette institution, qui annoncent presque clairement cette fois, qu'on se précipite dans le mur, qu'on est vraiment mal barrés, pire que mal en point ! Désolé, Mélissa ! Question normale du public, d'ailleurs essentiellement des seniors, comme si le sort de la planète les concernait personnellement: en face d'un dossier aussi clair, pourquoi le monde politique ne fait-il rien ? 

Pourquoi veut-on redémarrer l'économie en l'étouffant ?

C'est la même question, et la même réponse : l'homme en société est un bœuf !

dimanche 27 avril 2014

Alerte "le Monde": Jean Paul II et Jean XXIII sont devenus "saints"

J'ai quelque réticence par rapport à cet événement.

Mais c'est si rare des nouvelles dans la presse française qui ne soient ni tristes, ni négatives, ni sombres, ni défaitistes, ni refermées sur une vision hyper-pessimiste du monde ! Donc, partons de là pour commencer.

Voici une nouvelle qui parle de spiritualité, d'un lien entre notre monde d'ici et un monde de l'au-delà, une liaison qui est opérationnelle puisqu'un homme, le pape, informe le monde de ce qui se passe ailleurs. Une ouverture vers le merveilleux ?

Une nouvelle qui donne aussi en exemple deux hommes qui ont joué un rôle positif au XXème siècle. Jean a secoué l'église de sa léthargie, en particulier liturgique, un peu comme Mai 68 avait sorti le monde civil du blocage sur lequel se terminaient les 30 Glorieuses : je garde comme symbole le fait que les prêtres depuis lors célèbrent la messe en regardant les fidèles et en parlant leur langue. Jean-Paul a fait entrer l'église dans la com et dans sa temporalité agitée. Il avait aussi un chouet sourire et une énergie à revendre.

A la limite, c'est pas mal que la presse, qui cible tout ce qui bouge avec ses yeux d'insecte, parle de religion en montrant des foules et beaucoup de jeunes qui ne maudissent pas une partie du monde, mais qui prient ou font quelque chose de ce genre.

Mais, mais... N'est-ce pas un acte de com assez événementiel et qu'on aura oublié demain ? N'est-ce pas carrément bizarre de parler des miracles accomplis par ces deux nouveaux saints ? Je veux bien une foi ouverte, symbolique, mais n'allant quand même pas trop à l'encontre du bon sens.

Le plus troublant, pour moi, c'est que les deux nouveaux saints soient des gens de pouvoir, choisis par d'autres gens de pouvoir. Même au paradis, la hiérarchie ça compte donc encore ? J'avais pourtant bien aimé les béatitudes !

Jean-Pierre

dimanche 6 avril 2014

Semécourt ensemble ou Semécourt pour tous ?


Semécourt ensemble (SE) ou Semécourt pour tous (SPT) ?

C'était le nom des deux listes qui se sont affrontées aux municipales de mars 2014.

La première n'a pas réussi à déloger la seconde, qui était aux manettes depuis deux mandatures et qui revient donc pour une troisième avec une courte majorité, qui est néanmoins une majorité absolue, ce qui lui donne la totalité du conseil municipal. En effet, la commune a moins de 100 habitants et telles sont les règles du scrutin.

Ensemble ou Pour tous ?

On peut d'abord réfléchir au nom de ces deux listes, en en faisant une courte analyse sémantique.

Semécourt ensemble, cela veut dire que le village devrait travailler collectivement à sa gestion et à la construction de son avenir. Ensemble, collectivement, une forme de démocratie participative en appui de la démocratie représentative où l'on confie les manettes à une équipe et avant tout à un maire.  Pour ce faire, toutes sortes d'engagements avaient été mis en place dans le programme de Semécourt-Ensemble pour une transparence en temps réel de la gestion de la commune, pour la consultation régulière de tous les citoyens, et, au-delà, pour l'accueil des plus actifs d'entre eux dans la mécanique intime de fonctionnement de la municipalité.

Semécourt pour tous, ce n'est pas mal non plus comme slogan, puisqu'on y affirme que personne n'est oublié, que la municipalité oeuvre pour tous, peut-être même pour chacun. Mais elle le fait, peut le faire de son château de la place de la République, le maire agissant en despote éclairé. De fait, c'est bien comme cela que les choses se passent à Semécourt depuis 12 ans. Ne pas oublier qu'une partie des conseillers, qui avaient été laissés au bord de la route sans rôle réel et sans accès à l'action et à la prise de décision, ne sont se sont pas représentés, pour cette raison-même ! Dommage qu'ils n'aient pas exprimé leur dépit à plus haute voix !  Ou carrément rejoint la liste d'opposition !!

