vendredi 30 octobre 2015

Plaidoyer pour la prospective...


Introduction à notre travail de prospective

Il n'y a pas de doute que la Lorraine est arrivée à une croisée de chemins historique.  Comme la France, l'Europe et la planète entière le sont aussi.
Une période de grandes incertitudes et de défis
Bien sûr, le changement le plus immédiat et le plus visible pour les Lorrains est le redimensionnement des Régions françaises qui emmène la Lorraine vers ALCA, un nouveau cadre dans lequel nous allons collectivement exister, réfléchir et nous redéfinir : nous deviendrons ainsi la deuxième région française en matière d'agriculture, de forêts et de production vinicole par exemple.
La Grande Région aux contours d'Austrasie, dans laquelle La Lorraine a appris à fonctionner en sautant les frontières nationales, existe toujours et nous rappelle que les logiques géopolitiques de demain ne seront pas nécessairement définies par Paris, ce qui est évident au niveau européen, mais l'est aussi à notre niveau plus local.
A une échelle plus large, la France est en crise, l'Europe aussi de même que le monde entier. Crise veut dire changements profonds, remise en cause de nos certitudes, voire de nos valeurs, et incertitude sur les chemins que l'avenir va emprunter.
Une crise comporte de bonnes choses, par exemple le fait que le monde ait atteint ses objectifs du millenium plus vite que prévu, voyant ainsi la pauvreté reculer dans le monde.
Une crise comporte aussi des composantes inquiétantes, porteuses d'incertitudes et de défis à relever - à condition d'en avoir une conscience aigue.  Si on n'y réfléchit pas de façon spécifique, nous serons assaillis par la crainte et tentés par le repli sur nous-mêmes.
Nous pourrions citer la crise économique qui nous accompagne depuis 2008 et qui perdure aujourd'hui encore.  Il n'y a d'ailleurs pas de récit consensuel sur les causes profondes  de cette crise ni sur les mécanismes qui nous ramèneraient vers une croissance retrouvée. Quelles sont les pierres philosophales pour retrouver la croissance, le ressort sur lequel on a basé jusqu'ici nos espoirs de plus de bien-être et d'emploi ? Ou pour nous adapter à un avenir moins matériel, moins lié au PIB, mais qui conserverait le bien-être ?
Nous pourrions citer aussi le changement climatique, qui change déjà notre quotidien. Ses conséquences vont s'amplifier, avec le défi extraordinaire de le limiter et la nécessité de nous y préparer pour nous adapter à ses effets irréversibles.

La nécessité impérieuse de déchiffrer les avenirs possibles
Nous entrons dans une période sombre au sens où il est difficile de voir où nous allons. Nous naviguons sur des eaux agitées, où les vagues sont hautes et heurtent notre bateau de travers. Faut-il alors mettre des lunettes noires pour percer l'horizon ? Faut-il abandonner la barre au pilote automatique ?
La réponse nous parait clairement être NON !
Parce que le génie de l'humanité, des Français et des Lorrains que nous sommes, a toujours consisté à affronter les défis. Il n'y a que cela qui respecte notre dignité.
Et aussi parce qu'on dispose d'un outil pour penser l'avenir et ses défis. Cet outil c'est la prospective, qui a l'ambition et la capacité d'éclairer l'avenir.  La prospective est une discipline inventée à la fin de la seconde guerre mondiale, qui a aidé les Etats Unis et les Alliés à sortir du cauchemar de la guerre. Depuis, elle a guidé des milliers de communautés et de décideurs vers la prise en compte des défis avec réalisme et une vraie efficacité.
Le travail mené par la section prospective a l'ambition de donner à la Région une vision de la météorologie tourmentée qui est devant nous. C'est un travail aussi ambitieux et complexe qu'il est indispensable.
Il ne vise pas à dire ce qui doit être fait – c'est le rôle d'autres instances de dire la politique, mais simplement à montrer les futurs possibles auxquels nous sommes confrontés. Parler de scénarios, sans en privilégier aucun, donc sans se laisser aller à croire que l'avenir ne sera que le prolongement du présent, mais sans céder non plus à une vision trop optimiste de l'avenir, basée sur une confiance dans la technologie et la science, ni au contraire à une vision trop pessimiste, voire catastrophiste pilotée par les inquiétudes légitimes liées au changement climatique et au blocage actuel de l'économie.