Et puis, un despote éclairé n'est pas vraiment dans la tradition républicaine, et on peut discuter du niveau d'éclairage (??) du despote en question ! ;-)

A tout prendre, je préfère la première option, plus ouverte, plus exigeante, capable d'être mieux à l'écoute et de mieux mobiliser les énergies locales.

Pourquoi les uns ont gagné et les autres perdu ces élections ?

Pragmatiquement, il n'y a pas le moindre doute que SPT a gagné avec une forte participation des électeurs du village. La légitimité démocratique est là, objectivement.

Ailleurs en France, les électeurs n'ont pas eu de scrupules à changer les équipes en place. Ils ont même renvoyé des municipalités qui avaient fait du bon travail.  Le message était souvent un message d'incompréhension et de censure du gouvernement.

A Semécourt, la municipalité sortante n'était pas irréprochable et sa gestion n'avait rien de très audacieuse ni de tournée vers l'avenir. C'était même à peu près exactement le contraire.

Du côté de sa gestion, les tracts de SE ont pointé les fonctionnements rugueux, peu professionnels, souvent tournés vers des dépenses mal surveillées et une gabegie des ressources de la commune. Surtout du côté des investissements, où le maire avait choisi de mettre la plupart de ses billes.  Comme si les dépenses courantes étaient par principe de l'argent mal géré et mal utilisé ! Est-ce que vos propres dépenses courantes sont une dilapidation de vos revenus, quand vous allez faire les courses hebdomadaires, acheter une nouvelle voiture ou essayez de partir un peu en vacances ?

Les autres éléments du dossier sont tout aussi discutables et calamiteux : une gestion au plus près des dépenses courantes, pas toujours lisible et parfois affectée à des organisations proches du groupe rassemblé autour du maire ; pas de vision de l'avenir (1 page sur les 8 du programme de SPT !) ; une mollesse et une lenteur, dans le traitement des problèmes, pris en compte seulement quand ils mettent la municipalité le dos au mur; une absence complète de transparence, avec, par exemple, des conseils qui ne durent pas plus de 5 minutes !

Néanmoins, l'équipe municipale a été reconduite.

Soutien inconditionnel à SPT ou choix par défaut ?

Je crois, je crains que les municipalités en place ne soient quasiment indéboulonnables, sauf en cas de dysfonctionnement majeur, évident, avec un maire en indélicatesse avec la justice - et encore ! Evidemment, rien de cela ne s'applique à Semécourt. Donc, la prudence, dans un village prudent, pour ne pas dire conservateur, conduisait à ne pas changer d'équipe.

Il y a aussi une interprétation encore plus pessimiste. La chose publique, dans un village comme le nôtre, ce n'est pas si important que cela, pour que la population s'y sente concernée, ait envie de s'y impliquer. Donner les clés au maire pour gérer et décider, même mollement, c'est bien plus simple que d'essayer de suivre ce qui se passe, comprendre les enjeux et les options et faire des choix. Nous ne sommes pas en Suisse mais en Lorraine, que diable ! La plupart des gens du village travaillent ailleurs; ils connaissent peu de gens en dehors de leurs voisins et des parents qu'ils croisent devant les écoles ! L'implication citoyenne peut se faire ailleurs, là où c'est plus signifiant pour eux.

D'ailleurs, la plupart des décisions importantes pour Semécourt se prennent au niveau de la communauté de communes, où il n'y a pas de clarté démocratique, simplement une représentation en escalier à partir des communes. Les listes d'opposition ne surveillent d'ailleurs pas vraiment de près ce qui s'y passe.

Donc, il ne suffisait de proposer un programme beaucoup plus clair et plus ambitieux, utilisant autrement la richesse de la commune, s'ouvrant sur plus de gens. Les électeurs n'ont pas compris, ou n'y ont pas cru ou ont pensé que le jeu du changement n'en valait pas la chandelle.

Je ne crois pas non plus que si la campagne avait été plus rude, plus accrochante, les choses auraient basculé autrement. On aurait eu un pugilat et un brouhaha, encore plus inquiétants pour les gens de Semécourt.

Y-a-t-il une vie de l'opposition après avoir perdu les élections ?

La seule façon de ne pas répondre non, c'est de répondre oui, comme dirait monsieur de la Palice !

Je crois profondément, que les élections dans 6 ans ne se gagneront que si l'opposition se montre pédagogue, claire, créative et exemplaire.

Aucun d'entre nous dans l'équipe SE ne sait avec certitude quelle sera sa situation dans 6 ans, mais qu'importe ?

L'avenir se gagne au quotidien, avec ténacité, sérieux, vision critique et constructive, jour après jour, mois après mois, pendant les 6 ans qui viennent. Bien plus exigeant q'un marathon !!! Avec continuité, mesure continue de l'effort et recadrage en temps réel !