La section Prospective a déjà beaucoup déblayé le terrain
La section a réalisé un travail de réflexion large, approfondi et plein d'imagination.
Nous avons réfléchi aux hommes, à travers la démographie et les questions liées à la santé. 
Sur le premier point, l'avenir ne relève pas beaucoup de surprises, à condition que le dynamisme démographique de la Lorraine et de l'Alsace se maintienne et se renforce.
Sur le second, dans une région qui assume son passé industriel et ouvrier en terme d'espérance de vie un peu faible, l'avenir est dichotomique.
La biologie, la pharmacologie et la médecine laissent entrevoir un avenir radieux, avec une augmentation de la durée de vie, surtout de la durée de vie en bonne santé, voire, pour les visions les plus optimistes, un véritable bon en avant.
Par contre, les menaces en termes de nouvelles maladies et d'émoussement de l'efficacité des grands médicaments apportent un contrepoint plus inquiétant.  On peut aussi se demander si nous aurons la volonté et l'imagination pour éviter que les progrès de la médecine n'accentuent la fracture sociale, en excluant les plus démunis et en ne traitant que les hauts revenus.
Le scénario qui sera effectivement suivi trouvera très probablement un chemin médian, zigzaguant entre ces deux futurs contrastés, mais on n'évitera le pire que si on affronte avec audace les défis identifiés, sans s'abandonner aux espoirs d'une technologie rêvée.
Nous avons aussi réfléchi au tissu économique et à ses relations avec l'environnement, notre morceau de planète qui relève d'ALCA. 
En ce qui concerne l'économie, nous sommes en face de deux futurs très différents.
Nous sommes face d'une part à un scénario contrasté optimiste, qui affirme avec force que l'économie est en train de changer de modèle, de paradigme et même de Kondratieff, que nous vivons une nouvelle révolution industrielle basée sur les nouvelles technologies de l'information et de  la communication (les NTIC), qu'on appelle aussi le numérique.  La croissance mondiale devrait repartir, la pauvreté reculer et la culture et la démocratie en tirer un grand bénéfice.
Un autre scénario contrasté imagine au contraire que la croissance est derrière nous, que nous n'avons plus de réserves de productivité sur lesquelles rebondir, ni de ressources sur une terre finie et surexploitée, et que nous nous acheminons vers une stagnation, ou même vers une décroissance. On aurait besoin, dans ce monde-là, d'une transition vers la non-croissance, qu'on a peine à imaginer comme facile à vivre.
Il est probable que nous trouverons là aussi un chemin médian. Et qu'il faudra à la fois tirer fort pour aboutir à une petite croissance, 1 ou 2% – et le numérique nous y aidera, mais aussi veiller à ce que la société ne se fragmente pas plus qu'aujourd'hui.
Le numérique ne suffira pas à conjurer les dangers de la récession. On doit aussi privilégier des activités concrètes, donc basées sur l'agriculture, la foresterie et l'industrie. La Renaissance industrielle, qui est un slogan de l'Union européenne, doit aussi devenir un slogan de la Lorraine, qui a une tradition ancienne et donc une culture et un savoir-faire profonds dans ce domaine, et d'ALCA.
Les activités industrielles liées au numérique et à ses technologies d'accompagnement, comme la fabrication additive, devraient faire partie de ce renouveau.
Mais il faudra sûrement imaginer aussi une ré-industrialisation basée sur des ressources locales, comme l'industrie du 19è et 20è siècles l'a été.  C'est une façon de préserver les activités en les ancrant dans les territoires et d'éviter d'être mis en permanence en concurrence sur les critères les moins disant de la mondialisation.
Les ressources locales sont nombreuses : (1) biomasse basée sur la forêt et l'agriculture, (2) énergies renouvelables basées sur le vent, le soleil et aussi la géothermie, stockage de l'énergie (STEP) sur les pentes vosgiennes,  (3) hydraulique à échelle locale, (4) gaz de houille et pourquoi pas (5) gaz de schiste, dont la Lorraine semble être dotée en abondance, à condition qu'on accepte d'y aller voir, (6) sel gemme du Saulnois et (7) potasse d'Alsace, (8) calcaire des côtes de Meuse, (9) sable et graviers des vallées meusiennes, mosellanes et rhénanes, et, pourquoi pas, (10) houille et (11) minerai de fer, abandonnés lors de la première mondialisation, mais dont les réserves son intactes dans le sous-sol et dont les gisements ultramarins perdent en attractivité. Il y a aussi des possibilités de (12) stockage souterrain des déchets nucléaires et (13) du CO2 : dans ce dernier cas, certaines industries seront amenées à terme à se  rapprocher de sites de stockage de forte capacité. Il y a aussi (14) le bois matériau et (15) le bois énergie ; et (16) la mine urbaine avec ses métaux, dont la ferraille, et ses ressources en matériaux très divers, qu'il conviendra d'exploiter dans le cadre de l'économie circulaire. Enfin, alors qu'on ne considère pas souvent cela comme une ressource, (17) la logistique basée par les grands axes de circulation qui traversent la région, sera aussi une source d'activité importante et de connectivité avec les régions voisines, en assurant le flux de commodités, de biens et de personnes qui sont le sang de l'Europe.
Cette industrie renaissante nourrira les activités tertiaires qui accompagnent toujours cette activité secondaire.
L'environnement est aussi une composante-clé du futur, dans la mesure où on doit le maîtriser pour assurer le bien-être des gens, au-delà de la dimension purement économique de leur vie.
Le changement climatique est une tendance lourde, où les scénarios sont ceux d'une réduction du réchauffement à 2°C, côté des optimistes et une envolée des températures du côté des pessimistes. Dans les deux cas il y aura modification du climat local et des conditions de l'agriculture.  Dans le scénario contrasté le plus pessimiste, une immigration climatique devrait doubler au niveau mondial le nombre de migrants, et cela aura aussi des conséquences sur ALCA, jusqu'à en modifier la démographie.  ALCA a des réponses locales à apporter à la lutte contre le changement climatique. En repensant ses bâtiments, les structures de ses villes, ses réseaux de transport et ses activités industrielles et en transformant la région en zone verte, à empreinte carbone quasi-nulle.
Cela impliquera aussi de traiter convenablement les questions de biodiversité en créant des corridors verts et bleus pour créer des passages au travers du tissu urbain entre les zones rurales ou forestières. 
En matière d'environnement, on est en face de scénarios presqu'uniques, où les choix politiques seront imposés par des contraintes incontournables. Sauf à fermer les yeux et à foncer dans le mur !

Ce travail n'est qu'une étape…
Tout ceci n'est qu'une première étape.
Il reste encore beaucoup de questions à approfondir, autour de l'utilisation de l'espace, de l'urbanisation, de la mobilité, des modes de vie, de la gouvernance et des conflits.
La démarche prospective demande rigueur, travail et donc temps. Du temps, nous en avons encore besoin pour mener jusqu'au bout la démarche entreprise, même si elle apparaît dores et déjà très riche.
Nous vous invitons à prendre connaissance de ce qui a déjà été fait.

Ecrit par JP. Birat


PS. On peut décliner ces questions dans un style formel et soutenu de prospective rigoureuse ou au contraire proposer des nouvelles qui déroulent le même genre de récit, mais de façon beaucoup plus vivante.

Ce texte est une proposition d'introduction à un rapport intermédiaire de la section prospective du CESEL. 

dimanche 25 octobre 2015

China bashing


I am just back from a meeting in Italy, where a US "learned society" (une société savante) organized a local event.  It was thus an effort from an overseas-based entity to reach out to a European beachhead, with some untold strategic agenda - probably to acquire more market share in the world of learned societies.

China was the Arlesian of Bizet in this meeting: it was not represented by any delegates, but was much talked about in several of the key interventions.

China is the largest steel producer in the world, a good enough reason for steel people to be interested in this country. China acquired this position in the early 2000s, when its growth jerked the world economic engine strongly forward and stopped the gloomy period of the "40 piteous years".

The US were the largest steel producer in the 1960s.  They lost that rank to Japan and also to Europe, although Europe is rarely seen as a geopolitical entity in the American press, which prefers to split it into its member states and to emphasize one or two of them, presently the most powerful one, economically, Germany.  A pity, because the second largest steel producer in the world is the EU, which is also the most populated and the highest in GDP.  This is a first example of the fact that how the story is told modifies the vision that is projected! The power of narratives!

China has been investing "crazily" in the steel sector, like in many other basic industries, on the rationale that the building of a modern state is based on a number of core commodities, of which steel is an essential one.  Decisions for investments are made in a decentralized way in China, which creates a competition among provinces and makes it difficult to balance the growth in capacity with the growth in demand: in China, recently, capacity growth has been outpacing demand's.  Moreover, these decisions are based on criteria different from those used in the Western world and expectations for the future are rated indifferent ways.  The result of this is that the steel sector has built more steel mills than it needs to feed its internal market and ends up with an overcapacity estimated at 250 Mt, 1/6 of the world overall production.

The meaning of overcapacity deserves some critical analysis, even though it is usually taken for granted in all the talks that use it - or instrumentalize it. 

First of all, the simpler concept of production capacity is not defined in a completely explicit way: how much steel a steel mill can churn out is a complex matter and steel companies, internally, debate this often and come up with a spread of answers. Let's forget this however for the time being, and assume that some think tank has done its homework properly and has produced an updated list of all the steel mills in the world and of their present capacity. 

Then some kind of reference capacity needs to be defined, in order to get an estimate of OVERcapacity.  The reference, usually, is the current year's production.  This means that overcapacity goes up and down with the structural fluctuations of production, which are common in a cyclic business like steel.  Moreover, when speaking of a particular country, the tendency is to refer to its national market: international trade is usually ignored and the "right" to export or import steel is somehow denied to it by this kind of conventional approach. 

The US, for example, have been structurally operating under capacity and therefore importing steel from Canada, Europe, Japan and Korea.  This happened because the business world there did not believe in steel as a promising activity in which to invest, locally, and it preferred to import steel from abroad, although under strictly controlled conditions - antidumping cases have been filed on a regular basis by steel producers, which has served as a powerful valve to limit the amount of imports.  A less often analyzed matter is that this made it possible for the US steel sector to avoid investing in the very high-grade production, which requires large R&D expenditures and investment in steel mills.  There was a revival of investment in the steel sector in the 1980s and 1990s, but it was based on rebuilding capacity based on EAF,  a much lesser level of investment than an integrated mill, especially since new technology developed in Europe was used (thin slab casting): it could not produce the very high-end steel grades that were imported and thus not disturbing the statu quo of relying on foreign mills to supply the most sophisticated steel for the automotive industry, for example.

In Europe, the narrative about one country flooding a neighboring one is never told, at least not loudly enough to be noticed.  In the EU, the steel association there, EUROFER, is talking about the region as a whole and internal exchanges among member states are a private issue inside the Union.

Now, China is different. With the present arguable definition of overcapacity, it is the country in the world which has built the largest one (300 Mt).  "Trigger happy" investors there have clearly invested above local needs and the mills, now running, are faced with the need to sell their production, which means exporting above their past practice. Either because their cost are low, but, most probably because they are ready to sell below cost (another complicated concept that would need more careful definition) to maintain employment and because costs are not as essential a criterion as in the West.  They export to the whole world, to Europe and the US and undercut the regional prices.  They are perceived as intruders dumping their products in EU and US markets. 

Therefore the whole world starts complaining, filing anti-dumping lawsuits and asking governments for relief.  And meetings, like the one I attended in Italy, are transformed into the antique choir of a Greek tragedy, blaming China for its unethical, anti-social and anti-fair trade behavior.

 This is part of the game countries and companies play and since it follows strict rules, which have been invented to stabilize evolutions, it is probably fine. 

On the other hand, what is important, if one looks beyond SROs, short-term tactics and trends?

In Europe, steel production has not fully recovered since the 2008 crisis and production is still lingering 20% below the 2007 level (209.5 Mt), when it peaked.  Thus the estimate of overcapacity (62 Mt/y) refers to a situation, which is at least 30% below the past (2014/2008).  It amounts to 30% vs. 2008 or 41% vs. 2014.  If the drop in production is taken on board, then the overcapacity is either 1 or 2%. This is a trifle!!! 

Unless, of course, one believes that the drop is structural, as SRO economists would call it.  

This is the key point: either production in 2007 peaked for very specific and time-stamped reasons and production would not have continued to grow afterwards, even without the crisis.  However, what these specificities would be is part of another untold story.  The argument made in 1974, that the 30 glorious years period was coming to an end cannot be reformulated for the present economic conditions: Europe has long stopped being based on infrastructure building!  On the other hand, there is the modern talk about green growth, ecology transition and a decouple between growth and well being from commodity consumption, which is loud but not necessarily a consensus view.  I would not go along this view, with the rationale that material intensity in our economy would not decrease quickly, as the new paradigms based on green growth are actually often more material-intensive than the old technologies. 

I would thus point out that the economy is not yet back on track after the 2009 severe collapse and that this explains the present "apparent" overcapacity.  I would thus argue that this apparent overcapacity is not structural, thus that there is no overcapacity in Europe.

As an aside, the economy in Europe is slowly picking up some strength and this is seen in the SRO for steel production (+2.1% in 2015 and 2.8% in 2016) - at 2% growth, it would take 17 years to get back to the 2007 level.  This is not much and, moreover, the driver for this pick up is not clearly identified, except by those who claim that this is due to strict budget deficit control, which I do not believe for a second!