Atouts et faiblesses de Semécourt

Semécourt est un village riche, en tant que municipalité, et dans les foyers où vivent des gens plus à l'aise que la moyenne régionale. Voici d'ailleurs les données trouvées rapidement, sans analyse ni critique :

Classement national en revenu par ménage4 116 ème sur 36 717     ( - 1126)
en revenu par ménage
La ville est plus prospère que la moyenne française avec un revenu fiscal de référence de 30 524 euros contre 22 246 euros. Sans compter que le chômage est élevé en comparaison avec la moyenne hexagonale, à 9,5% contre 9,1% (informations Insee, année 2010)
2 282 € nets / mois et par ménage en Lorraine.  3 218 € nets / mois (salaire médian)

2,5 habitants / ménage
 Répartition des ménages à Semécourt

15 %
Célibataire
42 %
Couple sans enfants
5 %
Famille monoparentale
38 %
Couple avec enfants

Le nerf de la guère est là. Le taux de chômage, au-dessus de la moyenne nationale, est préoccupant  mais reflète une réalité régionale (11,1 % au 3ème trimestre 2013 en Lorraine) calamiteuse.

La richesse de la commune est liée à la présence d'Auchan et de sa zone commerciale, qui paie des impôts locaux, dont la communauté de commune redistribue l'essentiel à Semécourt.

Avec un tel pactole, il serait difficile d'augmenter les impôts locaux, c'est-à-dire parfaitement inutile et irresponsable. Personne n'en a jamais parlé, sauf que la maire s'est "glorifié" d'avoir pratiqué cette politique et laissé entendre que SE voulait faire autrement! C'est un argument faible, d'assez mauvaise fois, mais qui, probablement, porte sur des électeurs pressés et pas au fait des vrais chiffres.

Les problèmes de Semécourt par contre sont nombreux:
  • la commune est coincée dans un territoire exigu. Elle est clairement trop petite !! 
  • sa pyramide des âges est fortement alourdie côté des seniors, des vieux en langage clair.  Leur maintien à domicile va demander de gros effort, y compris d'imagination, et ce ne sont pas les tristes senioriales en construction, qui vont redistribuer la donne ! Ni l'absence de commerces et de commerçants ambulants, qui obligent à circuler en voiture !
  • le village est isolé, dans une  communauté de commune qui s'oppose à Metz Métropole et donc s'interdit l'accès d'un service comme le METIS. L'empreinte carbone de Semécourt doit être au dessus de la moyenne nationale et cela se traduit par des dépenses de transport élevées, en coût global, avec des ménages à 3 voitures, voire plus ! Ca ne va pas s'améliorer, avec le changement climatique... Et ce serait suicidaire de décider d'aller au travail en vélo ou d'envoyer ses enfants à Maizières ou à Metz sur une bicyclette !
  • le changement climatique va affecter le village, comme la Lorraine dans son ensemble. Une analyse serrée de ce que cela va impliquer est nécessaire. Il y a beaucoup de scénarios possibles, comme, au hasard, une perte de valeur du patrimoine immobilier, petit détail par rapport à des choses plus sombres.  Attention aussi à la biodiversité, arbres et animaux, oiseaux, insectes, papillons chez nous !
  • cela fait beaucoup, surtout si on ne s'en préoccupe pas directement !!!
Il est donc indispensable de sortir sa tête du sable et de regarder droit devant, avec de l'imagination et un peu d'audace. 

La désindustrialisation en marche...


Lundi 7 et mardi 8 avril auront lieu les journées sidérurgiques internationales (JSI) à Paris, la 31ème édition d'un évènement annuel lancé dans les années 1980 au moment où la sidérurgie sortait de ses années noires, après la chute fracassante qui a suivi les trente glorieuses.

Evénement majeur dans ce métier, qui va attirer plusieurs centaines de participants du monde entier, peut-être un millier, comme cela avait toujours été le cas, avant que la crise n'interrompe la séquence en 2008.

Ce qui est très particulier, cependant, c'est que ces journées seront les dernières.

Quelque chose reprendra la place de ces journées, dès 2015, mais sous une autre forme, un autre nom, et surtout en un autre lieu. La nouvelle identité a déjà son nom, ESAD, acronyme en anglais qui désigne de fait une manifestation organisée l'an prochain en Allemagne et qui devrait tourner à travers l'Europe.

Fin de séquence.

Après l'effondrement d'un partie de la sidérurgie française, qui n'en finit pas de se poursuivre, comme un film au ralenti : Florange, ASCOMETAL, après tant d'autres sites et, peut-être, avant d'autres, dont on n'ose pas encore parler.