One must also acknowledge that steel mills cannot be run if the demand has dropped and that productivity gains should also be taken on board to evaluate the capacity (1% improvement per year?).  Thus the apparent overcapacity raises serious issues for steel companies, which cannot indefinitely idle mills, waiting for the economic recovery like waiting for Godot.

Now, back to China. The country is experiencing, quite believably, its transition from a fast growth period similar to the 30 glorious years of Europe and its economy is slowing down, although still growing at 7%, if official statistics are to be believed. Steel capacity has overshot demand, as was said before. 

Therefore the main questions is whether China will make it its policy to export steel massively on a structural basis - like it decided to export solar panels - or if it will let its capacity match its internal needs which will keep growing - in spite of the low SRO projections.  It is not reasonable to project trends, which are necessarily long term, based on  glitches of the production curve, that have a 1 or 2-year period.  I do not believe that China has decided, policy wise, to flood the world with steel, for example like Germany has decided to do in the EU.  The real question is whether China will react quickly enough to readjust its production to its national needs, by closing down obsolete and dirty capacity, which would help it match its climate change targets and solve its city pollution major problem. 

It might be good short term policy to cry wolf and to file lawsuits, but this should not be part of a vision that steel in the West is fighting step by step to resist a future of inevitable decay and decline.  

The production of steel in the world will continue to grow, because steel will continue to be needed to bring more well being to the poor of the world.  Population growth has been reevaluated by the UN in September 2015 and the projection is of 11.5 billion people by 2100 and no peak in 2050, as the previous narrative said.  

Steel will be needed, in China for several more decades, and in Africa for the next 100 years. It will be produced locally but it si also for Europe and NAFTA to decide whether they want to me part of this brilliant future, or not. 

Last, it should not be forgotten that the standard of living in China is growing, that salaries and income in general are also increasing and that operating costs for making steel are getting closer to world standards - actually the sector is selling below cost in its own market. 

And China is entering the modern world of industry, i.e. producing its own innovation, now that it cannot simply use the technology developed elsewhere.

This is not discussed very much in western circles, where China is perceived as a "copy-paste" culture in the area of technology, intent only on generating growth and wealth for the country.  But this has not been a viable model for Japan and Korea in the 20th century.  Why would it be true for China?

mercredi 15 juillet 2015

La Grèce et l'Europe


(rédigé dans la nuit du 13 au 14/07/2015. Le 13 juillet au matin, après une soirée et une nuit de négociations à Bruxelles au niveau des chefs d'état, un accord a été trouvé dans la zone Euro pour y maintenir la Grèce en lui apportant de nouveaux financements de... 80 G€)

Curieux les commentaires qui suivent cet accord. Les gens qui s'expriment en public ont perdu leurs repères et se contredisent, d'une semaine a l'autre, et on a peine à y retrouver les pensées de gauche ou de droite.

Pour traiter ce sujet d'entrée et le laisser derrière nous, la droite française a fait fort ! Sarko a changé trois fois d'avis en trois jours, avec une constante liée à "je tape sur Hollande" et "comment a-t-il pu oser ne pas dire exactement la même chose que Merkel" ? Les autres leaders de l'UMP ont pris partie pour le Grexit, ce qui parait un poil décalé par rapport à la réalité de 3 jours plus tard. Quant aux gens de gauche, ils ne disent pas grand chose - pas plus mal, non ?- probablement un peu perdus par rapport à la dimension de ce qui se passe ! Enfin, la mère Le Pen, semblable à elle-même et sans aucune honte, parle de la mise sous tutelle d'un peuple, ce qui est habile comme d'habitude, parce que ce n'est pas faux.

Oulala, que dire ?

D'une part que l'Europe se perpétue en devenant réaliste, c'est à dire adepte du compromis avec un niveau d'expert. L'Europe étant une gigantesque machine où les peuples se détestent mais néanmoins se débrouillent pour que l'entité supra-régionale se perpétue, on a assisté à un exercice qui laisse les commentateurs français perplexes et qui consiste à trouver, hic et nunc, la solution viable à un problème vraiment inextricable- demain on verra bien et on corrigera plus tard, si besoin est. Dans la vie privée et professionnelle, on fait cela tout le temps, il n'y aurait qu'en politique, lieu du rêve et des fantasmes, ou on ferait différemment ?

Problème inextricable pour beaucoup de raisons.

Parce que la Grèce a été dirigée par des hommes politiques de gauche comme de droite, qui ont menti, triché, fait des paris sur l'avenir qui ont échoué et ainsi conduit leur pays à la ruine. Mais ce n'est pas le premier pays européen qui déconne et certains ont fait bien pire. D'autant qu'avec un peu plus d'habileté, cela aurait pu réussir. L'élargissement de l'Europe avait pour but de sortir les pays périphériques du sous-développement, ça a marché pendant pas mal de temps, allez visiter la Grèce (oui, oui), le Portugal ou l'Irlande et comparez aux images d'il y a 50 ans ! Je crois que l'histoire retiendra que ce pari a réussi - aux convulsions de la crise actuelle près, probablement, mais là aussi on verra.

Parce que la fameuse Troïka a proposé des solutions qui ont étouffé la Grèce et ont démoli son économie au point que ses objectifs, se faire rembourser ses prêts qu'on pourrait qualifier d'usuriers, n'ont pas la moindre chance d'être atteints. Ce qui ne marchera pas avec la Grèce, n'a pas non plus fonctionné ailleurs en Europe. Les politiques d'austérité ont plongé l'Europe dans une crise inutile, importée des USA où elle aurait pu rester, et imposé de grandes souffrances aux pauvres du continent et renforcé les "nantis". En faisant perdurer la crise et en envoyant les commentateurs à la rue, quand ils osent dire que l'Espagne va mieux que la France, alors que la croissance des 6 derniers mois tente de relever un pays qui est encore 7 points en dessous de son état d'avant la crise et affiche 20% de chômeurs (France Info, le journaliste du Monde qui est chroniqueur... économique) ! N'imp de chez n'imp ! Lisez Krugman, Stiglitz, un édito du New York Times de la semaine dernière, ou même le DSK nouveau, eux ils ont un discours réaliste, les premiers depuis 7 ans... tiens depuis le début de la crise !