Les JSI étaient une partie de l'écologie de la sidérurgie, une façon douce d'en projeter une image positive au niveau européen et international et de donner aux participants les moyens de travailler collectivement et sérieusement, pour que la sidérurgie continue à jouer son rôle essentiel dans l'économie moderne, son rôle de technologie-clé (KET), comme on dit à la Commission européenne.

L'Europe, mais encore plus la France, ont laissé glisser la part de l'industrie dans le PIB ou dans la value ajoutée globale (moins de 10% dès 2011 !) jusqu'à des niveaux qui ne permettent  guère d'assurer l'avenir avec confiance. Cet arrêt définitif des journées sidérurgiques internationales constitue une étape de plus dans ce processus de renoncement, de suicide national collectif, d'euthanasie lente.

On ne peut pas oublier, non plus, que la décision d'arrêter les journées JSI a été prise par la FFA sous la pression d'ArcelorMittal. L'arrêt définitif de cette année n'est pas non plus étranger au numéro un de l'acier en Europe et dans le Monde. AM, en principe très présent en France où il est n°1, mais aussi en Allemagne où il est numéro 2, choisit donc ainsi "objectivement" de continuer à abandonner la France et de laisser faire l'Allemagne.

Pourrait-on imaginer que le gouvernement français accepte de rentrer dans les détails où se cache le diable, et s'oppose à cet abandon supplémentaire ?

Il y a là un mécanisme de plus dans le processus de désindustrialisation du pays. Comme il va falloir assez vite changer de cap, pourquoi ne pas le faire tout de suite ?



http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/122012_d1.pdf


dimanche 17 novembre 2013

On en a ras le bol de ces émissions, talk shows, articles, premières pages, couvertures,  qui se répètent ad nauseam et qui discutent pour savoir si Hollande est nul, complètement nul or archi nul ! Et des sondages où "les français " répondent à des questions dont on ne nous dit pas grand chose mais qui brassent, semble-t-il, la même problématique.  15% d'opinions favorables au président !???

Pourquoi ne pas demander si Obama est nul, ou le président des Philippines, ou le ministre de l'environnement de la Pologne, qui reçoit en ce moment le COP 17 ? Évidemment on ne le fera pas, car tout cela nous éloignerait trop de notre nombril et des odeurs enivrantes qui s'en dégagent, beurk !

Vision tunnel, dégénérescence maculaire, narcissisme, nombrilisme, ethno-centrisme franchouillard, tout ce qui n'est pas moi ni français m'est étranger !

D'ailleurs, si on écoute ce que disent les français, on croirait entendre Bartleby : "I'd prefer not to!" Ne pas payer de taxe carbone, ne pas me lever le mercredi matin pour aller à l'école, ne pas partager Ma classe pour y laisser se dérouler des activités d'éveil, car ma classe est à moi l'instit, pas aux enfants ou à la commune, ne pas accepter la hausse de TVA (de 7,5 à 10%), mais porter des bonnets rouges, incendier des radars, mettre des notes à mon président, empêcher mes voisins homo de se marier, etc. Un ensemble à somme nulle - vraiment archi-nulle !

Ne rien décider et ne pas comprendre grand chose, mais vouloir son jouet tout de suite, ce n'est pas un soucis national majeur, non, non ! Les bons médecins sont là et accumulent des explications de cette explosion d'opinions contradictoires et incohérentes.  Explications sociologiques, psychologiques, psychanalytiques : "on ne nous pas assez bien expliqué", "le récit du président n'est pas assez clair".  

Il n'est en effet dit nulle part que l'on doive être intelligent ou capable de penser par soi-même.

Le changement climatique s'accélère, même si le réchauffement a légèrement marqué le pas, mais on me voit pas trop, là non plus. La presse a tellement pris soin de donner la parole à ceux qui sont pour et à ceux qui sont contre, fifty-fifty, c'est ça l'équilibre des sources (je donne la parole à Galilée et au tribunal de l'Eglise; Ponce Pilate redéfini comme modèle du fonctionnement de la presse !!!). 

Nous n'entendons hélas pas encore le bruit de nos petits enfants qui nous maudissent depuis le fin fond de l'avenir. Et puis, tout cela est anxiogène ! Donc contreproductif ! Donc, on n'en parle pas, le moins souvent en tout cas, ça n'accroche pas assez !

Amis journalistes, quatrième pouvoir beaucoup auto-proclamé, s'il vous plait arrêtez de me parler de moi, de ce que vous pensez que je veux entendre. Ne faites pas comme Tadei, qui rassemble des plateaux d'intellos mais à qui il pose les mêmes questions de gouttière que Yves Calvi à ses experts-toujours-les-mêmes abonnés à "C dans l'air". 

Parlez-moi de ce qui m'attend vraiment, de ce qui attend mes enfants, mes petits enfants. Écoutez simplement ce qui est dit sur ces sujets, le bruit est assourdissant, demandez moi, même à moi, de quoi il faudrait plutôt parler ! 

L'important ce n'est pas l'instant, le "j'aime" de Facebook, mais le "j'aimerais bien avoir un avenir" et y jouer une petite musique, modeste.

Jean-Pierre

Sortie de crise ?

1. la R&D européenne a été un élément important du dynamisme historique de la sidé européenne, à la fois pour le travail qui a été fait et pour le réseautage que cela a créé chez les "experts" européens.

2. la sidé européenne a eu pas mal de difficultés par le passé pour surmonter les crises, qu'elle a toujours commencé consciencieusement par nier. La crise de 1974, celle qui se surnommait la crise pétrolière, a accumulé une foule de problèmes : la fin des 30 glorieuses et donc de la phase de reconstruction de l'économie, très intensive en acier; le début de la globalisation des marchés de matière première et la fermeture à terme des mines europénnes, qui assuraient l'essentiel de la ressource en matière première avant; et l'aveuglement du patronat de l'époque par rapport à une situation qu'il jugeait provisoire et conjoncturelle et qui s'était rempli les poches sans préparer aucun avenir. La CECA n'est pas rentrée très vite dans le mode soins intensifs et la crise de cette époque a duré presque 20 ans (!!!, les émeutes de longwy !!) jusqu'à ce que l'état nationalise en France, puis louvoie et enfin passe la valeur des sociétés par zéro en créant et en mariant Usinor et Sacilor sous la houlette clairvoyante de Mer.  

3. pendant tout ce temps, où l'économie européenne consommait de l'acier mais en niant son importance, car les coûts de modernisation (coulée continue, métallurgie en poche, aciérie de conversion, hauts fourneaux fiables, trains à bande modernes, lignes à froid modernes et continues, etc.) avaient été nationalisés, on a continué à produire de l'acier en Europe, à faire de la bonne R&D, à ensemencer le monde avec nos technologies au travers d'un réseau de constructeurs universels dont il ne reste aujourd'hui (que) des allemands et des italiens.  La commission a un peu tenu la chandelle, tout en tenant des discours sur la post-modernité, les sociétés "soft" sans usines, sans pollution, etc. et avec des services... qui oublient ce qu'ils servent !!!

4. l'EU a l'air aujourd'hui de comprendre 1) que le monde est plus complexe qu'ils ne l'avaient cru, 2) que l'acier est probablement aussi important que le  graphème, 3) donc que la prospérité des européens (qui devient peut-être enfin un objectif, pas seulement la croissance) dépend des technologies de base (KETs) au coeur desquelles se trouvent des matériaux robustes, ancrés à la fois dans l'histoire et dans la modernité comme l'acier, et 4) qu'il faut réindustrialiser l'Europe.

5. pour la sidérurgie, ça me parait mal barré. On a bradé les usines à des groupes étrangers (des indiens, des russes, des fonds d'investissement américains) , dont la stratégie est faite ailleurs, sur un théâtre d'opération mondial ou régional, mais pas en Europe ! Ces groupes font de l'optimisation globale, genre fermer Florange après avoir empoché du chômage technique qui a permis de ne rien décider aux frais du contribuable français. On se balade toujours avec des surcapacités, que seul AM a les moyens de résorber car il a beaucoup d'usines, les autres risquant d'y laisser leur peau [cf. TKS, qui a manqué crever cet été et Riva, qui est sur le bord du gouffre, ou Salzgitter qui est aussi très gravement malade] et donc résistant becs et ongles. La notion de surcapacité n'est pas bien analysée, non plus que le niveau de production auquel on remontera après la fin hypothétique de la crise. Pourtant, c'est fondamental d'essayer et on ne manque pas d'études, qui s'y essaient et dont certaines mais pas toutes sont carrément à l'ouest...

6. question essentielle : est-ce qu'on continue à fermer de fourneaux en faveur de fours électriques ? En clair, est qu'on vise à utiliser à 100% notre ferraile, produite à rythme régulier voire accéléré (les lanceurs d'alerte crient au loup en ce moment, on laisse partir à l'exportation toutes nos ferrailles !), ou pas ? A mon avis, on n'a pas trop le choix et, comme on n'est pas prêt à passer au four électrique pour toute la production à haute valeur ajoutée, il faut continuer de la bonne R&D. Cf. la place que la CC de bande devrait prendre pour gérer le cuivre résiduel et la difficulté d'utiliser la CC de brames minces pour les AHSS (longeur des temps de mise au point et de validation des voies métallurgiques).