Parce qu'on a négligé les leçons de l'histoire. Les dettes excessives ont toujours été annulées, au moins les dettes des états. Depuis Philippe Auguste, qui a réglé les dettes du royaume en emprisonnant les Templiers, jusqu'au plan Marshall qui a annulé la dette allemande en 1945 et a même prêté de l'argent au pays vaincu - et à ses voisins aussi.

Il y a aussi au cœur de l'Europe de grandes contradictions, qui ont conduit à cette société de détestation mutuelle dont j'ai parlé pus haut : l'Europe du Nord et celle du Sud, les riches et les pauvres, trois distinctions qui se recoupent a peu près dans la géopolitique actuelle du continent.  On pourrait dire aussi la gauche et la droite. Il y a des cultures très différentes qui coexistent dans l'UE et l'Euro, rappelez-vous les pays mono-chroniques ou poly-chroniques  et la distinction entre contexte fort et faible - d'ailleurs un petit cours de rattrapage sur le management interculturel ne fera pas de mal  aux dirigeants du conseil de l'UE. L'Allemagne insiste avec toute l'intransigeance de M. Schäuble sur le respect des règles dont on sait qu'elles sont la cause d'une grande partie de la crise actuelle : pays monochronique à contexte hyper fort!   En face on a le contraire, côté Grèce, mais aussi France et Italie, plus polychronique, je meurs Tiens, ce sont les trois pays qui ont fait entendre une petite musique un peu différente ces jours derniers, quel hasard !

La solution actuelle n'est ni idéale, ni rose, ni intellectuellement cohérente, puisqu'il s'agit d'un compromis entre gens qui sont en désaccord sur beaucoup de choses. Mais elle a évité le Grexit et, pas loin derrière, la désagrégation de l'Euro et de l'UE qui aurait suvi.

Après ces compromis de dernière minute, survient souvent, presque toujours ? une remise en ordre plus profonde. Les contradictions doivent en effet être dépassées, au moins les plus criantes d'entre elles. L'Allemagne devra donc prendre conscience du fait que la culture des autres pays d'Europe n'est pas la sienne. Difficile, si on pense a ce petit détail qu'a été la nationalisation d'ESTEP par TKS, autre mauvaise décision tout à fait emblématique de la culture teutonne, mais possible. Ce pays a une culture pragmatique. La Grèce devra souffrir encore un peu, surtout les nantis de là-bas. La Troïka devra tirer un trait sur sa dette. Et les économistes devront réfléchir aux modèles de développement, voir comment sortir du sous-développemnt à la bonne vitesse. Et les journalistes devront prendre le sens du temps long, du temps lent... On pourrait par exemple suggérer à Merkel de limoger Schäuble, comme les durs d'Europe l'ont exigé de Tsipras pour Varoufakis. Et on pourrait discuter d'un Suomexit ?

On retiendra dans l'avenir que la crise grecque n'aura pas été seulement une crise auto infligée par la Grèce. Qu'il n'y pas nécessairement eu de gagnants ni de perdants dans la résolution de la rose de juillet 2015.

dimanche 12 octobre 2014

Le nouveau paradigme mondial


 Semécourt, 12 October 2014

Le monde de 2014 trouve son origine dans 400 ans d'histoire, telle qu'elle a été vécu en Europe et dans ses satellites culturels que sont les Amériques, l'Afrique du Sud ou l'Australie.

Presque tout a commencé avec le traité de Westphalie, en 1648, qui a mis fin à la guerre de Trente Ans et à l'ordre international issu du Moyen Age - celui qui avait court auparavant en Europe, où les pays étaient inféodés à de grandes familles régnant sur des territoires aux frontières changeantes et conduisant des guerres sans fin pour en modifier les contours. Les nations modernes en sont issues, telles qu'on les conçoit encore aujourd'hui dans le cadre des Nations Unies, donc avec des frontières bien définies, plutôt stables, et des relations internationales en principe elles aussi assez stables. 

Ce modèle européen a été exporté dans le monde entier avec les différentes vagues de colonisation du XVIe au XIXe siècle, puis avec les guerres mondiales qui ont conduit à la création de la SDN et de l'ONU, pour éviter d'autres guerres, et donc à la fondation d'un ordre international fondé sur des nations à la westphalienne, puis enfin avec la décolonisation et ses avatars postcoloniaux qui ont achevé la mise en place d'une carte des nations.

Une grande partie des conflits actuels s'explique en grande partie par l'inadéquation entre ces frontières et les réalités culturelles et historiques locales, au Moyen Orient comme en Afrique.

L'Europe, dont la puissance a été fondée sur une avance technologique et donc militaire sur le reste du monde, de César à Pisar et Cortès ou de Mussolini aux deux Bush, a pu définir une série d'épistèmes technologiques qui organisent encore le monde aujourd'hui - ce que certains appellent l'œuvre civilisatrice de l'occident.


Figure 1 - world population in 2030 (median UN projection)

Les choses sont en train de basculer et, de fait, de rétablir l'état du monde qui existait avant l'an 1000. 

Pour s'en convaincre, on se réfère à la carte de la Figure 1, qui présente la population mondiale telle que la projette des études prospectives de l'ONU pour 2300. 

Il s'agit d'un scénario tendanciel parmi beaucoup d'autres, dont l'horizon est tellement lointain qu'on pourrait le qualifier de futurologie, mais il montre des tendances lourdes sur lesquelles la plupart des experts s'accordent: l'Asie et, fait nouveau, l'Afrique sont les continents qui domineront par leur population et aussi, probablement, par leur puissance; l'Asie se résume à l'Inde et à la Chine, dans cet ordre; l'Amérique s'est rétrécie, comme le symbolisme de la carte le montre, et l'Europe garde son rang[1], qui, en relatif s'amenuise à l'échelle du monde.  La Russie, dans ce scénario, a disparu du club des grandes puissances, comme le Canada, l'Australie ou l'Afrique du Sud. Etc., mais il serait dangereux de lire trop de projections détaillées dans cette simple carte, chargée de trop d'hypothèses.