7. NdLR: les fours électriques construits dans les années 90 n'ont guère sauvé durablement la sidé, surtout en France !! Cf. la débâcle qu'on a appelée Gandrange ! Que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets dans les années qui viennent !

8. la sidérurgie n'a un avenir que si la chaîne de valeur qui utilise l'acier comprend l'intérêt de disposer d'acier localement, le dit et agit par rapport à ce constat. Or, aujourd'hui, on dit n'importe quoi sur l'allègement des voitures par exemple, et je ne vois pas Renault ou PSA, encore moins BMW ou Daimler Benz, prêts à le faire ou simplement à le dire. Ces gens ont trop de problèmes existentiels liés à leur survie, à leur pérennité, pour voir plus loin dans la chaîne de valeur que des relations impitoyables de clients fournisseurs.

9. il faudrait que les états imitent les méthodes allemandes pour verrouiller le capital d'une boite ou que l'Europe s'en charge - aucune chance sur ce coup-là hic et nunc.  De toute façon, il est trop tard, sauf si les grands groupes s'en vont, découragés, comme AM semble tenté de le faire. Il faudrait accélérer la faillite de TK Steel Europe, reconstruire une sidérurgie italienne sans corruption (!!!), etc... Peut-être donner les clés du royaume à des gens comme voestalpine ou Dilling, à supposer qu'ils en aient envie et que leurs réflexes de petites boites hyper-efficaces puissent encore fonctionner à grande échelle.

10. la vraie sortie de la crise, ce n'est pas de sortir la trousse de secours et de coller des pansements partout, mais de repartir vers l’avant en prenant en compte le changement de paradigme, peut-être de Kondratief  en cours. Après en avoir fait un bon diagnostic. Cela veut dire que la sidé doit continuer à développer ULCOS en prévision du changement climatique déjà bien engagé et conserver le leadership qu'on a eu ou failli avoir dans ce domaine. Et développer la myriade de solutions-aciers liée à la transition énergétique, bien engagée aussi, mais sans clarté dans les directions où elle va... puisque chaque pays va dans sa propre direction à 90° des autres !

Résumé : ré-industrialisation, plus de centralisme de l'économie à laisser entre les mains des européens, recentrer l'économie sur le bien-être des gens, l'emploi, la lutte contre la pauvreté, et pousser les avantages innovants qu'on a ou qu'on va découvrir avec de la R&D bien vue. Donc, aussi, plus d'Europe et moins d'égoïsme et de crispations nationales.

(préparé pour de vraies réunions, importantes sait-on jamais !!)

lundi 28 octobre 2013

Xi'an, Sian, 西安


J'ai voulu démarrer ce blog on line quand j'étais encore à Xi'an, mais l'accès à Blogger est bloqué, en écriture comme en lecture. Ce que dit la presse occidentale sur l'interdiction de certains accès internet en Chine, dans le genre libre expression, se constate donc assez simplement !

Je voulais parler de cette semaine passée en Chine, sans intention de rien en dire de négatif ou de faux, a priori. Mais les censeurs chinois ne sont pas dans ma tête.

Le lieu est Xi'an, 西, la paix ou le calme occidental si l'on traduit le sens des caractères, une capitale provinciale de seulement 9 millions d'habitants.  Il n'y a que deux villes de cette taille en Europe !  La Province, c'est Shaanxi, 陝西, même Xi (西) que celui de Xi'an, qui veut dire l'ouest (le nishi japonais).  

Une ville du cœur de la Chine, donc loin des villes de l'est censées concentrer la croissance, la richesse découverte depuis le début du XXIème siècle et une classe moyenne affluente – telles qu'on voit les choses en Europe.  Xi'an est une ville moderne, qui n'a pas grand chose à envier à Beijing, Shanghai ou Hong Kong, sauf que la démesure en cœur de ville y est moindre : les immeubles ne concourent pas avec la tour Eiffel, malgré leurs cinquantaines d'étages[1], et il n'y en a aucun dans la "vieille" ville enfermée dans ses remparts, qui l'encerclent complètement.  Par contre, quand on la quitte, les tours se succèdent en rangs serrés, comme des forêts de crayons qui enveloppent la ville en anneaux sur une vingtaine de kilomètres, au moins.

Xi'an a été la capitale de la Chine, sous 18 dynasties nous disent les livres, mais je peine déjà à me rappeler les 11 principales d'entre elles (Xia[2], Shang, Zhou, Qin, Han, Sui, Tang Song, Yuan, Ming, Qing); les autres doivent se cacher dans les espaces de Calabi Yau des Royaumes combattants ou des Printemps et Automnes… Ce statut de capitale remonte aux siècles qui ont précédé et suivi l'an 0 sur des périodes énormes, plus de dix siècles.  Xi'an a été la plus grande ville du monde, au temps de notre haut moyen âge, avec un million d'habitants (sous les Tangs, aux VIIIème et IXème siècles).

Cette façon de suivre l'histoire de la Chine au travers les dynasties de rois et d'empereurs qui l'ont incarnée rappelle l'Egypte[3] avec laquelle elle partage l'émergence de ce qu'on appelait la civilisation, au temps où j'apprenais l'histoire à l'école.  Sans éclairer beaucoup sur la construction de la nation et sur le sens que ce concept a eu ou a encore dans ce pays. Mais on n'apprend pas la Chine en 8 jours, ni en dix fois 8 jours.

Le plaisir de venir en Chine, c'est de se plonger dans ce pays, mélange d'histoire très ancienne, de traditions et de modernité, et si plein de vigueur dans ces quartiers en ville qui semblent encore participer à la fois de la campagne et des siècles passés.  Des foules de gens qui vivent et travaillent dans la rue, pas qui y passent les écouteurs aux oreilles comme dans nos villes occidentales. Evidemment, il y a de ma part une recherche du pittoresque, du différent, de ce qui a disparu ailleurs, chez nous, car les quartiers modernes sont tout aussi peuplés de jeunes gens les yeux rivés sur l'écran de leur smart phone qu'ailleurs, image étonnante de la globalisation ou de la mondialisation.

Pas difficile de croire que la classe moyenne chinoise compte aujourd'hui 400 millions de personnes, autant que la population totale de l'Europe (507 millions). C'est cette création ex nihilo qui justifie les déclarations optimistes de l'ONU selon lesquelles la sortie de gens de la pauvreté est plus rapide qu'elle ne l'a jamais été, tellement rapide que cet objectif du millénaire a été atteint en avance du calendrier.  Une bonne chose pour la Chine elle-même, qui se transforme en réplique des Etats Unis urbains des années cinquante, le modèle d'urbanisme que le pays a choisi il y a 30 ans et qu'il a construit patiemment depuis sans moufeter, enfilant les périphériques les uns autour des autres – il y en a 6 à Beijing et 2 à Xi'an, et livrant ainsi la ville à la voiture.

Manque de pot, ce qui devait se produire s'est produit : les villes sont devenues d'immenses embouteillages à toute heure de la journée, même à Xi'an.  Et l'air, inodore et incolore est devenu visible et épais - sensible : une brume permanente, un smog qui ne laisse passer qu'une lumière jaune (attention au réglage de la température de couleur de votre appareil photo !)  enveloppe les villes, même quand le soleil arrive à percer et que le vent souffle. Il faut un typhon pour le nettoyer pour quelques jours ! Les écologistes parlent de 500,000 morts par an du fait de cette pollution, c'est cher payer pour sortir de la pauvreté !

Evidemment, la Chine diagnostique ses propres problèmes et réagit. A une vitesse assez surprenante. Xi'an, pays des autobus et des voitures, s'est dotée de deux lignes de métro automatiques, comme la ligne 14 à Paris – Beijing a 17 lignes construites et 7 encore en construction. Attendre, parfois, permet de bénéficier des dernières technologies et d'éviter les fautes faites par les autres.  Mais elle n'a pas encore tiré toutes les conséquences de ses  propres erreurs : les autoroutes urbaines surélevées, qui sillonnent Shanghai, ne sont pas encore transformées en jardin suspendus de Babylone, ce qu'apportera nécessairement la transition verte, volens nolens.  Voir de la même façon comment la Chine s'est dotée en quelques années du réseau de TGV le plus développé et le plus ambitieux du monde[4] (un modèle pour les Etats-Unis, retour d'ascenseur ?).

On doit envisager que la Chine va de la même façon décarboner rapidement son économie, même si elle a fait exactement le contraire jusqu'à maintenant, même si le travail paraît immense, vu par nos yeux occidentaux et au travers de nos refus, dans le monde industriel, d'en payer le prix pour nous mêmes.  Aujourd'hui, la Chine est devenue numéro un dans le monde en énergie renouvelables et il n'est pas impossible de penser qu'elle va aussi le devenir dans tous les domaines liés à l'environnement, y compris ses enjeux globaux.  Rien n'est sûr, mais vu la façon dont le pays fonctionne, encore très top down, malgré ses apparences de capitalisme débridé, on peut y croire.