Quo vadis?






[1] Si elle constitue un ensemble cohérent

mercredi 7 mai 2014

Hollande bashing

Je n'arrive pas à comprendre ce qui est arrivé à Hollande ! 

Peut-être rien du tout ? Les sondages, les émissions de TV ou des plateaux constitués toujours des mêmes gens dissertent une réalité française, qui les fascinent et les obsèdent, mais qui n'a pas grand chose de réel, de concret, de solide ? Que sa popularité soit à 18% ou à 50% n'a pas grande importance ? les lois sont votées, les fonctionnaires et les retraites sont payés, la machine économique tourne, au moins aussi bien que dans un pays sans gouvernement, cf. la Belgique il n'y a pas si longtemps ! N'est-ce-pas ?

L'explication favorite des journalistes est qu'il n'a pas su construire un récit pour se raconter aux français. Lesquels, perdus sans une histoire à attraper par la queue et suivre, l'ont abandonné. 

"Et il n'a pas tenu ses promesses" ! Le Monde d'hier à testé cette hypothèse et comparé ce qu'il avait annoncé dans sa tirade "moi, Président" dans son émission face à Sarko. Et bien si, il les a tenues à 90%. L'écart, c'est le reprise économique, qui tarde, et le chômage, qui mécaniquement ne baisse pas. C'est vrai qu'il s'était un peu légèrement engagé à ce que la courbe de chômage baisse fin 2013 et que ça n'a pas été le cas en apparence, bien qu'en pratique, sur les données révisées de l'INSEE, ce soit plutôt le cas. 

Mais la machine médiatique a rendu son verdict, en mêlant le martèlement de ses annonces avec les sondages, dans une boucle d'effet Larsen, qui emballage le système. De sorte que le jury revient de sa délibération avec cette calamiteuse popularité à 18%, sans avoir posé la moindre question pertinente, et sans que Calvi ou Pujadas, ces animateurs histrions, qui se font appeler journalistes, ne semblent s'interroger sur la nature de ce qu'ils disent et de son rapport à la réalité. "Le lien entre le Président et les français s'est brisé !" Tout est dit. C'est vachement clair et concis !

Les questions qu'on ne s'est pas posées sont pourtant simples, elles aussi.

Pourquoi l'économie tarde-t-elle à redémarrer ? Particulièrement en Europe ?  Lisez Krugman, mon prix Nobel d'économie préféré, il donne l'explication depuis 2008, sans varier bien qu'il prêche dans le vide : l'économie est en manque de demande, parce qu'on a éteint, consciencieusement, tous ses moteurs, consommation, investissements industriels et dépense publique. Les plans de rigueur, imposés par l'Allemagne, si, si !, ont étouffé la machine économique. On a été le plus systématique dans ce domaine en Europe, et c'est pour cela que l'Europe est à la traine. Pas à cause de quelque pêché originel de l'institution européenne.

Et pourquoi la France est-elle à la traine en matière de reprise derrière les autres pays de l'UE, qui ont avalé leur huile de ricin avant nous ? Parce qu'ils ont assaini leur machine économique, structurellement, nous dit-on !  Que nenni ! C'est tout simplement parce que la rigueur les a tellement diminués, mis mal en point au prix d'une paupérisation dramatique, qu'il faut bien qu'ils finissent par reprendre le chemin de la croissance. Une balle qui tombe finit toujours par rebondir, même si elle est passée par la fenêtre et tombé 29 m plus bas qu'il n'eut été nécessaire !  Il va en falloir des années pour rattraper la richesse perdue ! Mais les indicateurs dont on parle, c'est la croissance, pas le niveau où l'on se trouve. Encore des animateurs de télé qui se prennent pour des journalistes, ou, pire, pour des économistes, sans oublier l'ineffable m. Coppé !! Plus les services économiques de Bruxelles et les billets de quelques secondes des journaleux de télé qui donnent le dernier mot de l'histoire, d'ailleurs jamais exactement ka même, soir après soir, dans ces explications définitives pour le non peuple un peu débile des auditeurs. 

Dans cette machine a penser de travers, mais à tout expliquer, ad nauseam, tourne, bien huilée aux sophismes, aux méthodologies de com et pas d'analyse, ni d'information. Les Grecs et les Espagnols passent à ka punition, les français se croient bien plus mal en point qu'ils ne sont et le coupable de tout cela, le bouc émissaire rondouillard et idéal, c'est François Hollande.

Et le gagnant, le 25 mai, sera Mme Le Pen et ses frères crypto-fasciste des autres pays de l'UE.

Hier, je suis allé écouter une conf à l'académie royale de Bruxelles sur le GIEC et son dernier rapport sur le climat. Un exposé limpide de van Ypersele, vice président du GIEC, s'appuyant sur les résultats plus-que-clairs mis en graphiques per cette institution, qui annoncent presque clairement cette fois, qu'on se précipite dans le mur, qu'on est vraiment mal barrés, pire que mal en point ! Désolé, Mélissa ! Question normale du public, d'ailleurs essentiellement des seniors, comme si le sort de la planète les concernait personnellement: en face d'un dossier aussi clair, pourquoi le monde politique ne fait-il rien ? 

Pourquoi veut-on redémarrer l'économie en l'étouffant ?

C'est la même question, et la même réponse : l'homme en société est un bœuf !

dimanche 27 avril 2014

Alerte "le Monde": Jean Paul II et Jean XXIII sont devenus "saints"

J'ai quelque réticence par rapport à cet événement.

Mais c'est si rare des nouvelles dans la presse française qui ne soient ni tristes, ni négatives, ni sombres, ni défaitistes, ni refermées sur une vision hyper-pessimiste du monde ! Donc, partons de là pour commencer.

Voici une nouvelle qui parle de spiritualité, d'un lien entre notre monde d'ici et un monde de l'au-delà, une liaison qui est opérationnelle puisqu'un homme, le pape, informe le monde de ce qui se passe ailleurs. Une ouverture vers le merveilleux ?

Une nouvelle qui donne aussi en exemple deux hommes qui ont joué un rôle positif au XXème siècle. Jean a secoué l'église de sa léthargie, en particulier liturgique, un peu comme Mai 68 avait sorti le monde civil du blocage sur lequel se terminaient les 30 Glorieuses : je garde comme symbole le fait que les prêtres depuis lors célèbrent la messe en regardant les fidèles et en parlant leur langue. Jean-Paul a fait entrer l'église dans la com et dans sa temporalité agitée. Il avait aussi un chouet sourire et une énergie à revendre.

A la limite, c'est pas mal que la presse, qui cible tout ce qui bouge avec ses yeux d'insecte, parle de religion en montrant des foules et beaucoup de jeunes qui ne maudissent pas une partie du monde, mais qui prient ou font quelque chose de ce genre.

Mais, mais... N'est-ce pas un acte de com assez événementiel et qu'on aura oublié demain ? N'est-ce pas carrément bizarre de parler des miracles accomplis par ces deux nouveaux saints ? Je veux bien une foi ouverte, symbolique, mais n'allant quand même pas trop à l'encontre du bon sens.

Le plus troublant, pour moi, c'est que les deux nouveaux saints soient des gens de pouvoir, choisis par d'autres gens de pouvoir. Même au paradis, la hiérarchie ça compte donc encore ? J'avais pourtant bien aimé les béatitudes !

Jean-Pierre

dimanche 6 avril 2014

Semécourt ensemble ou Semécourt pour tous ?


Semécourt ensemble (SE) ou Semécourt pour tous (SPT) ?

C'était le nom des deux listes qui se sont affrontées aux municipales de mars 2014.

La première n'a pas réussi à déloger la seconde, qui était aux manettes depuis deux mandatures et qui revient donc pour une troisième avec une courte majorité, qui est néanmoins une majorité absolue, ce qui lui donne la totalité du conseil municipal. En effet, la commune a moins de 100 habitants et telles sont les règles du scrutin.

Ensemble ou Pour tous ?

On peut d'abord réfléchir au nom de ces deux listes, en en faisant une courte analyse sémantique.

Semécourt ensemble, cela veut dire que le village devrait travailler collectivement à sa gestion et à la construction de son avenir. Ensemble, collectivement, une forme de démocratie participative en appui de la démocratie représentative où l'on confie les manettes à une équipe et avant tout à un maire.  Pour ce faire, toutes sortes d'engagements avaient été mis en place dans le programme de Semécourt-Ensemble pour une transparence en temps réel de la gestion de la commune, pour la consultation régulière de tous les citoyens, et, au-delà, pour l'accueil des plus actifs d'entre eux dans la mécanique intime de fonctionnement de la municipalité.

Semécourt pour tous, ce n'est pas mal non plus comme slogan, puisqu'on y affirme que personne n'est oublié, que la municipalité oeuvre pour tous, peut-être même pour chacun. Mais elle le fait, peut le faire de son château de la place de la République, le maire agissant en despote éclairé. De fait, c'est bien comme cela que les choses se passent à Semécourt depuis 12 ans. Ne pas oublier qu'une partie des conseillers, qui avaient été laissés au bord de la route sans rôle réel et sans accès à l'action et à la prise de décision, ne sont se sont pas représentés, pour cette raison-même ! Dommage qu'ils n'aient pas exprimé leur dépit à plus haute voix !  Ou carrément rejoint la liste d'opposition !!

Et puis, un despote éclairé n'est pas vraiment dans la tradition républicaine, et on peut discuter du niveau d'éclairage (??) du despote en question ! ;-)

A tout prendre, je préfère la première option, plus ouverte, plus exigeante, capable d'être mieux à l'écoute et de mieux mobiliser les énergies locales.

Pourquoi les uns ont gagné et les autres perdu ces élections ?

Pragmatiquement, il n'y a pas le moindre doute que SPT a gagné avec une forte participation des électeurs du village. La légitimité démocratique est là, objectivement.

Ailleurs en France, les électeurs n'ont pas eu de scrupules à changer les équipes en place. Ils ont même renvoyé des municipalités qui avaient fait du bon travail.  Le message était souvent un message d'incompréhension et de censure du gouvernement.

A Semécourt, la municipalité sortante n'était pas irréprochable et sa gestion n'avait rien de très audacieuse ni de tournée vers l'avenir. C'était même à peu près exactement le contraire.

Du côté de sa gestion, les tracts de SE ont pointé les fonctionnements rugueux, peu professionnels, souvent tournés vers des dépenses mal surveillées et une gabegie des ressources de la commune. Surtout du côté des investissements, où le maire avait choisi de mettre la plupart de ses billes.  Comme si les dépenses courantes étaient par principe de l'argent mal géré et mal utilisé ! Est-ce que vos propres dépenses courantes sont une dilapidation de vos revenus, quand vous allez faire les courses hebdomadaires, acheter une nouvelle voiture ou essayez de partir un peu en vacances ?

Les autres éléments du dossier sont tout aussi discutables et calamiteux : une gestion au plus près des dépenses courantes, pas toujours lisible et parfois affectée à des organisations proches du groupe rassemblé autour du maire ; pas de vision de l'avenir (1 page sur les 8 du programme de SPT !) ; une mollesse et une lenteur, dans le traitement des problèmes, pris en compte seulement quand ils mettent la municipalité le dos au mur; une absence complète de transparence, avec, par exemple, des conseils qui ne durent pas plus de 5 minutes !

Néanmoins, l'équipe municipale a été reconduite.

Soutien inconditionnel à SPT ou choix par défaut ?