L'autre grand étonnement, c'est la coexistence de systèmes de prix différents pour des services comparables. Un repas dans un hôtel chic vaut quelques centaines de Yuans[5], comme en Europe, ou aux Etats Unis. Un bon restaurant chinois, entre 20 et 50 yuans, un repas dans la rue quelques yuans. Certes ces "services" n'ont aucune rapport en terme de qualité, mais ils remplissent la même fonction, celle de nourri le convive.  Les pauvres peuvent manger, la classe moyenne, les riches et les touristes étrangers – ceux, la plupart, qui n'osent pas s'aventurer dans les gargotes.

La très grande majorité des chinois, les 800 millions qui ne font pas partie de la nouvelle classe moyenne, paie peu de chose.  C'est le reflet de leurs bas salaires, qui permettent à nos consommateurs d'acheter chez nous des produits très bon marché fabriqués en Chine. D'autant que les boites occidentales qui font fabriquer leurs produits ici, veillent à ce que les coûts ne soient pas trop élevés, ce qui maintient des horaires élevés, des conditions de travail discutables, des revenus plus que modestes.  Les syndicats en France parlent de dumping social.  Ce n'est pas faux, sauf que c'est un choix consensuel de la chaine qui va du producteur au consommateur. Il y a cinquante ans, on aurait parlé de colonialisme, d'exploitation des peuples colonisés.  Aujourd'hui, on parle parfois aussi de néocolonialisme, mais c'est un discours marqué de gauche ou d'extrême gauche.

Mais sur le fond, il y a une profonde dissymétrie entre des pays riches, où les niveaux de prix et de revenus moyens sont élevés, et des pays plus pauvres, où les niveaux de salaires sont bas mais où le cout de la vie aussi est bas. Les bas salaires en Chine sont bas, mais cela est en partie compensé par un coût de la vie bas. Si la Chine fait du dumping via ses bas salaires,  les pays riches font du dumping négatif en distribuant à leurs citoyens des revenus qui leur permettent de s'acheter le travail des plus pauvres. 

Il me semble que cette question est peu discutée. Il va en effet de soi pour tout le monde (presque?) que les pays pauvres doivent augmenter leurs salaires, mais la proposition contraire, baisser les salaires des riches, en abaissant en même temps l'ensemble du système de prix dans lesquels ils sont immergés, aurait autant de sens. Sens éthique bien sûr, car la mise en pratique n'aurait rien de très évident, hors crises mondiales absolument majeures.

Si on sent peu la pauvreté dans la ville, tellement les gens sont industrieux et semblent toujours trouver à travailler pour gagner leur vie, sûrement chichement, on rencontre des mendiants, peu nombreux pour des européens, mais assis par terre avec une sébile devant eux: des jeunes gens et des vieux. L'indifférence des passants est un autre aspect de la mondialisation !

Il faut aussi dire deux mots du dépaysement culturel, donc jouer au touriste:
  • ·      la beauté des caractères chinois, qui ressemblent un peu aux kanji japonais, ce qui permet de deviner ce qu'ils signifient, et qui décore le jour… et la nuit.
  • ·      les quelques traces d'histoire que la croissance urbaine n'ont pas effacées, comme les fortifications qui entourent encore le cœur de la ville.  On les parcoure en vélo. Les étrangers paient l'entrée beaucoup plus cher que les chinois, autre trace d'une double monnaie, comme ce dont rêve Chevènement pour les pays européens.
  • ·      et les mausolées des empereurs, dans leur démesure, où le souverain Qin Shi Huang (; 259 – 210 AJC) de la dynastie des Qin est enterré avec son armée, des milliers de fantassins de terre cuite et les cavaliers avec leurs chevaux ou les cochers avec attelages et chariots.  Le même empereur qui a construit la muraille de Chine (en fait en a unifié des fragments préexistants), unifié la pays pour la première, d'où son surnom de "premier empereur", tout en réalisant des autodafés et autres atrocités contre les savants.  La Chine moderne est fière de ce lointain passé, qu'elle fait sien en y lisant l'origine de la nation chinoise il y a 22 siècles – un concept difficile à comprendre quand on est européen et qu'on a vu les nations acquérir de la consistance beaucoup plus récemment et après des évolutions complexes.  On ne déclare pas en Europe que l'origine de  l'union européenne en tant que nation, qu'elle n'est pas complètement, est l'empire romain, ou les royaumes celtes ou les villes grecques… même si on y lit les origines de la "civilisation" européenne, au moins de sa culture - terme moins ambigu.


[1] Mais pas d'impatience, il y a des projets dans ce sens….
[2] Au XXIème siècle BC
[3] L'Ancien Empire est daté de -2686.
[4] 9300 km fin 2012
[5] 8 yuans = 1 €