Je crois, je crains que les municipalités en place ne soient quasiment indéboulonnables, sauf en cas de dysfonctionnement majeur, évident, avec un maire en indélicatesse avec la justice - et encore ! Evidemment, rien de cela ne s'applique à Semécourt. Donc, la prudence, dans un village prudent, pour ne pas dire conservateur, conduisait à ne pas changer d'équipe.

Il y a aussi une interprétation encore plus pessimiste. La chose publique, dans un village comme le nôtre, ce n'est pas si important que cela, pour que la population s'y sente concernée, ait envie de s'y impliquer. Donner les clés au maire pour gérer et décider, même mollement, c'est bien plus simple que d'essayer de suivre ce qui se passe, comprendre les enjeux et les options et faire des choix. Nous ne sommes pas en Suisse mais en Lorraine, que diable ! La plupart des gens du village travaillent ailleurs; ils connaissent peu de gens en dehors de leurs voisins et des parents qu'ils croisent devant les écoles ! L'implication citoyenne peut se faire ailleurs, là où c'est plus signifiant pour eux.

D'ailleurs, la plupart des décisions importantes pour Semécourt se prennent au niveau de la communauté de communes, où il n'y a pas de clarté démocratique, simplement une représentation en escalier à partir des communes. Les listes d'opposition ne surveillent d'ailleurs pas vraiment de près ce qui s'y passe.

Donc, il ne suffisait de proposer un programme beaucoup plus clair et plus ambitieux, utilisant autrement la richesse de la commune, s'ouvrant sur plus de gens. Les électeurs n'ont pas compris, ou n'y ont pas cru ou ont pensé que le jeu du changement n'en valait pas la chandelle.

Je ne crois pas non plus que si la campagne avait été plus rude, plus accrochante, les choses auraient basculé autrement. On aurait eu un pugilat et un brouhaha, encore plus inquiétants pour les gens de Semécourt.

Y-a-t-il une vie de l'opposition après avoir perdu les élections ?

La seule façon de ne pas répondre non, c'est de répondre oui, comme dirait monsieur de la Palice !

Je crois profondément, que les élections dans 6 ans ne se gagneront que si l'opposition se montre pédagogue, claire, créative et exemplaire.

Aucun d'entre nous dans l'équipe SE ne sait avec certitude quelle sera sa situation dans 6 ans, mais qu'importe ?

L'avenir se gagne au quotidien, avec ténacité, sérieux, vision critique et constructive, jour après jour, mois après mois, pendant les 6 ans qui viennent. Bien plus exigeant q'un marathon !!! Avec continuité, mesure continue de l'effort et recadrage en temps réel !

Atouts et faiblesses de Semécourt

Semécourt est un village riche, en tant que municipalité, et dans les foyers où vivent des gens plus à l'aise que la moyenne régionale. Voici d'ailleurs les données trouvées rapidement, sans analyse ni critique :

Classement national en revenu par ménage4 116 ème sur 36 717     ( - 1126)
en revenu par ménage
La ville est plus prospère que la moyenne française avec un revenu fiscal de référence de 30 524 euros contre 22 246 euros. Sans compter que le chômage est élevé en comparaison avec la moyenne hexagonale, à 9,5% contre 9,1% (informations Insee, année 2010)
2 282 € nets / mois et par ménage en Lorraine.  3 218 € nets / mois (salaire médian)

2,5 habitants / ménage
 Répartition des ménages à Semécourt

15 %
Célibataire
42 %
Couple sans enfants
5 %
Famille monoparentale
38 %
Couple avec enfants

Le nerf de la guère est là. Le taux de chômage, au-dessus de la moyenne nationale, est préoccupant  mais reflète une réalité régionale (11,1 % au 3ème trimestre 2013 en Lorraine) calamiteuse.

La richesse de la commune est liée à la présence d'Auchan et de sa zone commerciale, qui paie des impôts locaux, dont la communauté de commune redistribue l'essentiel à Semécourt.

Avec un tel pactole, il serait difficile d'augmenter les impôts locaux, c'est-à-dire parfaitement inutile et irresponsable. Personne n'en a jamais parlé, sauf que la maire s'est "glorifié" d'avoir pratiqué cette politique et laissé entendre que SE voulait faire autrement! C'est un argument faible, d'assez mauvaise fois, mais qui, probablement, porte sur des électeurs pressés et pas au fait des vrais chiffres.

Les problèmes de Semécourt par contre sont nombreux:
  • la commune est coincée dans un territoire exigu. Elle est clairement trop petite !! 
  • sa pyramide des âges est fortement alourdie côté des seniors, des vieux en langage clair.  Leur maintien à domicile va demander de gros effort, y compris d'imagination, et ce ne sont pas les tristes senioriales en construction, qui vont redistribuer la donne ! Ni l'absence de commerces et de commerçants ambulants, qui obligent à circuler en voiture !
  • le village est isolé, dans une  communauté de commune qui s'oppose à Metz Métropole et donc s'interdit l'accès d'un service comme le METIS. L'empreinte carbone de Semécourt doit être au dessus de la moyenne nationale et cela se traduit par des dépenses de transport élevées, en coût global, avec des ménages à 3 voitures, voire plus ! Ca ne va pas s'améliorer, avec le changement climatique... Et ce serait suicidaire de décider d'aller au travail en vélo ou d'envoyer ses enfants à Maizières ou à Metz sur une bicyclette !
  • le changement climatique va affecter le village, comme la Lorraine dans son ensemble. Une analyse serrée de ce que cela va impliquer est nécessaire. Il y a beaucoup de scénarios possibles, comme, au hasard, une perte de valeur du patrimoine immobilier, petit détail par rapport à des choses plus sombres.  Attention aussi à la biodiversité, arbres et animaux, oiseaux, insectes, papillons chez nous !
  • cela fait beaucoup, surtout si on ne s'en préoccupe pas directement !!!
Il est donc indispensable de sortir sa tête du sable et de regarder droit devant, avec de l'imagination et un peu d'audace.